Fausse couche : quels risques, causes et symptômes ?

"Fausse couche : quels risques, causes et symptômes ?"

Une femme sur dix a déjà fait une fausse couche. Quels sont les risques durant la grossesse ? Quels en sont les symptômes et les douleurs typiques ? Toutes les réponses avec les Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien et Adélie Michau, gynécologue spécialiste des grossesses à risques.

Qu'est-ce qu'une fausse couche ?

[Mise à jour du 29 mars 2022]. Une fausse couche est une grossesse qui s'arrête spontanément. Les fausses couches concernent environ 20% des grossesses, à savoir qu'une grossesse sur cinq s'achève ainsi. "C'est donc un événement extraordinairement fréquent. Il a lieu le plus souvent entre la 8e et la 9e semaine d'aménorrhée. On la détecte souvent lors de la première échographie de grossesse, sans qu'il y ait de symptômes", explique le Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien et chef du service maternité de l'hôpital des Diaconesses, à Paris.

Quelles sont les causes d'une fausse couche ?

Anomalies, maladies

La cause la plus fréquente de fausse couche est une anomalie chromosomique : ce ne sont pas les parents qui ont transmis cette anomalie, elle s'est fabriquée toute seule au cours de la fécondation. L'œuf ainsi formé n'est pas viable et la grossesse s'arrête d'elle-même. Divers facteurs peuvent entraîner une fausse couche. Le placenta peut, lui, avoir une anomalie d'insertion dans l'utérus. L'utérus peut présenter une malformation ou une béance du col. Le syndrome des ovaires polykystiques (10 % des femmes, première cause d'infertilité en France), mais aussi l'insuffisance lutéale (autre cause fréquente d'infertilité) peuvent aussi être, plus rarement, en cause. Par ailleurs, la femme peut avoir une maladie favorisant les fausses couches. Les maladies auto-immunes par exemple, mais aussi un diabète ou une maladie de la thyroïde, mal contrôlés peuvent être une cause. De même, un défaut de coagulation (thrombophilie) non traité, ou une infection cervico-vaginale bactérienne (vaginose, infection sexuellement transmissible).

L'âge des femmes

L'âge de la mère est généralement la cause des fausses couches entraînées par des anomalies génétiques de l'embryon, explique la Docteure Adélie Michau, gynécologue et spécialiste des grossesses à risques. Si les femmes très jeunes, c'est à dire de moins de 30 ans, ont un faible risque de fausse couche, entre 10 et 15%, ce dernier passe à 30% à 39 ans et atteint même 75% pour les femmes âgées de 42 ans. En cause : les ovocytes, de plus en plus détériorées au fur et  à mesure du temps. En effet, les femmes naissent avec un certain nombre d'ovocytes, et sur la durée, "la structure qui organise le matériel génétique des ovocytes restantes se dégrade". Si ces anomalies sont responsables des fausses couches, elles sont parfois viables, comme la trisomie 21. "Pour diminuer le risque de fausses couches il faut que les femmes sachent que la meilleure période pour avoir un enfant est entre 25 et 35 ans, et qu'après 40 ans c'est plus difficile. C'est physiologique, leur corps fonctionne de façon optimale entre 25 et 35 ans, le risque de fausse couche est donc plus faible." complète le Dr Thierry Harvey.

Sport et transports à volonté 

Néanmoins, le Dr Thierry Harvey revient sur une idée reçue : "Il faut arrêter de dire que le sport augmente le risque de fausses couches : c'est faux. De même, la voiture, l'avion, le métro, la moto, le train, les vibrations sur le pavé n'entraînent absolument pas de fausses couches. De toute façon, un long trajet en voiture avec une femme enceinte ce n'est pas possible : elle doit s'arrêter toutes les deux heures pour aller faire pipi !" En revanche, "en cas de saignement en début de grossesse ou de décollement membranaire (et non du placenta), il faut être prudente et se reposer pour permettre la coagulation de l'hématome", prévient-il.

Quels sont les symptômes d'une fausse couche ?

Les saignements en début de grossesse sont courants, que la grossesse se déroule bien ou non. De même, certaines femmes ressentiront des douleurs pelviennes, d'autres non... Il n'y a pas de symptômes propres à la fausse couche. Dans tous les cas, c'est l'échographie qui permet de confirmer l'arrêt de la grossesse. Pour une grossesse très récente, il est nécessaire d'effectuer un dosage sanguin de betaHCG, précise la Docteure Adélie Michau, que le gynécologue pourra compléter quelques temps plus tard par une échographie, l'activité cardiaque n'étant pas visible en tout début de grossesse.

Quels sont les risques de faire une fausse couche ?

Une mauvaise hygiène de vie

 Il existe aussi des facteurs exogènes, favorisant les fausses couches. Ainsi, une l'hygiène de vie et l'alimentation sont à surveiller de près, en optant au plus tôt pour des repas sains et équilibrés, tout comme des  en terme d'hygiène de vie sont à adopter dès l'annonce de la grossesse. La surconsommation quotidienne de café est à revoir, surtout si elle est couplée à  la prise d'aspartame, et évidemment, pas de fromage au lait cru non pasteurisé. Et encore plus que de raison, le tabagisme, l' alcool, ou la prise de drogue sont à bannir totalement. En cas d'addiction, ne pas hésiter à en parler à son gynécologue, pour un suivi et un accompagnement sur mesure, propice au bon déroulement de la grossesse. A noter aussi que l'environnement peut aussi être un facteur de risques, comme un contact répété avec le bisphénol A.

Des maladies non traitées 

En plus de l'âge et de l'hygiène de vie qui sont des facteurs importants, la prise en charge des infections bactériennes peut aussi aider : "Le dépistage est important. En traitant la vaginose par exemple, on peut éviter qu'elle n'induise plus tard une fausse couche", explique le Dr Harvey. D'autres infections, comme la toxoplasmose - que l'on contrôle chaque mois de grossesse en cas de non immunité - ou la listériose, peuvent être à l'origine d'une fausse couche. Par ailleurs, il n'existe aucun traitement médical à l'efficacité prouvée pour diminuer le risque de fausse couche spontanée. Une étude a comparé l'effet de l'aspirine, qu'on a souvent dit efficace, avec un placebo ; résultat : aucune diminution ou augmentation du nombre de fausses couches.

Fausse couche tardive : quel suivi ?

On distingue d'une part les fausses couches du premier trimestre de la grossesse, dites précoces (avant 3 mois), et d'autre part les fausses couches du deuxième trimestre (avant 5 mois). En cas de fausse couche tardive, un bilan médical complet sera réalisé à travers un interrogatoire, pour connaitre les antécédents gynécologiques, un examen clinique, une échographie ou IRM pelvienne pour détecter d'éventuelles malformations utérines, et un prélèvement vaginal pour une investigation bactérienne.

Comment calmer les douleurs d'une fausse couche ?

Les douleurs liées à la fausse couche sont multiples. En général, elles se manifestent par des saignements, des douleurs utérines comme des contractions, des lombalgies ou des crampes dans le bas-ventre. Si les douleurs sont intenses, il est recommandé de se rendre directement aux urgences le plus proche, où l'équipe médicale prendra en charge le reste du processus. Autrement, et pour beaucoup de fausses couche précoces, celles-ci sont asymptomatiques, ou dites silencieuses. Pour beaucoup de femmes, elles se produisent aux toilettes, et même si les douleurs physiques sont modérées, le phénomène peut être traumatisant.

Combien de temps dure une fausse couche ?

Quand le corps estime que l'embryon n'est pas viable, il interrompt de lui même le processus de grossesse, surtout dans le cas d'anomalies chromosomiques. C'est là qu'intervient alors la fausse couche, mais entre l'arrêt du développement de l'embryon et son élimination, il peut se passer plusieurs jours avant son expulsion volontaire. Pour la provoquer rapidement, une activité physique, telle que la marche ou la course à pieds peut être opportune. En cas de curetage, l'intervention au bloc opératoire dure une vingtaine de minutes, et l'hospitalisation une demi-journée.

Que faire après une fausse couche ?

Les fausses couches sont-elles fréquentes ?

Les fausses couches du premier trimestre sont fréquentes, notamment lors de la première grossesse, mais sans gravité pour la femme. "Sans nier la fausse couche, il n'est pas nécessaire de faire des tonnes d'examens après une seule fausse couche", précise le Dr Harvey. Les fausses couches du second trimestre sont plus rares, mais peuvent avoir lieu après une première échographie à 2 mois et demi. "Dans ce cas, des examens peuvent avoir lieu pour chercher une cause, mais après une seule fausse couche ce n'est pas systématique, ajoute le gynécologue. Tout dépend aussi de la femme, de sa personnalité, de son âge, etc." 

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