Alcool et grossesse : journée mondiale de sensibilisation au syndrome d'alcoolisation fœtale

Chaque année, la journée de sensibilisation au syndrome d'alcoolisation fœtale se tient le 9 septembre. L'occasion plus que nécessaire de rappeler aux futures mères les risques qu'elles encourent en buvant de l'alcool au cours de leur grossesse. Que devient un simple verre de vin dans le corps d'une femme enceinte ? Quels sont les effets de l'alcool sur le bébé ? On fait le point sur les risques et les recommandations.

Alcool et grossesse : journée mondiale de sensibilisation au syndrome d'alcoolisation fœtale
© vadimgozhda

[Mise à jour du 12 septembre 2022] Boire de l'alcool lorsque l'on est enceinte est un geste tout sauf anodin. Par précaution, on le répète inlassablement, le "zéro alcool pendant la grossesse" fait loi. Chaque année, c'est ce slogan ou plutôt ce message qui est au cœur de la campagne lancée par Santé publique France lors de la journée mondiale de sensibilisation au syndrome d'alcoolisation fœtale, tous les 9 septembre . Et pour cause, la consommation d'alcool peut avoir de lourdes conséquences sur le fœtus et sa santé. Dans certains cas, on parle de syndrome d'alcoolisation fœtale, une maladie qui représente la première cause de handicap mental non génétique. Prévenir, informer, et répéter sans cesse est donc toujours aussi nécessaire, d'autant plus lorsque le nombre de nouveau-nés atteints est encore élevé : 15 000 enfants naissent chaque année en France avec des troubles causés par l'alcoolisation fœtale (TCAF)

Qu'est-ce que le syndrome d'alcoolisation fœtale ? 

Lorsque la femme enceinte boit un verre de vin ou d'un spiritueux par exemple, l'alcool passe dans le sang du futur bébé. Le syndrome d'alcoolisation fœtale se manifeste alors lors d'une consommation excessive, par des anomalies de croissance, des anomalies faciales et des dommages du système nerveux central susceptible d'entraîner des retards mentaux. Sans oublier les autres risques tels que "les troubles de l'apprentissage ou de la mémoire, responsables de difficultés scolaires, de troubles cognitifs et du comportement", précise un rapport de l'Académie de médecine. Enfin, le cerveau est sensible à l'alcool durant toute la grossesse. Pourtant, encore aujourd'hui, ces conséquences sont sous-estimés ou méconnus des futurs parents.

La consommation d'alcool pendant la grossesse reste la première cause de retard psychomoteur en France. En effet, lorsque vous buvez, l'alcool est directement transmis à votre bébé via la circulation sanguine, c'est-à-dire du sang maternel au sang fœtal via le placenta qui ne le filtre pas. Autrement dit, le fœtus consomme pratiquement la même quantité d'alcool que sa mère !

Alcool et grossesse : quelles conséquences sur la santé du bébé ?

L'alcool est toxique pour le système nerveux et le cerveau du fœtus. "Consommer de l'alcool pendant la grossesse est toxique pour le fœtus et peut entraîner diverses complications (retard de croissance, atteintes du système nerveux central, malformations…), dont le syndrome d'alcoolisation fœtale est la forme la plus grave", rappelle Santé publique France. Ainsi, quel que soit le stade de la grossesse, pour une consommation quotidienne, même faible, il existe des risques de complications. Pendant la grossesse, l'alcool peut être également responsable, dans certains cas, de fausses couches ou de malformations, rappelle de son côté l'association SAF France. Après la naissance, l'alcoolisation fœtale peut entraîner sur bébé :

  • un risque de prématurité 
  • de retard de croissance 
  • de déficit visuel et auditif 
  • des troubles de l'alimentation

"L'alcool est un toxique tératogène (qui provoque des malformations), qui traverse très facilement le placenta et endommage les cellules en développement du bébé, notamment celles du cerveau", explique Denis Lamblin, président de l'association SAF France. "Dans la plupart des cas, les troubles ne sont pas visibles sur le bébé qui vient de naître, mais apparaissent plus tard, au moment de l'entrée en crèche ou à l'école, parfois même plus tard, lorsque le cerveau devient plus mature, vers 6-8 ans", ajoute-t-il. Ainsi, entre 5 à 14 ans, les enfants ont un risque plus important de troubles de l'attention et peuvent rencontrer une rupture sociale et des difficultés à s'organiser ou à apprendre. Enfin, les troubles causés par l'alcoolisation fœtale auraient des répercussions même jusqu'à l'adolescence avec des effets psychologiques et un risque accru d'alcoolisme ou de toxicomanie. Par conséquent, plus votre consommation quotidienne est importante, plus l'enfant risque d'avoir des séquelles. 

Les femmes sous-estiment les risques

Pourtant malgré les risques liés à la consommation d'alcool pendant la grossesse et les campagnes de prévention, près d'une femme enceinte sur quatre continuerait de boire des verres d'alcool, précisait en 2016 Gilles Crépin, professeur de médecine et membre de l'Académie nationale de médecine. Ce dernier distingue deux sortes d'alcoolisation, autant dangereuses l'une que l'autre pour la santé du nouveau-né : l'alcoolisation chronique, semblable à la consommation avant la grossesse, et la consommation accidentelle (binge drinking). Le médecin rappelle par ailleurs qu'une future maman doit restreindre sa consommation d'alcool à une tolérance zéro, tout comme la consommation de tabac ou de drogues. Pointant un manque de prévention sur le sujet, l'Académie de médecine souhaite de son côté que les femmes en âge de procréer ainsi que les professionnels de santé et le grand public soient mieux informés et sensibilisés sur ces risques.

"Zéro alcool pendant la grossesse" : le maître mot

Pour vous faire prendre conscience des risques, rappelez-vous que lorsque vous buvez, bébé trinque avec vous ! Même si vous ne buvez qu'un verre par jour, ou de manière occasionnelle, votre consommation n'est pas anodine et peut avoir de réelles conséquences sur votre grossesse et sur l'enfant qui va naître. Comme on ne connaît pas précisément le seuil en dessous duquel la consommation d'alcool n'est pas dangereuse pour l'enfant, la meilleure solution est encore de s'abstenir pendant toute la durée de la grossesse.

Pour rappel, un message sanitaire est apposé obligatoirement depuis 2006 sur les boissons alcoolisées, soit par un pictogramme ou par le message "Grossesse = Zéro alcool". Par ailleurs, le dispositif "Alcool Info Service" (0 980 980 930) permet aux personnes concernées de discuter librement et 7 jours/7 avec un professionnel apte à les orienter, à les écouter et répondre à leurs questions. Enfin, des campagnes de prévention sont chaque année diffusée afin de limiter les risques et de sensibiliser les futures mamans.

Grossesse et alcool : les idées reçues persistent

À juste titre, on peut se demander comment les messages de prévention contre l'alcool pendant la grossesse sont-ils perçus par les femmes enceintes ? Une enquête sérieuse menée en 2017 auprès de 40 futures mamans ayant échangé sur six forums de discussion, dont celui du Journal des Femmes s'est penchée sur la question. Résultats : 

Un sujet qui fait réagir

Près de 40 % du contenu des discussions porte sur la consommation d'alcool en début de grossesse. "J'ai pris une cuite sans savoir que j'étais enceinte", précise par exemple Caro. Si certaines se justifient par le fait qu'elles n'étaient pas encore consciente de leur grossesse, et "qu'il faut continuer à vivre", "qu'il n'y a aucune raison de flipper", d'autres culpabilisent tout de même en s'inquiétant des conséquences pour la santé de bébé. Et puis, il y a celles qui s'appuient sur l'expérience familiale pour justifier leur consommation d'alcool pendant la grossesse. "La sœur de ma belle sœur a consommé de l'alcool les 4 premiers mois de sa grossesse (dont plusieurs grosses cuites) et elle a accouché d'une petite fille en parfaite santé", précise Maelle.

De nombreuses idées reçues

En outre d'après l'étude, cette méconnaissance des risques semble récurrente et les idées fausses demeurent encore trop nombreuses. Pour Lola, le "0 alcool est théorique" et selon Océane, "c'est juste au quatrième mois qu'il faut vraiment limiter l'alcool car les échanges se font plus intensément avec le placenta". D'autres internautes, au contraire, semblent bien connaître les risques, et notamment le syndrome d'alcoolisation fœtale, ou encore les risques de dépendance pour l'enfant, une fois arrivé à l'âge adulte. "Les femmes négocient le risque à partir de leurs savoirs et croyances et des normes perçues", commente ainsi l'étude. Selon l'enquête, les futures mamans qui échangent entre elles pour trouver des réponses à leurs questions, s'en remettent principalement à leur gynécologue pour apaiser leurs inquiétudes ou leurs angoisses à la suite d'une alcoolisation ponctuelle importante durant leur grossesse. Le spécialiste, qui est ainsi souvent cité au cours des discussions, aurait dans l'ensemble un discours plutôt rassurant. "La majorité des gynécologues évitent le discours alarmiste et semblent tolérer des écarts à la norme 'Zéro alcool pendant la grossesse', ce qui rassure les femmes enceintes et les amène à se confier davantage", précise l'étude. Enfin, près d'un tiers des futures mamans s'accordent tout de même quelques écarts à la recommandation Zéro alcool, pour "se faire plaisir" et "éviter les frustrations"L'étude recommande des campagnes de prévention portant sur les risques d'API chez les femmes ayant un projet de grossesse, avec une formation des professionnels de santé en contact avec les femmes en âge de procréer. Des campagnes ciblant les femmes âgées de 50 ans et plus, "mériteraient aussi d'être mises en œuvre au regard du rôle crucial joué par les mères", précise le rapport. Enfin, "les dangers de l'alcool au cours de la grossesse devraient figurer dans les programmes scolaires, évitant ainsi la transmission de connaissances erronées de génération en génération".