Expression abdominale : définition, risques, est-ce interdit ?

Officiellement déconseillée depuis 2007, l'expression abdominale, qui consiste à appuyer sur le ventre des femmes enceintes pour accélérer leur accouchement, est toujours pratiquée. Quels sont ses risques ? Les réponses du Professeur Cyril Huissoud, du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français.

Expression abdominale : définition, risques, est-ce interdit ?
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Déconseillée depuis 14 ans par les autorités sanitaires, l'expression abdominale continue à être pratiquée dans certains lieux comme l'ont confirmé certaines jeunes mamans sur les réseaux sociaux notamment. Mais quelle est cette technique exactement ? Les réponses à vos questions avec le Pr Cyril Huissoud, secrétaire général du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français pour les questions d'obstétriques.

Expression abdominale : qu'est-ce que c'est ? 

Selon la Haute Autorité de Santé, l'expression abdominale prend la forme d'une pression sur le fond de l'utérus pour raccourcir la 2e phase de l'accouchement qui va de la dilatation complète du col de l'utérus à la naissance du bébé par les voies naturelles. "L'expression abdominale consiste à appuyer sur l'utérus mais plus largement sur l'abdomen de la patiente. C'est douloureux car l'anesthésie péridurale ne remonte généralement pas suffisamment haut pour être efficace et suffisamment antalgique", explique le spécialiste. "Elle est utilisée pour aider l'expulsion de l'enfant quand les efforts de la maman ne sont pas suffisants ou que la tolérance du bébé à ses efforts n'est pas bonne" explique Cyril Huissoud. 

Quels sont les risques d'une expression abdominale pendant l'accouchement ?

L'expression abdominale n'est en effet pas sans risques :

  • "Des accidents maternels et fœtaux liés à la pression exercée sur l'enceinte abdominale ont été décrits. Des hématomes peuvent apparaître sur la zone de pression.
  • Chez la maman, l'expression abdominale peut provoquer des traumatismes d'organes comme la rate ou le foie et des fractures des côtes.
  • Le bébé subit aussi une augmentation de la pression à l'origine là aussi de déchirures au niveau de la rate ou du foie.
  • Chez les patientes qui ont un utérus fragilisé parce qu'elle ont eu une césarienne ou des opérations, des ruptures de l'utérus qui peuvent être dangereuses pour la maman ou le fœtus peuvent se produire.
  • Cette expression abdominale pourrait aussi provoquer des déchirures vasculaires chez la mère en particulier si elle a une fragilité vasculaire notamment au niveau des gros vaisseaux comme l'aorte ou la veine cave. Il faut être très vigilant", explique le Pr Huissoud.

Expression abdominale : cette pratique est-elle interdite en France ?

"L'expression abdominale n'est pas formellement interdite car les sociétés savantes ne l'interdisent pas. Mais on n'a jamais fait la preuve de l'efficacité de cette technique contrairement à celle des aides instrumentales " explique le Pr Huissoud. Dans une recommandation datant de 2007, la Haute Autorité de Santé a recommandé "l'abandon de la pratique de l'expression abdominale ". 

Pourquoi l'expression abdominale était autrefois couramment pratiquée ?

"Elle était pratiquée par le passé parce qu'il n'y avait pas d'autres possibilités pour favoriser l'expulsion du fœtus lorsqu'il n'existait pas de forceps en particulier ou lorsqu'il existait des forceps mais qu'ils n'étaient pas disponibles immédiatement. C'est une aide motrice qui vient s'ajouter à la puissance expulsive des contractions. C'était donc un pis-aller à l'époque. Cette aide mécanique a continué à être pratiquée dans un certain nombre de structures pendant des années " explique le professeur Huissoud

L'expression abdominale est-elle toujours pratiquée aujourd'hui ?

Elle est encore pratiquée dans certains endroits, en particulier quand l'équipe médicale n'est pas rapidement disponible et qu'il faut extraire rapidement le bébé en particulier s'il ne tolère pas bien la phase d'expulsion. "En cas de situation extrême, l'expression abdominale peut être pratiquée lors d'un accouchement dans la rue par exemple. On nous a rapporté que lors d'accouchements à domicile, des sages-femmes pouvaient être amenées à pratiquer ce geste si la patiente n'arrivait pas à expulser. Il nous est aussi rapporté que, dans des maternités, l'expression utérine est utilisée alors qu'il faudrait recourir à des extractions instrumentales. 

Mais il faut aussi imaginer que parfois, une sage-femme est mise en difficulté parce qu'elle exerce dans une maternité où il n'y a pas de médecin sur place et qu'elle est confrontée à un bébé qui ne va pas bien. On ne peut alors pas lui reprocher d'avoir fait le maximum parce qu'elle n'est pas habilitée à pratiquer une extraction instrumentale. Mais rappelons que dans une situation normale, cette pratique est déconseillée", explique le professeur Huissoud.

Quelles recommandations quand bébé a du mal à être expulsé ?

"Quand les efforts expulsifs de la maman ne sont pas suffisants ou que le bébé ne les tolère pas, c'est l'aide à l'expulsion par des manœuvres instrumentales à savoir les ventouses, les forceps ou les spatules qui est recommandée. Les extractions instrumentales ne sont pas sans risques non plus, mais leurs complications sont plus rares qu'avant car les appareils échographiques permettent de vérifier la présentation du bébé. Les extractions instrumentales qui visent à engager le fœtus dans le bassin de la maman sont déconseillés contrairement à ce qui se faisait il y a des décennies. Mais si le bébé est bien engagé et bas situé au niveau du détroit inférieur ou moyen, elles sont recommandées", conclut le Professeur Huissoud. 

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