"Les couples qui n'ont pas de vie sexuelle ne sont pas des couples mais des colocataires" : une psychologue explique qu'il faut regarder les choses en face
Pour la psychologue espagnole Silvia Congost, l'intimité est l'un des trois piliers essentiels sur lesquels repose un couple.
Partager le même toit, les mêmes factures et le même lit suffit-il pour former un couple ? Non pour la psychologue espagnole Silvia Congost. Spécialiste des relations amoureuses et de la dépendance affective, elle estime que la sexualité occupe une place importante dans ce qui distingue un couple de deux personnes qui vivent simplement ensemble. Son constat est clair : "Il y a des couples qui n'ont pas de vie sexuelle. Alors, moi, je ne pense pas qu'ils soient un couple. Ce sont des colocataires", a-t-elle expliqué dans l'émission Aprendemos Juntos de BBVA.
Une phrase provocatrice, mais qui résume une idée que la psychologue développe depuis plusieurs années : aimer quelqu'un et former un couple avec cette personne n'est pas la même chose. Avec les années, une relation peut continuer à fonctionner presque mécaniquement. On fait les courses. On prépare le dîner. On emmène les enfants à l'école. On rembourse le crédit. On regarde une série avant de dormir. La machine tourne. Et précisément parce qu'elle tourne, il peut être difficile de constater que la relation amoureuse, elle, s'est transformée.
Dans ses réflexions sur le couple, Silvia Congost invite ainsi à regarder au-delà de cette organisation quotidienne. Deux personnes peuvent former une équipe efficace sans nécessairement former encore le couple qu'elles étaient autrefois. L'absence de sexualité devient alors, dans son raisonnement, l'un des signes de cette transformation lorsqu'elle accompagne la disparition du désir et de l'intimité. Cela ne signifie évidemment pas qu'il faudrait atteindre un nombre précis de rapports sexuels pour avoir un couple "normal". Il s'agit plutôt de regarder ce qui unit encore réellement les deux partenaires. Car on peut continuer à aimer profondément une personne alors que la relation amoureuse avec elle s'est éteinte. Et c'est probablement ce qui rend la frontière entre couple et "colocataires" aussi difficile à regarder en face.
Et il y a quelque chose de dangereux dans ce type de situation : rester parce qu'on s'est habitué à l'autre. Cette distinction rejoint l'un des thèmes centraux abordés par la psychologue lorsqu'elle parle des relations amoureuses : la dépendance émotionnelle. Silvia Congost explique que nous pouvons parfois nous accrocher à une relation alors même que celle-ci ne nous rend plus heureux. Quitter l'autre signifie affronter le vide, la solitude et le changement. Et cette perspective peut être suffisamment effrayante pour pousser certaines personnes à rester dans une relation qui ne leur convient plus. C'est précisément là que se trouve, selon elle, l'un des dangers de la dépendance affective : confondre l'amour avec le besoin que l'on ressent de rester auprès de quelqu'un.
Pour la psychologue, une relation saine ne doit pas demander à une personne de s'effacer pour conserver son partenaire. Accepter continuellement des comportements qui nous font souffrir, abandonner ses propres besoins ou vivre dans la peur permanente de perdre l'autre sont autant de signes qui doivent pousser à s'interroger sur la relation. Car le problème n'est alors plus seulement de savoir si l'on aime son partenaire. Il faut se demander ce que cette relation produit concrètement dans notre vie. Pouvons-nous être nous-mêmes ? Nos besoins sont-ils entendus ? Avons-nous encore envie de partager cette vie à deux ?
