Anne-Laure Mais aka Adenorah nous dit tout sur sa griffe Musier

Avec sa marque Musier créée en 2018, Anne-Laure Mais, aussi connue sous son nom de blogueuse Adenorah, habille les modeuses. Pour nous, elle se livre sur ses muses, son processus créatif et ses marottes mode. Interview d'une jeune femme qui a du style.

Anne-Laure Mais aka Adenorah nous dit tout sur sa griffe Musier
© Bertrand-Hillion Marie-Paola/ABACA

Anne-Laure Mais a 32 ans et déjà plusieurs vies. La directrice artistique de Musier, une marque dont le succès ne se dément pas depuis 2018, se partage entre Paris et Bordeaux où vivent son enfant et son mari. De son passé de blogueuse, sous le nom d'Adenorah, elle tire une communauté de quelque 668 000 abonnés sur Instagram. Mais c'est désormais sous sa véritable identité qu'elle souhaite être connue aujourd'hui, pour se détacher de la blogueuse et laisser place à la créatrice. Rencontre avec une jeune femme inspirante.

Que pouvez-vous nous dire sur Musier ?

Musier, c'est mon second bébé. J'ai lancé la marque en mars 2018 avec deux partenaires, Axelle Aimé et Dorothée Rubinski, fondatrices de l'entreprise It Collection. Au quotidien, je gère toute la partie créative tandis qu'elles s'occupent de la production, de la logistique, etc. Désormais, nous sommes une quinzaine à travailler pour Musier. Cette marque, c'était l'idée de créer un espace qui me ressemble à moi et à toute cette génération de femmes connectée. Ce qui était important pour moi, également, c'est que la marque soit à taille humaine et ait une dimension éco-responsable. Nos collections sont restreintes et nos pièces, intemporelles. L'idée, ce n'est pas de créer en fonction des tendances et que l'année suivante, on n'ait plus envie de porter ces vêtements. Chacune de nos quatre collections annuelles est composée de 20 à 25 pièces, produites à environ 70% en France.

Comment la griffe a-t-elle évolué depuis son lancement ?

Elle a évolué avec moi et mes envies. En termes d'identité, aussi. Au début, on se cherchait un peu mais désormais, notre ADN est clairement affirmé, avec la création de pièces intemporelles qui jouent sur les détails. Notre distribution a changé également. Initialement, la griffe était seulement vendue online. Désormais, nous avons des corners au Printemps, aux Galeries Lafayette, chez Selfridges.... La marque a un gros potentiel aux États-Unis. Malheureusement jusqu'ici, la pandémie de coronavirus nous a empêché d'y installer des pop-up stores, ce que nous allons enfin essayer de faire dès que possible.

Quel est votre processus de création ?

C'est simple : je suis en veille toute l'année. Dans mon téléphone, j'ai des milliards de screenshots. Je crée ensuite un moodboard auquel j'ajoute des images de films, d'archives de défilés des 90's et des 00's, notre fil rouge. Je m'inspire aussi des filles que je croise dans la rue, de la mode vintage... Je suis par exemple un compte Instagram qui met en lumière des pièces rétro que l'on trouve sur Vinted. Je transmets ensuite mes intentions à la styliste qui dessine mes idées pour être sûre que nous nous sommes bien comprises. Puis, c'est le modéliste qui entre en jeu afin de créer le premier prototype. Ensemble, on essaye, on regarde ce qui fonctionne ou pas, on ajute et on lance si tout est OK. On essaye, on regarde si des choses

© Musier

Votre nouvelle égérie est Erin Wasson. Pourquoi l'avoir choisie ?

Je l'ai rencontrée lors d'un événement à Saint-Tropez et je me suis rendu compte qu'elle vivait à Marseille. Nous sommes restées en contact et l'idée de lui demander d'incarner Musier a germé dans un coin de ma tête. Erin Wasson faisait partie de mes mannequins préférées quand j'ai débuté dans la mode. Pas seulement pour son physique, mais aussi et surtout pour son style bien à elle. Elle cultive une allure androgyne, rock et sexy, exactement ce que reflète notre collection ! Elle était donc la muse parfaite pour incarner cette campagne.

Vous avez aussi une armée de "muses" (ce qui n'est pas très étonnant pour une marque qui s'appelle Musier). Qui sont-elles ?

Ce sont des filles que je découvre sur Instagram. Mais attention, je ne les sélectionne pas pour leur nombre de followers. Et surtout, je cherche des filles qui ont un style qui leur est propre, qui ont un truc en plus, pas celles qui suivent les tendances. Au début j'ai commencé avec des copines, des filles que je connaissais et de fil en aiguille, je me suis composé un album sur Instagram avec mes futures muses. En plus, dès que je rencontre des filles qui m'inspirent, je leur demande si elles veulent bien endosser ce rôle. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé avec Louane. Nous nous suivions sur Instagram, elle a emprunté des pièces Musier et nous avons commencer à échanger. La particularité de Louane, c'est qu'elle n'a pas de styliste, elle adore composer ses looks elle-même et supporter les petites marques françaises comme nous, mais aussi MaisonCléo par exemple. Je trouve cette démarche super sympa. Ensuite, nous nous sommes rencontrées lors d'un dîner Musier, nous avons eu un gros coup de cœur l'une pour l'autre et j'ai décidé de la shooter en tant que muse.

Quelle est votre icône mode, d'hier ou d'aujourd'hui ?

Je dois dire que suis obsédée par les 90's, donc les supertops de cette décennie, les héroïnes de série comme Carrie Bradshaw, Ally McBeal, Rachel dans Friends, sont des sources d'inspiration infinies. Les actrices de la Nouvelle Vague ont aussi un style qui me parle.

Est-ce que vous avez de nouveaux projets avec Musier ? Ouvrir une boutique par exemple ?

Ce n'est pas du tout en premier sur notre liste ! Mais on ne s'interdit pas d'y penser pour plus tard. L'été prochain, on lancera aussi notre première collection de maillots de bain, cinq ou six modèles avec un partenaire expert en la matière.

Parlons un peu de vous. Quelles sont vos tendances préférées de l'hiver 2022 ?

Les manteaux extra extra extra longs. Ce n'est peut-être pas une tendance, mais en tout cas, c'est mon obsession du moment. En fait, l'hiver dernier je cherchais un manteau vraiment long et je n'en trouvais pas. Je me suis dit qu'il fallait absolument en créer un cette saison. Résultat, c'est une de mes pièces préférées de la collection.

Quel est l'indispensable de votre garde-robe ?

Le jean. Pour moi, le denim parfait, c'est un Levi's vintage. Chez Musier, nous n'arrivons pas encore à en faire qui me plaisent autant, donc si en plus je peux shopper un modèle de seconde main, c'est encore mieux !

Quelle est la pièce que vous rêvez de vous offrir ?

Une robe noire bustier signée Saint Laurent d'il y a deux ou trois saisons. Elle est noire, bustier, avec des découpes très particulières au niveau du décolleté. Sinon, de la décoration ou le tableau d'un artiste que j'aime.

Quelle est la pièce ou l'objet sans lequel vous ne pouvez pas sortir ?

Tristement, mon téléphone.

Quel est l'accessoire qui twiste une tenue basique ?

Une ceinture ou des boucle d'oreilles, ça fait toujours son petit effet. Sinon, un beau sac à main et des chaussures qui ont du caractère. 

Vous êtes devenue mère il y a peu. Est-ce que cela a changé quelque chose à votre rapport à la mode ? Et à votre travail pour Musier ?

Pas spécialement. En revanche, quand je vois la vitesse à laquelle mon enfant grandit et la vitesse à laquelle je dois changer ses vêtements, je me dis que je devrais peut-être faire de la place dans ma garde-robe. De plus en plus, lorsque je rentre dans mon dressing, je me sens oppressée par ce qui s'y trouve. Je crois que je rêverais d'avoir cinq pantalons, cinq vestes et cinq pulls. C'est une idée qui me trotte dans la tête depuis un moment, mais je ne sais pas dans quelle mesure c'est lié au fait d'être maman. 

Quel est votre réflexe écoresponsable mode ?

D'acheter du vintage ou de la seconde main. Mon premier réflexe si je veux m'offrir une pièce de créateurs, c'est d'essayer de la trouver sur Vestiaire Collective. Je me tourne aussi de plus en plus vers la location de vêtements pour les soirées ou les événements.

Quel conseil mode donneriez-vous à nos lectrices ?

Avoir du style, ça ne s'achète pas, c'est une allure, une façon d'incarner les vêtements ! Donc, suivez votre instinct plutôt que les tendances. Parce que lorsque l'on est jeune on a envie de s'acheter le sac à main du moment, les it shoes trendy, la robe dont tout le monde parle. Pourtant, avec du vintage, ça marche aussi bien !

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