Auriane Mallo-Breton (escrime) : "Je veux être aux JO en 2024 avec mon fils dans les tribunes"

Quadruple championne d'Europe d'épée par équipes, Auriane Mallo-Breton a les Jeux olympiques de Paris 2024 en ligne de mire. Un objectif que cette kinésithérapeute et maman prépare désormais à temps plein grâce au soutien de Carrefour, avec qui elle a signé un pacte de performance en 2022.

Auriane Mallo-Breton (escrime) : "Je veux être aux JO en 2024 avec mon fils dans les tribunes"
© Auriane Mallo-Breton le 29 juin 2023 par Zuma/ABACA

Quand la maternité donne des ailes. L'escrimeuse française Auriane Mallo-Breton, 30 ans, n'a jamais été aussi en forme que depuis qu'elle est devenue maman d'un petit garçon en 2021. En 2023, cette spécialiste de l'épée originaire de Lyon a remporté une médaille de bronze en individuel aux championnats d'Europe et l'or par équipes. Des performances qu'elle doit également au soutien de Carrefour dont elle a intégré le pacte de performance en vue des Jeux olympiques de Paris 2024.

Journal des Femmes : Comment avez-vous commencé l'escrime ?
Aurianne Mallo-Breton :
J'ai commencé l'escrime à 8 ans. Ma mère cherchait un sport pour mon frère, et elle m'a proposé d'en faire aussi. Au départ, je ne voulais pas, je trouvais que c'était une discipline de garçon. J'ai quand même essayé à l'école et j'ai adoré battre ces mêmes garçons, justement. Je me suis donc inscrite. Pendant de nombreuses années, les entraînements et les compétitions ont rythmé notre vie de famille, puisque mes deux frères ont aussi continué à haut niveau dans les catégories jeunes. J'ai intégré l'INSEP en 2012, après les Jeux olympiques de Londres. Je suivais mes études de kinésithérapie en parallèle. J'ai été diplômée en 2018. Pendant quatre ans, j'ai ensuite travaillé dans un centre de rééducation pour amputés et je suis devenue maman d'un petit garçon en 2021.

Qu'est-ce que la maternité a changé dans votre pratique ?
En 2020, lorsque le Covid est arrivé, j'étais dans une période compliquée. Nous essayions de nous qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo et ça ne se passait pas bien. Cette pause forcée m'a permis de me rendre compte que je pouvais être heureuse sans escrime. Quand j'ai commencé mon sport, je m'amusais, je trouvais du plaisir et avec le haut niveau, j'avais un peu perdu de vue cet aspect. J'ai décidé de faire un enfant plutôt que d'aller à Tokyo et j'ai eu la chance que les étoiles soient alignées. J'ai accouché une semaine avant les Jeux, c'est ma médaille à moi. J'ai repris l'entraînement sept semaines après. Le retour a été compliqué, j'ai tout donné, je me suis organisée et cela a payé. Je suis aujourd'hui pleinement installée dans le top 10 mondial. Je n'ai jamais été aussi forte que depuis que j'ai accueilli mon fils. J'ai l'impression de mieux me connaître physiquement et mentalement. Et je relativise énormément. Je sais que ma carrière est plus proche de la fin que du début, donc je profite au maximum de cette vie extraordinaire.

Qu'est-ce que vous aimez dans ce sport ?
Je suis une spécialiste de l'épée. Cette discipline est un vrai jeu : tu as le droit de marquer de la tête aux pieds et le premier qui touche remporte le point. Le principe, c'est donc de toucher l'autre sans se faire toucher. Il faut constamment s'adapter à son adversaire, être fort-e physiquement, mentalement et tactiquement. Et on ne peut jamais se reposer sur ses acquis car lle combat ne s'arrête jamais.

Vous vous entraînez à l'INSEP depuis 11 ans maintenant. Comment se déroule une semaine pour vous depuis que vous pouvez dédier toutes vos semaines au sport grâce à votre entrée dans la Team Carrefour ?
Je m'entraîne deux fois par jour. Le lundi, j'ai une leçon individuelle le matin. Je répète mes gammes avec mon entraîneur ou bien je fais du travail technique. L'après-midi est consacrée au physique. Ça peut être du cardio, de la musculation ou un circuit training. Le mardi, c'est natation le matin et séance d'assaut l'après-midi. Le mercredi, j'ai une séance de physique le matin pour laquelle je me rends à mon club, à Saint-Gratien, dans le Val-d'Oise. Le jeudi, je fais juste une séance d'assaut l'après-midi. Et pour terminer ma semaine, j'ai une leçon individuelle le vendredi matin et une séance physique l'après-midi. Le week-end, quand il n'y a pas de compétition, je me repose et je profite de ma famille. Ce repos est nécessaire pour mon corps.  Je n'ai plus 20 ans (rires) !

Mais comment faisiez-vous avant de pouvoir vous consacrer pleinement à l'escrime ?
Je travaillais comme kinésithérapeute quatre demi-journées par semaine. Mes entraînements étaient donc plus condensés avec moins de temps pour récupérer. Désormais, je peux vraiment être à 100 % sur chacune de mes séances. Ça n'a pas de prix.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez intégré cette team d'athlètes Carrefour pour Paris 2024 ? 
J'ai eu la chance de rencontrer une journaliste de RTL lors d'une journée média organisée par la Fédération française d'escrime. Elle savait que je cherchais des sponsors, que j'avais besoin de plus de temps, de me sentir plus sereine. L'aspect financier peut parfois être très stressant pour les sportifs. Elle m'a alors proposé d'enregistrer un message pour Alexandre Bompard, le président-directeur général de Carrefour, qui se rendait cette semaine-là dans les locaux de la radio. Je lui ai demandé d'intégrer la Team Carrefour et il a été très réceptif au message. Tout s'est ensuite enchaîné : j'ai eu un texto dans l'après-midi de Charles Hufnagel, directeur exécutif de la communication Groupe et France. On s'est appelé et j'ai aussi eu un rendez-vous avec Eve Zuckerman, directrice du partenariat Paris 2024. Puis, je me suis rendue au siège, sur la terrasse d'Alexandre Bompard. C'était incroyable ! Nous sommes tous-tes des athlètes d'horizons différents. Je n'aurais pas pu rêver d'une meilleure équipe.

Auriane Mallo-Breton est soutenue par Carrefour depuis 2022. © Carrefour

Quelle est la plus belle émotion que vous ayez vécue en compétition ?
Il y en a tellement. Mais je vais vous raconter notre dernier titre de championne d'Europe par équipes en 2023. Pendant toute la finale, nous avons été menées par les Hongroises. Mais avec les filles, nous nous sommes serrées les coudes. Nous avons chacune grappillé quelques points. Lorsque je prends le dernier relais, il reste trois points à rattraper en 3 minutes. J'égalise à 10 secondes de la fin. Nous passons ensuite à la touche en or et je finis par marquer. Je me retourne, je vois tout le monde qui crie et me saute dessus. Les victoires par équipes sont inoubliables. Surtout lorsque tu as cru que le match était perdu.

Qu'est-ce que représentent les Jeux olympiques pour vous ?
Quand je suis tombée enceinte, je me suis tout de suite dit que je voulais être au Grand Palais en 2024 avec mon fils dans les gradins. En 2010, les championnats du monde d'escrime s'étaient disputés sous l'incroyable verrière du bâtiment. À l'époque, j'étais en première et je regardais la compétition sur mon téléphone portable que je cachais sous mon bureau. Maureen Nisima avait remporté l'or. Quand je l'ai côtoyée à mes débuts en équipe de France, elle nous a raconté cette ambiance inoubliable, cette Marseillaise chantée a cappella par le public... C'est une chance incroyable pour moi que ces Jeux se disputent à la maison au moment où je suis au sommet de ma forme. Mais il reste encore 9 mois à patienter, la qualification par équipe et en individuelle à aller chercher. Il peut se passer tellement de choses d'ici là.

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