Se remettre d'une épisiotomie : soins, cicatrisation, rapports sexuels...

La cicatrice de l'épisiotomie peut tirailler ou être douloureuse les semaines suivant l'accouchement et particulièrement lors des premiers rapports sexuels. Comment en prendre soin ? Comment favoriser la cicatrisation ? Une sage-femme et un gynécologue nous répondent.

Se remettre d'une épisiotomie : soins, cicatrisation, rapports sexuels...
© Famveldman - 123RF

Parfois nécessaire pour limiter les risques de déchirure et pour permettre un dégagement plus rapide du bébé, l'épisiotomie concerne environ 20% des accouchements. Si la cicatrisation se fait généralement sans problème, il peut y avoir des complications. Quelles sont-elles ? Quels sont les soins pour soigner la plaie et favoriser la cicatrisation ? Comment appréhender les rapports sexuels ? Paroles d'experts. 

Soins et hygiène : les bons gestes à adopter

"Il y a deux zones d'incision lorsqu'on réalise une épisiotomie : une incision de la muqueuse vaginale et une incision de la surface cutanée. Le processus de cicatrisation est différent pour la peau et la muqueuse : la muqueuse cicatrise beaucoup plus vite que la peau", commence par expliquer Isabelle Derrendinger, sage-femme et directrice de l'Ecole de Sages-Femmes de Nantes. Le processus de cicatrisation débute par la muqueuse vaginale, soit à partir du 3e jour après l'accouchement. A savoir que l'incision réalisée au cours de l'épisiotomie est une plaie propre dont il faut prendre soin afin de permettre une bonne cicatrisation. Ainsi, il va falloir la nettoyer tous les jours, idéalement après chaque passage aux toilettes, que vous uriniez ou alliez à la selle. Comment ? En la nettoyant avec un savon doux (sans alcool, sans parfum, sans colorant). Il ne s'agit pas de se laver le vagin ou de faire une irrigation vaginale, mais de nettoyer la surface cutanée au niveau de l'épisiotomie. "Je recommande de faire un nettoyage à la main et non avec du coton, une compresse ou un gant de toilette dont les fils pourraient s'accrocher dans les points", préconise la sage-femme. Après avoir savonné la plaie, on la rince avec de l'eau claire, idéalement avec la paume de la douche qui a un petit pouvoir antalgique. Ensuite, on la sèche en taponnant délicatement une serviette de bain propre (ou une compresse de gaze stérile). "On a longtemps conseillé aux femmes de sécher la plaie avec un sèche-cheveux, or c'est inutile car ça assèche trop la cicatrice et il y a un véritable risque de brûlure", alerte la spécialiste. Par ailleurs, le mieux est de porter des sous-vêtements en coton pour éviter le risque d'irritation. Les matières synthétiques favorisent la transpiration et l'humidité. 

L'intérêt d'assouplir la cicatrice

"Une fois que la cicatrisation est engagée et qu'on voit qu'il n'y a plus de zone d'ouverture au niveau de la cicatrice, on peut pratiquer un massage avec une huile de massage ou une crème hydratante (toujours sans alcool, parfum ou colorant) par de petits mouvements circulaires sur la peau", conseille Isabelle Derrendinger. Le but ? Assouplir la cicatrice et contribuer à l'humidification et à la lubrification, permettant ainsi de lutter contre la sécheresse vaginale liée à la modification hormonale lors du post-partum.  

SOS, la cicatrice me démange ou tiraille !

La démangeaison peut souvent être le signe d'une cicatrisation. Quand on est en processus de cicatrisation, la prolifération des cellules entraîne un léger prurit (sensation de picotement), rappelle la sage-femme. Mais une douleur qui s'accentue, des rougeurs, une sensation de chaleur ou un œdème qui apparaissent sont des signes d'un processus inflammatoire. Il sera alors plus prudent de consulter sa sage-femme, son gynécologue-obstétricien ou son médecin généraliste. Le fait d'observer sa cicatrice, et de réaliser des soins d'hygiène adaptés minimisent les sensations de tiraillement. En revanche, si la cicatrice est vraiment douloureuse, une des premières actions pouvant être mise en place est d'apposer des petits coussinets à placer au congélateur sur la cicatrice : le froid va apaiser la douleur. Si cela est insuffisant pour calmer la douleur, il est possible de prendre un antalgique de pallier 1 (paracétamol), mais cela ne doit en aucun cas être systématique. Si malgré la prise de paracétamol, la douleur persiste, il est important d'aller consulter

Bon à savoir : L'incision de l'épisiotomie n'est pas fermée par des agrafes, mais par des points qui vont se résorber spontanément généralement à partir du 15e jour après l'accouchement. 

Comment appréhender les premiers rapports sexuels ?

"Même si la plupart des épisiotomies cicatrisent sans complications, dans de rares cas (moins de 2%), il y a un risque d'infection, d'abcès ou de douleurs vulvaires pendant les rapports sexuels. Ainsi, certaines femmes peuvent craindre la reprise des rapports intimes", ne cache pas Philippe Deruelle, gynécologue et secrétaire général du CNGOF. "Et en effet, suite à une épisiotomie, les rapports sexuels peuvent être douloureux, mais comme ils le seraient avec une suture liée à une déchirure naturelle. Cette gêne, plus ou moins intense, varie de quelques jours à plusieurs semaines (4 à 6 semaines en moyenne)", ajoute-il. Une étude américaine (avril 2017) a d'ailleurs confirmé l'impact de l'épisiotomie sur la vie sexuelle de la femme : "la majorité des femmes interrogées et ayant accouché avec une épisiotomie, affirment avoir moins de plaisir sexuel et une vision négative de leur corps", expliquent les auteurs de l'enquête. Pour minimiser la douleur, les femmes peuvent utiliser un gel lubrifiant ou choisir une position dans laquelle le sexe de leur partenaire n'est pas directement en contact avec la cicatrice de l'épisiotomie. "Pas de panique, chaque femme doit aller à son rythme pour retrouver une vie sexuelle épanouie. Mais en cas de doute, dirigez-vous vers votre gynéco qui pourra vous examiner, vous conseiller et vous rassurer", précise le gynécologue. 

Peur d'aller à la selle ? Rassurez-vous...

Les premières selles effraient souvent les jeunes mamans qui ont eu recours à une épisiotomie. Philippe Deruelle préconise ainsi d'organiser une visite post-natale avec son gynéco ou sa sage-femme, six à huit semaines après l'accouchement, afin de "faire le point sur l'épisiotomie et voir si l'évolution est normale". Recommandée et intégralement remboursée, cette consultation est aussi l'occasion de revenir sur l'accouchement, sur ce qui a pu être mal vécu et de demander des conseils sur la reprise des rapports ou les éventuels problèmes de transit (prescription de laxatifs doux par exemple). C'est aussi à ce moment-là que le professionnel de santé conseillera ou non de participer à des séances de rééducation périnéale après l'accouchement, qu'il ait lieu, avec ou sans épisiotomie. "Et pour lutter contre la constipation, des règles hygiéno-diététiques peuvent être mises en place comme le fait de boire beaucoup d'eau (idéalement au moins 1.5 L d'eau par jour) et d'avoir une alimentation riche en fibres. Le fait d'avoir une activité physique régulière est également très important : la marche avec bébé est idéale pour activer le transit et éviter le risque de constipation et d'infection urinaire par exemple", conseille la sage-femme. Et de conclure "qu'au moment de la défécation, rassurez-vous, il n'y aucun risque que les fils lâchent, en revanche, le fait de pousser peut être douloureux, d'où le fait de bien s'hydrater".  

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