Dépassement du terme de grossesse : pourquoi bébé ne veut pas sortir ?

Il arrive parfois que la grossesse arrive à sa date de terme sans que le bébé ne se décide à naître. A quoi cela peut-il être dû ? La psychologue spécialiste des questions périnatales Nathalie Lancelin Huin, nous répond.

Dépassement du terme de grossesse : pourquoi bébé ne veut pas sortir ?
© Olga Yastremska

On estime que le terme de grossesse se situe entre 40 et 41 semaines d'aménorrhée. Lors des premiers examens médicaux du début de gestation, une date de fin est estimée, date approximative à laquelle le bébé naîtra. Mais il peut naître un peu avant, ou un peu après... Comment expliquer qu'il ne se décide pas à sortir ? Pour comprendre tout ce qui se joue dans le phénomène du dépassement du terme de grossesse, la psychologue Nathalie Lancelin Huin, spécialisée en périnatalité, revient sur cet alliage complexe de données physiques et psychiques. 

Existe-t-il des raisons psychiques à ce qu'un accouchement soit retardé ? 

Il est important de bien comprendre comment fonctionne la grossesse avant de répondre à cette question. La grossesse engage la mère d'une part, mais aussi le bébé. Nous sommes faits de deux choses : d'un corps et d'une vie intérieure, les deux sont indissociables et interfèrent. Dans le cas de la grossesse, ces deux aspects sont vrais pour la mère, mais aussi pour le bébé. Il y a donc en jeu deux corps humains et deux vies psychiques. A la fin de cette aventure qu'est la gestation, deux expériences majeures sont vécues. L'accouchement pour la mère et la naissance pour le bébé. Toutes ces données font qu'il peut y avoir des raisons psychiques à un retard par rapport à la date du terme, mais aussi physiques bien sûr. Est-ce dû à l'un, l'autre, ou les deux ? Est-ce dû au bébé ou à la mère ? Il n'y a pas de réponse ferme possible, seulement des pistes...

Parmi ces pistes, l'envie de rester enceinte peut-elle jouer ? 

De nombreuses raisons psychologiques peuvent expliquer cela. Certaines femmes n'ont pas envie de voir se finir ce moment. Parce qu'elles n'en ont pas assez profité, en ayant eu beaucoup de travail, ou simplement en mettant du temps à conscientiser leur grossesse. D'autres femmes se sentent bien enceintes, elles ont un sentiment de plénitude, de sérénité et ne sont pas pressées que cela se termine. Pour d'autres, le fait de tomber enceinte a été difficile (parcours PMA par exemple) et vivent cette expérience comme un moment unique, qui pourrait ne pas se reproduire. Avoir envie de faire perdurer cet état de bien-être intérieur n'est pas rare ! Mais cela peut aussi être la conséquence d'une angoisse.

L'angoisse pourrait-elle retarder la date d'accouchement ?

Certaines femmes ont peur de mettre leur enfant au monde. Le bébé est bien dans le ventre de sa mère, il est protégé, tous deux partagent un moment important. Mais que se passera-t-il ensuite ? Dans quel monde arrivera ce bébé ? En l’occurrence, on peut se demander : était-ce une bonne idée de le faire arriver au sein d'une crise sanitaire ? La mère peut aussi tout simplement avoir peur d'être séparée de son enfant. Les craintes autour de la naissance sont symboliques aussi. Lorsqu'on donne vie à son bébé, notre histoire personnelle et familiale se rejoue, notre couple aussi ! Et on passe de quelque chose de purement biologique avec l'enfant qui se développe dans le corps de la mère, à un tout autre enjeu qui pose de nouvelles questions

Des questions de l'ordre de la maternité et de ce qu'elle représente ? 

On peut tout à fait ne pas avoir peur de la grossesse et craindre la période post natale. Mon corps a réussi à donner la vie, mais serais-je à la hauteur en tant que mère ? Parviendrais-je à le comprendre, à savoir quand il a faim, s'il a mal ? La maternité fait l'objet d'une certaine pression sociale. Avec diverses représentations : "une femme ne peut être femme que si elle est mère". "La mère comprendra son enfant grâce à l'instinct maternel". Une mère doit savoir faire. Autant d'idées qui pèsent lourd sur les épaules des femmes... Devenir mère, c'est énorme. Et la fin de la gestation, avec l'accouchement, concrétise ces questionnements, au point parfois de ralentir le processus.

La peur de l'accouchement pourrait donc repousser le terme ?

L'accouchement est un passage symbolique très fort, mais aussi une grande source d'inquiétude pour les femmes. Un vieil adage persiste : "tu accoucheras dans la douleur". Cette expérience est parfois racontée comme une souffrance. D'autant que les questions de violences obstétricales sont très présentes sur les réseaux sociaux ces dernières années. Il est normal de se demander comment se passera ce moment. D'avoir peur de ne pas tenir, de perdre pied, d'avoir trop mal... 

En résumé, nos émotions peuvent interagir avec la gestation et son terme, qu'elles soient positives ou négatives ?

Le corps est une caisse de résonance à notre vie intérieure. Plus nos émotions sont fortes, et plus elles peuvent potentiellement freiner un processus physique. Mais ce n'est pas forcément la seule explication. Retenons simplement que l'état psychologique de la mère peut avoir une incidence sur le déroulement global de la grossesse, et donc sur la délivrance. Cela dit, la psyché de l'enfant peut jouer, elle aussi. Mais il serait bien plus compliqué d'aller investiguer de ce côté là ! 

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