Hedi Slimane, le prodige de la mode

Dior Homme, Saint Laurent, Celine… Hedi Slimane est passé par toutes les maisons qui comptent. Retour sur le parcours d'un prodige de la mode.

Hedi Slimane, le prodige de la mode
© Christophe Guibbaud/Abaca

C'est l'un des créateurs les plus mystérieux de son époque. Hedi Slimane accorde des interviews au compte-goutte, salue rarement à la sortie de ses défilés et n'écume pas les dernières soirées à la mode. Tout juste sait-on que ses deux autres passions sont la photographie et la musique, qu'il documente dans son diary et sur son compte Instagram, et que toutes les maisons par lesquelles il est passé en ont été durablement marquées. Plus qu'un style, c'est une marque de fabrique, un ADN rock et légèrement sulfureux dont les consommateurs et les patrons des groupes de luxe raffolent.

Les débuts de sa carrière

Né à Paris d'un père tunisien et d'une mère italienne, Hedi Slimane grandit dans la capitale où il se passionne très tôt pour la photographie. Après des études d'histoire de l'art à la Sorbonne puis à l'Ecole du Louvre (et de longues heures d'ennui à la bibliothèque Sainte-Geneviève place du Panthéon), il assiste un temps l'attaché de presse et consultant de la mode Jean-Jacques Picart, avec qui il travaille notamment en 1992 sur une exposition en l'honneur des 100 ans du monogramme Louis Vuitton. En 1996, il est repéré par Pierre Bergé qui décide de le nommer à la tête de la ligne masculine d'Yves Saint Laurent. Quatre ans plus tard, le jeune trentenaire présente sa dernière collection pour la maison. Intitulée Black Tie, elle introduit la fameuse silhouette skinny de celui que certains s'amusent à surnommer "Slim Man". Il faut dire que cette dégaine toute en longueur est caractéristique du style Slimane et a durablement influencé la mode des deux dernières décennies. A l'issue de ce défilé automne-hiver 2000-2001, Hedi Slimane quitte donc Saint Laurent et poursuit sa route vers la renommée.

De Dior Homme à Saint Laurent

Ce serait Jean-Jacques Picart qui aurait recommandé à Bernard Arnault de nommer Hedi Slimane à la tête de Dior Homme. A l'époque, le PDG du groupe LVMH, qui venait de lancer le prêt-à-porter chez Louis Vuitton avec Marc Jacobs en guise de directeur artistique, souhaite créer une vraie ligne masculine pour la maison de l'avenue Montaigne. Pendant six ans, Hedi Slimane y diffuse sa mode rock et androgyne, deux adjectifs qui lui collent à la peau. Un style qui trouve son public et attire même les compliments des plus grands. Karl Lagerfeld n'hésite pas à raconter à longueur d'interviews que sa perte de poids spectaculaire dans les années 2000 avait pour seul but de pouvoir rentrer dans les costumes dessinés par Hedi Slimane. Mais en 2006, c'est la rupture. Est-ce les prétentions salariales du créateur ou des désaccords avec LVMH autour de la création d'une ligne de vêtements pour femme à son nom ? Toujours est-il que c'est son bras droit, le Belge Kris van Assche, qui prend la relève, tandis que Slimane retourne à ses premières amours, la photographie. Pressenti pour succéder à John Galliano à la tête de la création féminine de Dior en 2011, Hedi Slimane préfère finalement endosser le rôle de directeur artistique des collections homme et femme d'Yves Saint Laurent l'année suivante, à la suite de l'Italien Stefano Pilati. Son premier coup d'éclat : renommer la maison parisienne qui devient sous sa houlette Saint Laurent, tout simplement. Pendant quatre ans, il réinterprète l'héritage de la maison et redéfinit son image. Beaucoup de noir, de marbre, de bougies qui sentent le feu de bois et des collections acclamées par la critique, reproduites quasi à l'identique par les enseignes de fast fashion quelques semaines après les défilés. Depuis Los Angeles, où il vit alors, Hedi Slimane travaille au succès commercial de la maison pour laquelle il shoote toutes les campagnes, choisit la musique des défilés et les mannequins sur le podium. Pourtant, en 2016, il quitte la maison remplacé quelques mois plus tard par un autre Belge, Anthony Vaccarello, qui a alors la lourde tâche de naviguer entre deux legs, celui de Monsieur Saint Laurent himself et de son prédécesseur, Hedi Slimane.

La nouvelle femme Celine

22 décembre 2017. Après neuf ans en tant que directrice artistique de la maison Céline, la créatrice britannique Phoebe Philo s'en va. Pour la remplacer, Bernard Arnault choisit de nommer quelqu'un qu'il connaît bien : Hedi Slimane. Comme chez Saint Laurent quelques années plus tôt, son premier move est de renommer la marque. Fini l'accent aigu sur le e de Céline Vipiana (le nom complet de la fondatrice de la griffe). Bienvenue dans l'ère Celine, un label global qui sous l'égide du créateur sort sa première collection de haute parfumerie et se met à la mode masculine. Des créations immédiatement adoptées par Lady Gaga, Justin Bieber, Etienne Daho ou encore Catherine Deneuve. Rien que ça. 

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