Placenta praevia : rôle, risque de décollement, expulsion...

Le placenta est tout simplement vital pendant la grossesse : il établit la liaison entre la mère et l'enfant. Comment se forme-t-il ? Quelles sont les éventuelles complications ? Que faire en cas de décollement du placenta ? Anna Roy, sage-femme, répond à nos questions sur cet organe essentiel au développement du bébé.

Placenta praevia : rôle, risque de décollement, expulsion...
© 123RF / Shao-Chun Wang

Pour les futurs parents, le placenta est assez mystérieux : on sait qu'il est essentiel et que les médecins le surveillent car il peut apporter des informations précieuses, mais on ignore parfois quel est son rôle. De son développement aux examens après la naissance, en passant par les complications potentielles, Anna Roy, sage-femme et auteure de plusieurs ouvrages, dont On en parle de mon périnée ? (éditions Leduc), nous dit tout sur cet organe vital.

Comment le placenta se forme-t-il ?

Le placenta se forme dès le début de la grossesse et va jouer un rôle essentiel pendant les neufs mois. "C'est une partie de l'embryon, qui se sépare de lui dans les premiers jours de gestation. Il va grossir et se développer petit à petit, pour jouer un rôle d'interface entre le bébé et la mère", explique Anna Roy. S'il se crée dès les premiers jours, il lui faut plusieurs mois pour se développer. "Il va grossir, se différencier, se modifier anatomiquement, et il fonctionne à lui tout seul à partir du 4e mois de grossesse. Après, tout comme le fœtus qui, à 5 mois de grossesse, ne fait plus que grandir et se maturer, le placenta va continuer à s'élargir jusqu'à l'accouchement", nous dit la sage-femme.

Le rôle du placenta

L'une des fonctions principales du placenta, c'est de permettre les échanges entre la mère et le fœtus, pour qu'il soit alimenté grâce à ce que contient le sang de la future maman. "Sans cet organe, il n'y a pas d'échange d'oxygène, pas d'échange de nutriments", rappelle Anna Roy. La sage-femme explique aussi que le placenta a une fonction protectrice très importante. "C'est un organe de filtration, comme le foie. Il va filtrer les virus et les molécules qui ne sont pas bonnes pour le bébé". Malheureusement, le placenta n'arrive pas à tout filtrer, et c'est pour cette raison que les médecins recommandent aux femmes enceintes de faire attention à leur hygiène de vie. "C'est un organe presque parfait, mais il a des failles. Par exemple, la barrière placentaire peut laisser passez les tout petits virus, comme la toxoplasmose, mais aussi la cigarette, l'alcool, ou encore la drogue", souligne Anna Roy.

Quelles sont les complications liées au placenta ?

Le placenta ayant un rôle essentiel pendant la grossesse, quand il connaît des complications, celles-ci peuvent être assez sévères. Par exemple, il peut ne pas s'insérer comme il faut. C'est ce qu'il se passe lorsqu'il y a un placenta praevia : "il se met sur le col de l'utérus, ou à proximité. Cela rend l'accouchement par voie basse impossible", explique Anna Roy. Dans d'autres cas, il peut s'insérer trop à l'intérieur de la muqueuse utérine. "C'est ce qu'on appelle un placenta accreta. On n'arrive pas le différencier de la muqueuse utérine, et cela peut poser de gros problèmes après l'accouchement", décrypte la spécialiste. Dans d'autres cas, le problème causé par le placenta est qu'il n'assure plus les échanges d'oxygène et de nutriments correctement. La spécialiste explique que cela peut être causé par de nombreux facteurs, dont une mauvaise compatibilité génétique entre les deux parents. Enfin, le placenta peut se décoller prématurément, "c'est ce qu'on appelle un hématome rétro-placentaire (HRP)". Dans ce cas, les équipes médicales doivent agir dans l'urgence pour sauver le futur bébé.Enfin, "il peut être à l'origine de maladies comme la pré-éclampsie, l'hypertension de la grossesse".

Qu'est-ce la chorioamniotite ?

Une chorioamniotite désigne une infection du placenta et du liquide amniotique. Elle se caractérise surtout par de la fièvre et des douleurs abdominales. Elle survient surtout chez les femmes dont la poche des eaux s'est rompue prématurément ou qui ont déjà eu un accouchement prématuré. Le tabagisme est aussi un facteur de risque. Une fois le diagnostic confirmé, l'accouchement par césarienne doit avoir lieu le plus tôt possible afin de protéger la mère et son bébé. Une antibiothérapie doit ensuite être instaurée.

Que faire en cas de décollement du placenta ?

En cas de décollement du placenta, les signes qui peuvent alerter la future mère sont des saignements, et de très fortes douleurs dans le ventre. L'hématome rétro-placentaire peut être plus ou moins grave, en fonction du stade de la grossesse et de la taille de la zone décollée. "Si le décollement est précoce, au début de la grossesse, ce n'est pas forcément très grave. La femme va un peu saigner. Cela peut-être juste une petite zone qui est touchée, et elle se recolle dans beaucoup de cas", tient à rassurer Anna Roy. En revanche, ce n'est pas la même chose si le décollement du placenta se produit en fin de grossesse. Selon notre sage-femme, dans ce cas de figure, "il faut faire une césarienne en urgence et espérer que le corps médical ne soit pas arrivé trop tard".

Pourquoi surveille-t-on le placenta lors d'un dépassement de terme ?

Une future maman qui a dépassé le terme de sa grossesse va devoir faire des examens régulièrement pour s'assurer que son bébé à naître va bien, et notamment si le placenta est toujours normal et fonctionnel. D'après Anna Roy, c'est parce qu'il s'agit "d'un organe qui a une date de péremption, pour dire les choses simplement. En fin de grossesse, on va vérifier qu'il n'est pas périmé en faisant une échographie, et notamment en regardant le niveau de liquide amniotique". Si le placenta fonctionne toujours normalement, les médecins peuvent laisser la grossesse se poursuivre jusqu'à cinq jours après la date du terme, toujours en surveillant le placenta. Cependant, "si on voit que ce n'est pas le cas et qu'il ne remplit plus les échanges correctement, on va déclencher l'accouchement".

L'expulsion du placenta à la naissance

Au moment de l'accouchement, le placenta doit impérativement être expulsé, après le bébé. "Il est à l'origine de nombreux décès dans le monde, par exemple à cause des hémorragies graves du post-partum. C'est un problème qui est pris très au sérieux et c'est pour cela que, en France, on fait souvent une délivrance dite "dirigée" du placenta. On va injecter un produit au moment de la sortie des épaules du bébé, pour qu'il se décolle facilement dans les 5 à 15 minutes qui suivent la naissance. On va être très exigeant sur le délai de sortie", nous explique Anna Roy. En revanche, lors des accouchements plus naturels, par exemple en maisons de naissance, "il n'y aura pas de délivrance dirigée". Dans ce cas, le délai accordé par le corps médical au placenta pour être expulsé est de 30 minutes maximum. "Il y a souvent quelques contractions qui reprennent et on peut demander à la patiente de pousser un tout petit peu", ajoute la sage-femme.

Malgré tout, il peut arriver que le placenta ne soit pas expulsé, ou qu'un morceau reste dans l'utérus. Dans ce cas de figure, "on peut faire une révision utérine. Le médecin ou la sage-femme va aller chercher lui-même le placenta ou la partie de l'organe restée à l'intérieur, avec la main"Si le corps médical procède systématiquement à cette étape quand le placenta n'est pas expulsé, c'est parce que, s'il reste dans l'utérus, il peut entraîner de graves problèmes de santé. "Le danger numéro un, c'est l'hémorragie. Le deuxième, c'est le risque infectieux, car si on laisse un morceau de placenta à l'intérieur de l'utérus, cela va finir par s'infecter", nous explique la sage-femme. Lors de certaines grossesses, on peut savoir à l'avance que l'expulsion du placenta sera difficile, et notamment en cas de placenta accreta, puisqu'il sera alors très imbriqué dans la muqueuse utérine. Des examens réalisés par la femme enceinte permettront de savoir à quel stade il en est, "en fonction du stade qui a été déterminé, la patiente accouchera dans une maternité d'un niveau plus ou moins élevé, car on peut être amené à pratiquer une opération, voire à enlever l'utérus (ce qui est heureusement rare), dans la foulée de l'accouchement, et dans ce cas il faut un médecin spécialisé".

Le placenta, examiné à la loupe après l'accouchement

"On examine le placenta après la naissance pour savoir s'il est complet. On va regarder aussi ses particularités anatomiques (taille, défaut, séparé en deux, odeur...)", explique Anna Roy. En cas de suspicion, la sage-femme ou l'obstétricien qui ont aidé la patiente à accoucher pourront demander à ce qu'il soit analysé pour détecter l'éventuelle présence de germes ou de virus, et savoir s'il s'est dégradé prématurément. Observer le placenta peut aussi permettre de récolter des informations importantes. "Pour la santé du nouveau-né, cela n'implique pas forcément grand-chose, mais ce sont des choses qui peuvent être intéressantes pour une grossesse ultérieure. Par exemple, lors d'une deuxième grossesse, on peut conseiller de l'aspirine pour fluidifier les échanges entre la mère et le fœtus", explique Anna Roy. De la même façon, en cas de fauche-couche tardive ou de naissance d'un bébé mort-né, examiner le placenta peut éventuellement permettre d'en comprendre la cause.

Ces femmes qui mangent leur placenta

Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, et même en France, de nombreuses femmes racontent avoir mangé leur placenta. "Dans certains pays en voie de développement, des pays qui sont parfois extrêmement pauvres, les femmes n'ont accès à rien d'autres qu'à leur placenta, qu'elles sont obligées de cuisiner. En Europe et en Amérique du Nord, certaines se sont dit que, si elles le faisaient, c'était parce que c'était très bon pour la santé", nous explique Anna Roy. Mais il s'agit d'une idée reçue, insiste-t-elle puisqu'il s'agit d'un organe de filtration. "C'est complètement faux. Il est vrai que le placenta est très riche en fer notamment, mais il contient aussi toutes les mauvaises substances, les polluants chimiques, les toxines, les virus, etc. En outre, le placenta, contrairement au foie, n'élimine pas ces produits", précise-t-elle. 

"Conserver son placenta pour l'enterrer n'est pas possible en France". Dans d'autres cas, la mère peut vouloir conserver le placenta pour des raisons culturelles et traditionnelles. "Par exemple, en Afrique, les familles aiment beaucoup l'enterrer au pied d'un arbre fruitier, parce qu'elles le voient comme une partie du bébé, ce qui est le cas, donc elles estiment lui devoir le respect, et veulent garder ce souvenir qui va nourrir l'arbre. Je n'y vois pas d'inconvénient, mais ce n'est pas possible en France", précise Anna Roy. Sur ce sujet en effet, la loi française est très claire : le placenta, comme tous les autres déchets humains, ne peut pas être récupéré par la patiente. Anna Roy explique que "les équipes médicales risquent une peine de prison si elles laissent partir une femme avec son placenta, qu'elle qu'en soit la raison. Donc, à l'unanimité, plus personne ne le fait à l'hôpital, et la tendance s'est un peu calmée. Mais cela reste un peu dans les accouchements à domicile. Normalement, la sage-femme doit emporter le placenta et le déposer dans les déchets infectieux, mais certaines ne le font pas".

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