Le féminisme, les féminismes

Le féminisme, les féminismes Si les droits des femmes avaient déjà été défendus plus tôt, c'est sous la IIIe République en France que naît le féminisme, ce mouvement structuré pour obtenir l'égalité entre les femmes et les hommes. Il est toutefois impossible de résumer le féminisme à cette seule notion tant celui-ci est pluriel.

Qu'est-ce que le féminisme ?

Le féminisme est un mouvement pour l'égalité des droits juridiques, politiques, sociaux et économiques entre les femmes et les hommes. Définir le féminisme reste toutefois un exercice difficile. Mouvement pluriel et protéiforme, c'est plutôt les féminismes et non le féminisme qu'il faut aujourd'hui envisager.

Dans l'actu

Quand a commencé le féminisme ?

En 1791, la révolutionnaire Olympe de Gouges publie la Déclaration des Droits de la femme et de citoyenne. Le texte n'a que très peu de retentissement et n'est reconnu à sa juste valeur que par les féministes du XXe siècle. La fin de la Révolution française et l'avènement de Napoléon marque un retour en arrière sur la question de l'émancipation de la femme. Il faudra encore attendre la deuxième moitié du XIXe siècle pour que les femmes s'organisent, à la conquête de leurs droits civiques. Hubertine Auclert, pionnière du féminisme en France, pourrait être la première à avoir défini son combat comme "féministe". Le terme est en tout cas largement utilisé à la fin du XIXe siècle pour nommer le combat des femmes pour leurs droits.

Les premières revendications féministes

En Grande-Bretagne, les premières féministes se regroupent en associations dès les années 1860 et revendiquent le droit de vote. Les suffragettes étaient nées. Le mouvement progresse également aux Etats-Unis. Si la cause des femmes gagnent du terrain, le droit de vote n'est toujours pas acquis à la fin du XIX9e siècle. En 1897, l'Union nationale des sociétés pour le suffrage des femmes (NUWSS en anglais, ou National Union of Women's Suffrage Societies) est créée. En 1903, l'Union sociale et politique des femmes (WSPU, Women's Social and Political Union), lancée par Emmeline Pankhurst, voit le jour : l'organisation multiplie les actions coups de point dans l'espace public. C'est finalement l'engagement des femmes pour maintenir le pays à flots lors de la Première guerre mondiale qui finit de convaincre les dirigeants britanniques. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1918.

En France, les premières organisations féministes naissent dans les années 1860 également. La romancière socialiste André Léo crée en 1868 la Ligue pour les droits des femmes. En 1970, l'Association pour le Droit des femmes voit le jour en 1870, devenue la Ligue française pour le droit des femmes en 1877 et dont Hubertine Auclert est membre. Cette organisation et l'Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) sont les deux principales organisations suffragistes dans l'entre-deux-guerres. Les femmes obtiennent le droit de vote en France en 1944.

Les combats et luttes féministes

De façon très schématisée, on pourrait diviser l'histoire du féminisme en trois (ou quatre) vagues successives, qui ont chacune nourri leurs propres revendications.

  • Milieu du XIXe siècle au début du XXe siècle : les femmes luttent pour leurs droits politiques. Cette première vague s'achève en France après l'obtention du droit de vote en 1944.
  • De la fin des années 1960 au début des années 1970 : les féministes de la deuxième vague luttent pour l'égalité sociale et le droit des femmes à disposer de leurs corps. Elles entendent renverser l'oppression patriarcale.
  • Dans les années 1990, la troisième vague féministe est un ensemble très larges de revendications mais permet de rendre visibles des femmes jusqu'alors invisibles, des femmes racisées, issues d'un milieu plus populaire et/ou de la communauté LGBT... Plus inclusive, cette vague de féminisme met  en lumière les oppressions subies en tant que femmes, et en tant que minorités.
  • Au début des années 2010, la quatrième vague féministe (ou la deuxième partie de la troisième vague ?) dénonce les violences faites aux femmes, le harcèlement sexuel, les viols, les violences conjugales, les féminicides... Cette vague est numérique, étroitement liée au développement des réseaux sociaux ; #MeToo, en 2017, en est l'illustration la plus parlante.

Les courants féministes

Le féminisme universaliste

S'appuyant sur la laïcité, ces féministes plus traditionnelles estiment que les femmes sont universellement opprimées selon le même système de domination et entendent lutter universellement contre ce système.

Le féminisme intersectionnel

Ce courant lutte contre l'ensemble des oppressions : le racisme, la transphobie, le sexisme, l'homophobie, la grossophobie, le validisme... Les discriminations étant multiples, chaque système de domination qui les met en place doit être combattu. Le féminisme intersectionnel est né sous la plume de la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw auteur en 1989 d'un livre à l'origine du mouvement : Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : A Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics.

Ces deux courants, les plus importants actuellement, cristallisent aujourd'hui les désaccords qui opposent les féministes. "L'intersectionnalité est le mot-clé du féminisme contemporain, ce qui n'est pas évident dans un pays aussi attaché aux principes universalistes que la France", déclarait au Monde Christine Bard1, professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers, dans une grande enquête sur l'histoire du féminisme.

Le féminisme identitaire

Beaucoup plus minoritaire, il est né dans le sillage de la Manif pour tous. Ces femmes, conservatrices et catholiques, militent pour l'égalité salariale et la reconnaissance de leurs compétences mais rejettent les combats du féminisme plus mainstream. Elles se revendiquent complémentaires des hommes et militent contre l'IVG.

Haro sur le "néo-féminisme"

Ces dernières années, le féminisme intersectionnel gagne du terrain, dans les nouveaux médias et sur les réseaux sociaux, une progression que les universalistes, plus institutionnelles, dénoncent vertement.

"Néo-féminisme" apparaît comme le terme utilisé par les universalistes pour dénoncer ce qu'elles voient comme les dérives du féminisme intersectionnel. "Voilà trois ans que la déferlante MeToo a ouvert la voie à la parole des femmes. Elles ont pu dénoncer publiquement toutes les agressions sexuelles dont elles se disent victimes. Grâce à elles, la honte a changé de camp. Depuis lors, le néo-féminisme a durci le ton et les méthodes. On ne se contente pas des agressions, on 'balance' les agresseurs présumés. Ce faisant, les plus radicales qui se proclament activistes ont tourné le dos au féminisme d'avant MeToo. Elles ont déclaré la guerre des sexes, et pour gagner, tous les moyens sont bons, jusqu'à la destruction morale de l'adversaire", écrit ainsi Elisabeth Badinter dans une tribune publiée sur le site du Journal du Dimanche le 5 septembre 20202.

Plus récemment, Valérie Toranian dénonçait en ces termes ce néo-féminisme dans la Revue des deux mondes3 dont elle est directrice de publication. "Le néo-féminisme intersectionnel et racisé fait aujourd'hui la promotion d'un identitarisme obsessionnel qui fut l'apanage de l'extrême-droite. Et toutes les forces de progrès applaudissent, à l'exception de la gauche républicaine universaliste, hélas bien moins audible".

De son côté, Rokhaya Diallo, journaliste française et figure du féminisme intersectionnel, expliquait ainsi son engagement dans les colonnes du quotidien suisse Le Temps4 : "L'intersectionnalité permet de décrire le fait que toutes les femmes ne vivent pas dans les mêmes conditions. Une femme d'origine asiatique vit le sexisme et le racisme. En ce sens, elle se retrouve à l'intersection de plusieurs types d'exclusion. Elle vit une condition singulière, qui doit être décrite et décryptée comme telle. Il s'agit de comprendre qu'il existe des femmes musulmanes, des femmes pauvres, des queers, des trans, des femmes qui sont en situation de handicap, qui ont besoin d'outils pour analyser leurs conditions spécifiques. Si on ne se penche pas sur les particularités de ces femmes qui vivent plusieurs types de dominations, on ne pense alors qu'à la majorité des femmes dominantes sur le plan économique et intellectuel".

Les associations féministes

La galaxie féministe compte de très nombreuses associations que l'association Osez le féminisme a compilées.

Pour aller plus loin :

  • https://www.arretsurimages.net/articles/feministes-universalistes-contre-intersectionnelles-a-chaque-camp-ses-medias
  • https://www.agirparlaculture.be/feminisme-intersectionnelle-point-de-discorde/
  • https://lesglorieuses.fr/intersectionnalite/
  • https://www.nouvelobs.com/societe/20180112.OBS0572/d-olympe-de-gouges-aux-effronte-e-s-plongee-dans-la-galaxie-feministe.html

Sources :
1 https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/10/16/les-flux-et-reflux-des-combats-feministes_6056213_3232.html
2 https://www.lejdd.fr/Societe/tribune-elisabeth-badinter-les-outrances-du-neofeminisme-guerrier-3989840
3 https://www.revuedesdeuxmondes.fr/mort-universalisme-fin-du-feminisme/
4 https://www.letemps.ch/societe/rokhaya-diallo-on-attend-minorites-reconnaissance-subversion