Point du mari : c'est quoi, qu'en est-il vraiment ?

Pour le plaisir des hommes, certains obstétriciens feraient un point de suture supplémentaire destiné à resserrer l'entrée du vagin. Cette pratique est-elle vraiment pratiquée en France ? Peut-on la refuser avant l'accouchement ? Réponses avec le Dr Odile Bagot, gynécologue et auteure de Vagin & Cie, on vous dit tout ! aux éditions Mango.

Point du mari : c'est quoi, qu'en est-il vraiment ?
© Igor Daniel-123rf

Point du mari : qu'est-ce que c'est ? 

Le point du mari a été évoqué pour la première fois le 21 mars 2014, sur le blog de la féministe Isabelle Alonso. Elle publiait un texte écrit par la sage-femme alsacienne Agnès Ledig dans lequel elle dénonçait "une ignominie humaine qui me laisse sans voix !... Car, en 2014, dans notre belle France, dans nos belles salles d'accouchement, avec notre beau matériel stérile, certains "beaux"  médecins (je dis bien certains, heureusement minoritaires) pratiquent un acte qui s'appelle le point du mari. "Je vous fais un petit point du mari, Madame ? Pour vous, ça ne change rien, mais votre mari sera content". D'où le point du mari. Techniquement, il consiste, lors de la suture d'un périnée déchiré, ou d'une épisiotomie, à faire un dernier point supplémentaire pour resserrer l'entrée du vagin, et permettre, lors de l'intromission de Monsieur, un plaisir accentué. Pour lui". 

Sur la toile, de nombreuses mamans racontent avoir été victimes du point du mari. Elles évoquent "une violence obstétricale", "un acte clandestin", "une mutilation", "le fait d'avoir été recousue plus serré que ce qu'il aurait fallu". La plupart ont commencé à se poser des questions lorsqu'elles se sont rendu compte qu'elles avaient des douleurs pour s'asseoir, pour s'essuyer après être allées aux toilettes, et qu'elles ne pouvaient pas reprendre une vie sexuelle normale tellement les points de suture étaient douloureux. Il arrive effectivement que, suite à une déchirure ou à une épisiotomie, les points de suture soient un peu trop serrés.

Est-ce vraiment pratiqué en France ? 

"Il faut savoir que c'est anatomiquement, chirurgicalement impossible de réduire la taille du vagin. Imaginez que vous avez un pantalon pattes d'éléphant trop large et que vous voulez en faire un slim. Il va falloir couper un bout de tissu. En l'occurrence, on ne va pas enlever des morceaux de vagin pour le resserrer. Qu'il y ait eu des plaisanteries graveleuses de la part de gynécologues en disant au monsieur "je vous la fais mieux qu'avant " avec un clin d'œil, ce n'est pas impossible. Mais, ce n'est pas à prendre au premier degré", martèle le Dr Odile Bagot. Alors, pourquoi le point du mari a pris autant d'ampleur ? Tout simplement parce qu'il existe bel et bien un point, mais qui ne devrait pas s'appeler "le point du mari". "Il faut imaginer un cube, donc trois arrêtes : la première va de l'anus jusqu'à l'entrée du vagin, c'est de la peau. Ensuite, de chaque côté, à peu près à 45°, le long entre les grandes lèvres et les petites lèvres il y a deux autres arrêtes, c'est toujours de la peau, et en plus perpendiculairement, vers l'intérieur on a le vagin. C'est à la jonction de ces quatre arrêtes que se fait l'épisiotomie. C'est ce que l'on appelle la fameuse " fourchette ". Ces quatre points se réunissent dans un point qu'il faut suturer avec soin et justesse pour que les quatre façades de ce cube se retrouvent bien en face, là où il faut", continue-t-elle.

Point du mari et douleurs : que faire ?

Si ce point est fait au bon endroit, la cicatrisation se fera correctement, mais comme toute cicatrice, elle est sensible et manque de souplesse au début. C'est un endroit qui sera sensible à la reprise des rapports sexuels. "Or, on a mis dans la tête des femmes que c'était de la mutilation sexuelle. Résultat, elles attribuent cette suture à quelque chose qui a été fait dans une mauvaise intention. De nombreuses femmes ont gâché leur vie de couple et leur vie sexuelle parce qu'elles étaient persuadées qu'on les avait mutilées pour faire plaisir à leur mari", déplore la gynécologue. Ce point est sensible car il se situe à l'entrée du vagin. Il va falloir le masser, l'étirer le chouchouter avec des crèmes et huiles cicatrisantes afin qu'il retrouve de la souplesse, tout comme une cicatrice au niveau de la peau. "Là où il peut y avoir une confusion, c'est qu'il va y avoir un point de suture et si on serre trop le nœud, ça va tirer sur les tissus et entraîner des douleurs. Si celles-ci persistent au bout de trois ou quatre jours, on peut repasser à la maternité pour retirer les fils, on sera immédiatement soulagée, reprend la spécialiste.

Point du mari et épisiotomie : à quel moment ça a lieu ? 

Le point du mari et l'épisiotomie s'effectuent au même endroit, puisque la déchirure - quand il y en a une - part de cet endroit-là, que l'on appelle la fourchette. Le point du mari est effectué après l'accouchement, suite à une déchirure ou à une épisiotomie pour remettre les tissus bord à bord. C'est à ce moment-là qu'il peut y avoir un point en trop qui entraîne cette sensation de vagin "trop serré".

Le point de suture et l'épisiotomie s'effectuent au même endroit, puisque la déchirure, quand il y en a une, part de cet endroit-là, que l'on appelle la fourchette. L'épisiotomie a, elle aussi, été décriée par plein de mouvements féministes qui dénonçaient des violences obstétricales. "Il est vrai que jusqu'à ce que des femmes s'élèvent contre l'épisiotomie, celle-ci était probablement pratiquée de manière excessive, mais aujourd'hui, une épisiotomie ne devrait être faite que si la tête appuie sur le périnée et risque de le déchirer. Le gynécologue ou la sage-femme préfère faire une petite épisiotomie pour éviter une déchirure beaucoup plus dangereuse, plus difficile à suturer avec des suites plus compliquées", précise le Dr Odile Bagot. 

Comment le refuser avant l'accouchement ?

L'épisiotomie est un geste médical que le gynécologue-obstétricien ou la sage-femme doit effectuer s'il voit que le périnée va craquer. Le "point du mari" est un point de suture effectué pour recoudre une déchirure ou une épisiotomie. Vous pouvez tout à fait préciser dans votre projet de naissance que vous ne voulez pas d'épisiotomie ni être recousue plus que nécessaire. "Lors de la rédaction du projet d'accouchement, il est bien d'en parler avec son professionnel de santé, car même si l'on souhaite éviter l'épisiotomie, cela sera respecté dans la mesure du possible. En faire un impératif serait comme de refuser une césarienne en urgence ! ", indique la gynécologue.

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