Grossesse tardive : enceinte après 40 ans, quel suivi ?

[GROSSESSE APRES 40 ANS]. Selon l'Insee, le taux de fécondité tardive a été multiplié par trois en France, depuis les années 1980, notamment grace aux avancées scientifiques. Quel suivi médical pour ces grossesses gériatriques ? Interview du Docteur Joëlle Belaïsch-Allart, gynécologue.

Grossesse tardive : enceinte après 40 ans, quel suivi ?
© goodluz-123rf

[Mise à jour du 13 janvier 2022 à 11h41]. Les grossesses tardives sont de plus en plus fréquentes en France. C'est ce que confirment les derniers chiffres de l'Insee publiés ce 10 janvier 2022, qui précisent que la fécondité après 40 ans ne cesse d'augmenter depuis les années 1980. "En 2019, la fécondité tardive est ainsi 3,4 fois plus élevée qu'en 1980" note le rapport. Les femmes les plus concernées par une grossesse tardive sont celles nées à l'étranger ainsi que les femmes cadres ou sans profession. "L'allongement des études, les mises en couple plus tardives, le désir d'être stabilisée dans sa vie professionnelle avant d'avoir des enfants, les remises en couple plus fréquentes et le désir d'avoir un enfant du nouveau couple ont contribué à reporter l'âge à la maternité. La médicalisation de la contraception (loi Neuwirth en 1967) a pu également faciliter ce report", explique l'Insee. 

A quel âge parle-t-on de grossesse tardive ou gériatrique ?

Joëlle Belaïsch-Allart* : Avant, on parlait de grossesse tardive à 35 ans, mais maintenant, c'est plutôt après 40 ans. Ces grossesses tardives appelées aussi "grossesses gériatriques" sont considérées comme ultra-tardives après 45 ans.

Grossesse tardive : les témoignages de mamans

Enceinte après 40 ans : quel suivi de grossesse ?

Une grossesse tardive demande beaucoup plus d'assistance. Le suivi médicalisé est différent que pour une grossesse à 20 ou 30 ans. Ainsi, les risques augmentent avec l'âge. Malgré les apparences, les femmes de plus de 40 ans sont plus fatiguées et doivent être plus vigilantes aux petits signes comme les contractions par exemple. Pendant la grossesse, elles doivent faire, comme toutes les femmes enceintes, un dépistage du diabète afin de vérifier qu'elles ne souffrent pas de diabète gestationnel, et un dépistage de la trisomie 21. [Celui-ci se fait au premier trimestre de grossesse par le biais d'une prise de sang pour doser des marqueurs sériques, et d'une échographie pour mesurer la clarté nucale. Si le résultat est supérieur au seuil fixé, une amniocentèse est aussi proposée à la future maman. Depuis 2013, elle a également la possibilité de recourir aux tests ADN, plus fiables et moins invasifs que l'amniocentèse puisqu'il s'agit d'une simple prise de sang, ndlr.

Quels sont les risques d'une grossesse tardive ?

Les risques pour la mère sont différents si elle fait appel à un don d'ovocytes ou si c'est une grossesse spontanée.

  • Dans le cas où ce sont ses propres ovocytes, donc des ovocytes âgés, les risques de fausse couche, de diabète et de mortalité maternelle sont augmentés.
  • Pour les femmes qui ont recours à un don d'ovocytes, donc des ovocytes d'une femme plus jeune, les risques restent tout de même présents. Il faut toujours surveiller le diabète et la pré-éclampsie.
  • Il faut également préciser qu'au moment de l'accouchement, le nombre de césariennes augmente avec l'âge de la maman.
  • Le tabac a également des conséquences sur les grossesses, mais cela à n'importe quel âge. En plus d'accélérer la ménopause de deux ans, le tabagisme peut engendrer de l'hypertrophie chez les bébés.
  • Parmi les autres conséquences possibles d'une grossesse tardive : un décollement du placenta, un faible poids de naissance du bébé, et les fibromes utérins sont plus fréquents. Par ailleurs, le risque de prématurité est supérieur car l'utérus possède une moins bonne capacité à supporter la grossesse. 
  • Les grossesses tardives augmentent aussi les risques pour le bébé (mortalité in utero et périnatale (30 pour mille), prématurité (8,2%) et une probabilité plus élevée d'avoir un enfant trisomique). Rappelons enfin que la fertilité des hommes diminue elle aussi à partir de 45 ans. 

Après 40 ans, est-ce plus difficile de tomber enceinte ?

Il y a surtout un déni de savoir et de reconnaître qu'après 35 ans, il est plus difficile d'être enceinte. Et puis, même s'il peut y en avoir, les grossesses sont rarement spontanées après 45 ans. Ces femmes ont souvent recours à une procréation médicalement assistée, notamment au don d'ovocytes. On voit toujours dans les magazines des femmes resplendissantes après 40 ans, mais la réalité est bien différente : à cet âge, il est très difficile d'avoir un bébé. Et cela s'amplifie et prend plus de temps avec les années. Il est important de préciser qu'on ne tombe pas enceinte, on le devient ! Aussi, les gynécologues conseillent de consulter :

  •  Après un an de rapports sexuels réguliers si la grossesse n'arrive pas,
  •  Après 6 mois en cas d'antécédents gynécologiques (infections, fibromes...) ou de troubles de l'ovulation,
  •  Après 6 mois si vous avez plus de 35 ans.
*Propos recueillis en 2012. Docteur Joëlle Belaïsch-Allart, chef du service gynécologique du Centre hospitalier des quatre villes site de Sèvres (92) et vice-présidente du Collège national des gynécologues et obstétriciens français.

Suivi médical et maladies pendant la grossesse