Cholestase gravidique : qu'est-ce que c'est ?

La cholestase gravidique est un dysfonctionnement du foie pouvant entraîner des symptômes très gênants pour la future maman. À quoi est-il dû ? Comment se manifeste-t-il ? Quels sont les risques pour le bébé ? Le point sur cette complication de la grossesse avec le Dr Julia Maruani, gynécologue.

Cholestase gravidique : qu'est-ce que c'est ?
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Qu'est-ce que la cholestase gravidique ?

La cholestase gravidique correspond à un dysfonctionnement du foie pendant la grossesse, dû à un excès d'acides biliaires dans le sang. 

Cholestase gravidique : quelles sont les causes ?

Si les causes de la cholestase gravidique restent mal connues à ce jour, elle n'est absolument pas liée à une cause environnementale, ni alimentaire, ni infectieuse. "Cette maladie témoigne d'une modification du fonctionnement hépatique sous l'effet des hormones sexuelles (œstrogènes et progestérone). Une prédisposition génétique a également été mise en évidence. Dans 15% des cas, on retrouve des antécédents dans la famille, soit chez la mère, soit chez une sœur par exemple. De plus, les femmes récidivent fréquemment lors d'une grossesse suivante. L'âge, le nombre d'enfants (multiparité) et les grossesses gémellaires représentent également des facteurs de risques", indique le Dr Julia Maruani, gynécologue et secrétaire générale de la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale (FNCGM).

Cholestase gravidique : quels sont les symptômes ? 

Le prurit (démangeaisons) est le symptôme le plus fréquent de la cholestase gravidique. Il n'existe pas de lésions au niveau de la peau. Le prurit touche la totalité du corps et prédomine sur les extrémités, à savoir la paume des mains et la plante des pieds. "Parfois, après le prurit apparaît un ictère cutanéo-muqueux, plus connu sous le nom de jaunisse, qui se caractérise par une coloration de la peau et du blanc de l'œil", explique la gynécologue. "Les symptômes disparaissent très rapidement après l'accouchement, puis qu'avec la baisse des hormones, le foie reprend un fonctionnement normal", rassure-t-elle. 

Cholestase gravidique : à quel mois de grossesse ?

Dans 80% des cas, la maladie survient au troisième trimestre de grossesse, de temps en temps au deuxième, et de façon très exceptionnelle au premier trimestre.

Cholestase gravidique : quel est le diagnostic ? 

Lorsqu'une patiente se plaint de démangeaisons, un bilan sanguin hépatique est réalisé pour donner une idée du fonctionnement du foie et permettre de confirmer le diagnostic de cholestase gravidique. "Le diagnostic est posé quand il existe une augmentation des acides biliaires avec des modifications du bilan hépatique associées aux démangeaisons. En parallèle, d'autres examens peuvent être effectués pour éliminer d'autres causes comme une hépatite virale, une infection par cytomégalovirus (CMV) ou encore par herpès virus. La numération sanguine (NFS) et la protéinurie vont également être dosées pour s'assurer qu'il n'y a pas de complications de la grossesse comme la pré-éclampsie", détaille le Dr Julia Maruani. Le gynécologue peut être amené à prescrire une échographie hépatique à sa patiente pour éliminer un obstacle dans le foie car la présence d'un calcul biliaire peut entraîner les mêmes perturbations du bilan hépatique. L'hospitalisation n'est pas systématique. Quand la future maman va bien et que l'affection n'est pas sévère, une simple surveillance à domicile va être instaurée. Elle consiste en une prise de sang par semaine et des monitorings deux fois par semaine. "L'hospitalisation ne sera indiquée qu'en cas d'aggravation des paramètres biologiques ou de la révélation d'une anomalie du rythme cardiaque du bébé sur le monitoring", continue-t-elle. 

Cholestase gravidique : quels risques pour la maman et le bébé ?

La cholestase gravidique ne présente aucun danger pour la mère, si ce n'est la gêne occasionnée par le prurit. "En revanche, la cholestase gravidique peut entrainer de graves complications pour le fœtus, la principale étant est la mort fœtale in-utéro (1 à 2% des cas) et la prématurité dans 20 à 40% des cas. Il s'agit le plus souvent d'une prématurité induite pour éviter les risques de mort fœtale. C'est pour cette raison que l'accouchement sera déclenché vers 37-38 semaines d'aménorrhée et ce, même si les dosages sont stables", prévient la gynécologue. 

Cholestase gravidique : quelle prise en charge ?

Il n'existe aucun traitement curatif. L'objectif, c'est de soulager la future maman, car les démangeaisons peuvent être très invalidantes, et de diminuer les risques de complications fœtales. Les démangeaisons sont traitées par l'administration d'antihistaminiques. Un supplément en vitamine K est parfois nécessaire puisque cette vitamine baisse par mauvais fonctionnement du foie. Or, elle joue un rôle important dans la coagulation, notamment pour éviter les hémorragies pendant et après l'accouchement. "L'augmentation des acides biliaires va être traitée par un médicament appelé acide ursodésoxycholique et ce, du diagnostic jusqu'à la naissance pour diminuer le risque de complications fœtales et le prurit", ajoute la spécialiste. 

Cholestase gravidique : des traitements naturels ? 

Il n'existe aucun traitement naturel pour soigner la cholestase gravidique qui, rappelons-le, désigne un dysfonctionnement du foie. "On ne guérit pas la maladie, on la stabilise pour que le bébé puisse grandir dans le ventre de sa maman le plus longtemps possible", nuance le Dr Julia Maruani. Sachant que ce dysfonctionnement est lié aux hormones de grossesse, la maladie sera toujours présente tant qu'il y aura les hormones. À la question de savoir si les crèmes et autres remèdes à appliquer sur la peau présentent une efficacité contre les démangeaisons, notre interlocutrice est catégorique : ils n'ont aucun effet car les démangeaisons sont liées à l'accumulation des acides biliaires.

Cholestase gravidique et future grossesse 

Chez les femmes présentant une cholestase gravidique pendant la grossesse, la vigilance va être de mise quant à la contraception hormonale après la grossesse. Les contraceptions non hormonales vont être privilégiées, mais les contraceptions hormonales ne sont pas contre-indiquées. Une contraception progestative, c'est-à-dire sans œstrogènes, sera privilégiée. Un bilan hépatique devra également être effectué régulièrement afin de contrôler que la maladie ne récidive pas. 

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