Comment bien pousser pendant l'accouchement ?

Les cours de préparation à l'accouchement ont notamment pour objectif d'apprendre à la future maman comment pousser efficacement le jour-J. Existe-t-il une véritable méthode ? Quand doit-on commencer à pousser et pendant combien de temps ? Les explications d'Anh-Chi Ton, sage-femme.

Comment bien pousser pendant l'accouchement ?
©  nd3000

Faut-il se fier à l'image de l'accouchement véhiculé dans les films ou à la télévision ? Une femme allongée sur le dos, les pieds dans les étriers à qui on intime (avec parfois beaucoup de fermeté !) de pousser de toutes ses forces pour mettre son bébé au monde.  "Lorsque j'ai fait mes études et lors de mes différents stages dans des hôpitaux publics classiques, on demandait aux femmes de pousser justement un peu comme dans les films. Le protocole c'était vraiment "on inspire, on bloque, on pousse", se souvient Anh-Chi Ton. Mais au fil de ses années de pratique, la sage-femme a découvert que l'on pouvait aussi donner naissance autrement. 

A quel moment pousser pour accoucher ?

Après de longues heures de contractions, le moment de pousser est enfin arrivé. Et justement, on ne doit pas pousser n'importe quand ni trop tôt, car la poussée est alors inefficace et peut surtout avoir des répercussions sur le périnée, augmentant également le risque de déchirure du col et d'hémorragie.  "Lorsque la femme est à dilatation complète, on attend encore deux ou trois heures le temps que le bébé s'engage et descende dans le bassin pour commencer à pousser", explique Anh-Chi Ton. 

Quelle est la durée de la poussée lors d'un accouchement ?

"En France, on a établi un peu arbitrairement que la durée moyenne des efforts de poussée ne devait pas excéder 30 minutes. Au delà de ce laps de temps, on appelle le médecin qui utilisera des instruments  (forceps, ventouses etc.) pour faire naître le bébé",  détaille la sage-femme. Cette dernière précise pourtant qu'aux États-Unis ou au Québec, cette durée est portée à une heure et qu'elle est même encore plus longue dans d'autres pays. "On a peur que la maman et/ou le bébé se fatiguent, qu'il y ait un problème d'orientation. Mais ce sont surtout des hypothèses. En réalité aucune étude n'a montré qu'il y avait des risques à pousser plus longtemps", ajoute-t-elle. 

Comment pousser efficacement pour accoucher ?

Comme l'explique la sage-femme, il y a deux façons de pousser.

Pousser en apnée, glotte fermée.

"Une contraction  dure environ 1,30mn à 2mn. On dit à la femme de prendre de l'air et de pousser très fort, en poussant les abdominaux vers le bas, le plus longtemps possible pendant 20/30/40 secondes. On recommence l'effort trois fois de suite pour rentabiliser la contraction. Entre deux contractions, on arrête de pousser et on se repose", détaille-t-elle. Il s'agit de la méthode la plus fréquente, d'autant que deux tiers des femmes sont installées en position gynécologique et sous péridurale. "Cette façon de faire a beau être très répandue, elle est néfaste pour le périnée et induit une hyperpression vers le bas. Cela accroît le risque de prolapsus, de fuites urinaires, mais aussi de déchirures",  observe la sage-femme.

Pousser en expiration freinée

"On demande à la future maman d'inspirer puis d'expirer l'air très très doucement. Si la femme est allongée, elle peut mettre ses mains au-dessus de sa tête. En levant les bras on fait monter le diaphragme et on aspire l'utérus vers le haut. Ça va en quelque sorte "démouler le bébé" qui va descendre naturellement avec la contraction.", explique Anh-Chi Ton. Si cette méthode est beaucoup plus douce pour le périnée et le corps en général, elle est aussi plus lente. Ce qui explique qu'on la pratique moins en maternité. 

C'est quoi la méthode Bonapace ?

Accoucher sans pousser, vraiment ? Et pourtant, comme a eu l'occasion de l'observer Anh-Chi Ton au cours de sa pratique et de formations réalisées après l'obtention de son diplôme de sage-femme, le fameux "on inspire, on bloque, on pousse" n'est pas la seule voie possible. "J'ai eu l'occasion de me former à la méthode Bonapace et de comprendre que lorsqu'on laisse les femmes faire seules, on n'a pas besoin de leur donner d'indications. Elles vont se mettre accroupies, à quatre pattes, peu importe la position et le bébé va sortir tout seul grâce au réflexe d'éjection", explique-t-elle.

Peut-on accoucher sans pousser ?

Sa rencontre avec Jacqueline Lavillonnière, pionnière de l'accouchement à domicile en France, a également été déterminante. Celle-ci insiste sur le fait que la poussée n'a pas besoin d'être dirigée, qu'il n'y a rien besoin de faire ou de dire. En laissant une liberté totale de mouvements à la femme enceinte, elle va se mettre dans la position qui lui convient et sentir quand son bébé descendre sans pousser.  "Mettre une femme sur le dos rend impossible la nutation et la contre nutation du bassin. C'est l'une des grandes différences entre un accouchement très médicalisé en maternité, sur le dos et sous péridurale, et un accouchement où on laisse la femme enceinte libre de ses gestes.", explique la sage-femme. "Je me souviens d'une femme dont le travail a été très très rapide. En 10 minutes, elle est passée de 4 cm à dilatation complète. Spontanément elle s'est accroupie par terre. J'ai juste eu le temps de mettre des gants et d'accueillir le bébé pour ne pas qu'il tombe, c'est tout. Je n'ai eu besoin de faire aucune des manoeuvres que l'on apprend en école de sage-femme". conclut-elle. 

Merci à Anh-Chi TON, sage-femme.

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