Tokophobie : peur d'accoucher, ces questions qu'on n'ose pas poser

Il y a des choses que les futures mamans n'osent pas demander, d'autres qui les inquiètent. Sylvie Coché, sage-femme, répond à toutes vos questions et livre ses conseils pour ne pas stresser le jour de l'accouchement.

Tokophobie : peur d'accoucher, ces questions qu'on n'ose pas poser
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Les futures mamans vivent leur grossesse plus ou moins paisiblement selon les cas, mais pour toutes ou presque, une multitude d'interrogations et d'appréhensions surviennent quelques jours avant de donner naissance à leur enfant, même s'il ne s'agit pas du premier. La peur de l'accouchement également appelée tokophobie est fréquente chez les futures mamans. Selon Sylvie Coché, sage-femme et auteure du livre "Poussez Madame !", bien que les femmes enceintes suivent des cours de préparation à l'accouchement, elles ont souvent peur "que cela fasse trop mal" ou stressent de ne pas arriver à temps pour avoir la péridurale et pensent alors qu'elles ne sont pas capables d'accoucher sans. Et pourtant... Dans son ouvrage, cette sage-femme, qui a 30 ans de carrière derrière elle, raconte les anecdotes les plus surprenantes et amusantes auxquelles elle a assisté en tant que professionnelle. Dans une interview au Journal des Femmes, elle répond à toutes les questions que les futures mamans peuvent se poser avant l'accouchement. Faut-il prendre un laxatif avant d'aller en salle de travail ? A-t-on ou non le droit de manger ou de boire ? Comment faire si l'on a soif avant d'accoucher ? Comment faire pour se détendre ?... Sylvie Coché livre ses conseils pour dédramatiser l'accouchement et rassurer toutes celles sur le point d'accoucher.  

J'ai peur de ne pas avoir la péridurale !

Les femmes enceintes sont persuadées que sans péridurale, elles ne seront pas capables de donner naissance à leur bébé. "Avec la crainte d'arriver trop tard, les futures mamans arrivent finalement trop tôt, alors qu'il faut attendre des contractions régulières", précise Sylvie Coché. Résultat : elles doivent souvent patienter, ou rentrer chez elle. Rien ne sert de s'inquiéter si vous n'avez pas la péridurale à temps pour que la piqûre fasse effet, cela signifie aussi que le travail est rapide. "Ce n'est pas une catastrophe d'accoucher sans péridurale et les femmes en sont tout à fait capables. Elles sont accompagnées, on pousse avec elle, et le mari a aussi son rôle à jouer pour les rassurer et les soulager", précise la sage-femme. 

Peut-on manger ou boire avant l'accouchement ?

Lorsque le travail a commencé et que l'on va accoucher dans l'heure qui suit, il est préférable de ne pas manger, et certaines maternités interdisent même de boire, ne serait-ce qu'une gorgée d'eau. "On ne sait jamais comment les choses peuvent évoluer, et dans le cas où une césarienne s'impose sous anesthésie générale, la femme enceinte doit être à jeun, afin d'éviter tout risque de complications tel que le syndrome de Mendelson (lorsque le contenu de l'estomac remonte au niveau des bronches)". Lorsqu'une femme enceinte a de fortes contractions, elle n'a généralement pas faim. C'est plutôt la soif qui se fait sentir. Sylvie Coché recommande alors d'utiliser, été comme hiver, un brumisateur, sans parfum, afin de soulager la soif sans prendre de risque.

Et si le papa s'évanouit ?

Les pères sont nombreux à s'évanouir en salle de naissance. "Pour éviter qu'ils ne tombent sur la tête, on leur propose de sortir, de s'asseoir ou de s'allonger avec les jambes en l'air et de boire un jus de fruit". Pour autant, certains pères cèdent à la pression sociale et assistent à l'accouchement alors qu'ils ne sont pas prêts, remarque la Sylvie Coché. Si le père est stressé ou qu'il n'est pas sûre de pouvoir apporter l'aide nécessaire à la future maman, rien ne sert d'être présent à l'accouchement. Discutez-en ensemble, avant la naissance. Les pères doivent avoir le choix d'assister ou non à l'accouchement, et de se faire remplacer, si besoin, par la sœur ou la mère pour accompagner la femme enceinte. 

J'ai peur d'avoir des selles en poussant...

La plupart des futures mamans ont cette appréhension. Et si j'ai des selles en poussant lors de l'accouchement ? Car en effet, cela arrive souvent, précise Sylvie Coché. "Mais nous, on s'en fou ! Elles peuvent avoir une gêne vis à vis de leur conjoint (peut-être), mais elles doivent savoir que nous avons l'habitude". "Si cela les stresse vraiment et pour leur tranquillité d'esprit, les futures mamans peuvent prendre de la glycérine ou faire un mini-lavement au début du travail. Elles seront alors plus détendue. Dans tous les cas, il n'ont pas à avoir honte devant nous, on ne les juge pas", précise la sage-femme.

J'ai peur d'avoir une épisiotomie

Après la péridurale, l'épisiotomie fait partie des principales craintes des futures mamans. Pour autant, l'épisiotomie n'est pas systématique. C'est le médecin en charge de l'accouchement qui va prendre la décision, si le périnée est très distendu, s'il y un risque de déchirure très complexe ou s'il y a une urgence à faire sortir le nourrisson par exemple. "Dites-vous bien que l'épisiotomie est nécessaire sur le moment, et qu'elle ne fait pas mal lorsqu'elle est pratiquée. D'ailleurs, lorsqu'elle se fait discrètement, les futures mamans ne s'en rendent même pas compte. En revanche, elle est douloureuse les jours suivants l'accouchement. Rien ne sert donc de s'angoisser pour rien", précise la sage-femme. 

Je stresse beaucoup, comment me détendre ?

Le temps est parfois long entre le début des contractions et la naissance de l'enfant. En attendant que le col soit suffisamment dilaté, les couples peuvent stresser, voire s'ennuyer. "J'ai déjà vu des pères assis sur leur fauteuil, à côté de leur femme et en train de jouer sur leur téléphone", regrette Sylvie Coché. La sage-femme propose de faire des jeux à deux, par exemple une partie de scrabble ou de mots croisés. Pour détendre l'atmosphère, elle conseille également aux couples de prévoir une playlist à diffuser pendant le travail pour un accouchement plus serein. Enfin, celles qui ont le temps avant de se rendre à la maternité peuvent aussi prendre un bain chaud durant environ 30 minutes.

Je ne suis pas à l'aise, niveau intimité

Certaines futures mamans peuvent appréhender d'accoucher devant d'autres personnes (des étudiants peuvent parfois assister à la naissance dans les hôpitaux universitaires). Dans les établissements privés ou les maternités en revanche, le corps médical doit demander la permission en amont. Néanmoins, abordez ce point pendant le suivi de grossesse pour ne pas avoir de surprise le jour J. Dans tous les cas, dites-vous qu'un drap cache un minimum votre corps lors de l'accouchement. "Par ailleurs, certaines patientes pensent qu'il s'agira toujours de leur médecin qui accouchera le jour de la naissance, mais si l'accouchement a lieu pendant une garde, il s'agira d'un autre médecin. Là aussi, parlez-en afin de ne pas être mise au pied du mur". 

Et si son cordon est enroulé autour du cou ?

Le risque que le cordon ombilical soit entouré autour du cou du nouveau-né inquiète beaucoup les futurs parents, qui ont peur que leur enfant s'étrangle au cours de l'accouchement. Mais cela est très fréquent, rappelle la sage-femme. "Plus de la moitié des bébés naissent avec le cordon autour du cou". En outre, les informations enregistrées lors du monitoring permettent d'avertir le corps médical. "Et si on s'en rend compte au moment où le bébé sort, on coupe le cordon". "Il ne faut pas diaboliser le cordon ombilical. Parfois, les bébés naissent même avec des nœuds ou avec deux ou trois tours autour du cou, mais on a l'habitude, cela ne doit pas faire l'objet d'une angoisse pour les futures mamans", rassure la sage-femme.

*Poussez, Madame ! Confessions d'une sage-femme, Les éditions de l'Opportun. Prix : 9,90 euros.

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