Harcèlement scolaire : appli, que faire, que dit la loi ?

[HARCELEMENT A L'ECOLE]. L'association Marion La Main Tendue lance l'application gratuite Kolibri, destinée à détecter les signaux faibles du harcèlement et du cyberharcèlement.

Harcèlement scolaire : appli, que faire, que dit la loi ?
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Quels sont les différents cas de harcèlement scolaire ?

Le harcèlement dont peut être victime un écolier peut prendre différentes formes : il peut s'agir de violences physiques (coups, blessures), psychologiques (moqueries, menaces, gestes et mots blessants, etc.), ou encore sexuelles. Généralement, un ou plusieurs élèves - parfois même des adultes ou professeurs - exercent ces violences sur un autre élève qui ne peut se défendre. Mais "dans tous ces cas de harcèlement, la violence psychologique reste omniprésente", précise Hélène Romano, psychologue. Il est important de distinguer également le harcèlement de la violence. Parfois, il arrive en effet que des enfants se bagarrent ou montrent une attitude violente, mais sans volonté de harceler l'autre. "Dans le cas d'un harcèlement, il y a une notion de durée et d'intention de nuire", explique la psychologue. Il s'agit en effet d'un acte répété, qui s'inscrit dans le temps et qui est fait dans le but de blesser l'autre. D'ailleurs, si une personne porte plainte pour harcèlement, il lui faudra prouver que ce n'est pas la première fois que cet acte se produit et qu'il est intentionnel. Par ailleurs, avec les nouveaux moyens de communications, le harcèlement scolaire prend une nouvelle forme : le cyberharcèlement

Harcèlement scolaire : quels sont les signes ?

Votre enfant ne veut plus se rendre à l'école, invente des excuses pour rester à la maison, il est marqué de bleux, ses affaires d'école sont parfois abîmées, vous le trouvez épuisé, il présente des troubles, il s'isole et ne veut plus inviter ses camarades de classe à son anniversaire... Autant de signes auxquels il faut rester attentif. En effet, un enfant harcelé à l'école a souvent tendance à ne pas en parler à ses parents, de peur de décevoir ou par crainte des représailles. Voici 5 signes à repérer en cas de harcèlement à l'école : 

Quelles sont les conséquences du harcèlement scolaire ?

Harcèlement scolaire : que dit la loi ?

"La loi punit le harcèlement scolaire, mais aussi les violences scolaires et la provocation au suicide. Les victimes peuvent alerter la direction de l'établissement scolaire et les associations. Elles peuvent aussi demander à la justice de condamner pénalement l'auteur du harcèlement et de réparer leur préjudice" précise le gouvernement.

Quelles sont les peines encourues en cas de harcèlement scolaire ?

Les coupables de faits de harcèlement scolaire âgés de plus de 13 ans risquent une peine de prison allant de un an (sans circonstance aggravante) à 3 ans (avec circonstances aggravantes), et une amende allant de 15000 euros à 45000 euros. Aussi, le nombre de circonstances aggravantes détermine la peine encourue, notamment si la victime est âgée de moins de 15 ans, si l'auteur des faits connaissait sa vulnérabilité (handicap physique ou mental, maladie), si le harcèlement a conduit la victime à plus de 8 jours manqués à l'école ou si le harcèlement a été commis sur internet.

Les dernières actualités sur le harcèlement scolaire :

La journée nationale contre le harcèlement scolaire avait lieu le 4 novembre 2021. Elle est organisée chaque année le premier jeudi du mois de novembre. A cette occasion, Jean-Michel Blanquer, qui souhaite faire de la lutte contre le harcèlement une "grande cause nationale", avait dévoilé un plan d'actions. Le programme pHARE devrait être étendu à tous les collèges de France d'ici la rentrée 2022. Le ministre de l'Education souhaite également renforcer la prévention sur les réseaux sociaux pour lutter aussi contre le cyberharcèlement. Sur Twitter, Emmanuel Macron avait annoncé ce 18 novembre que le contrôle parental serait renforcé sur les écrans. Enfin, une nouvelle application a été lancée en février 2022 pour dénoncer les cas de harcèlement à l'école.

L'application Kolibri App pour prévenir les cas de harcèlement

L'association Marion La Main Tendue lance Kolibri App, une application gratuite aux enfants et à leurs parents. "Elle permet de détecter les signaux faibles du harcèlement et du cyberharcèlement", précise l'association ce 7 avril, lors de son lancement. Cette nouvelle appli s'appuie sur trois éléments : la prévention, l'accompagnement et la prise en charge, et se compose de deux interfaces : l'une destinée aux enfants et adolescents victimes ou témoins de harcèlement scolaire et de cyberharcèlement, l'autre destinée aux parents, adultes et personnes de confiance. Concrètement, l'application permet d'alerter ou signaler une situation de harcèlement, partager son humeur avec la météo des émotions, accéder rapidement à des contacts de confiance,​​​​​​ retrouver les numéros utiles, et s'informer grâce à des ressources clés sur le harcèlement et cyberharcèlement. L'appli Kolibri est disponible sur l'App Store et Google Play.

Délit de harcèlement scolaire : qu'est-ce qui change ?

Ce 24 février, les députés ont définitivement adopté une proposition de loi, déposée par le député MoDem Erwan Balanant, qui acte la création du délit de harcèlement scolaire. Cette loi "apporte une nouvelle pierre à l'édifice" et  envoie "un message à la Nation toute entière : non, le harcèlement n'a pas sa place dans les établissements", s'est félicité le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. Une loi également salué par l'association Hugo! qui lutte contre ce fléau. "Parce qu'un homme se grandit à s'abaisser à hauteur d'enfant, je suis fier d'être citoyen d'un pays qui choisit de clôturer sa session parlementaire par l'examen et l'adoption définitif d'un texte majeur qui écrit les petites lignes de l'histoire de France, celle de nos enfants, et des générations futures", explique en effet son président Hugo Martinez dans un communiqué.

Un délit passible de 3 ans de prison

La proposition de loi évoque la formation initiale ou continue des adultes, insiste sur l'importance de la prévention et prévoit que les plateformes numériques seront obligées de modérer leurs contenus. Mais sa mesure phare consiste en la création d'un délit spécifique de harcèlement scolaire qui sera passible de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'il provoquera une incapacité totale de travail (ITT) inférieure ou égale à huit jours, voire s'il n'a pas entraîné d'ITT. Si l'ITT dépasse 8 jours, ce délit sera passible de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende lorsque les faits auront poussé la victime à se suicider ou à tenter de le faire. 

Quels sont les chiffres du harcèlement scolaire ?

  • Plus de 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire en France, soit près d'un enfant sur dix. 
  • Selon l'UNESCO, plus de 30% des élèves dans le monde ont été victimes de harcèlement
  • La plupart du temps, les cas de harcèlement débutent dès l'école primaire (12%), tandis que 10% des collégiens sont harcelés et 4% au lycée.
  • Selon le Centre Hubertine Auclert, "55% des élèves en situation de harcèlement sont touchés par la cyberviolence Les filles sont davantage exposées à des formes spécifiques de cyberviolence, à caractère sexiste et sexuel. Elles sont notamment trois fois plus touchées par des actes de sexting.
  • Selon l'enquête internationale HBSC, menée tous les quatre ans auprès de collégiens de 42 pays, le harcèlement scolaire a diminué en France de 15 % au collège entre 2010 et 2014. La baisse atteint 33 % en sixième.
  • D'après l'enquête nationale de victimation en milieu scolaire réalisée en 2017, une fille sur 5 a été insultée en ligne sur son apparence physique et une fille sur 6 a été confrontée à des cyber-violences à caractère sexuel, en lien avec le partage de photos ou vidéos intimes.
  • Le cyber-harcèlement concernerait 6% des collégiens. Entre 3 et 4 adolescents se suicideraient chaque année à cause de ces insultes en ligne. En outre, 61% des élèves harcelés disent avoir des pensées suicidaires.
  • On compte logiquement autant de harceleurs que de victimes (si ce n'est plus), mais également trois à quatre témoins par situation de harcèlement. 

Comment parler du harcèlement avec son enfant ?

Il faut savoir qu'un enfant victime d'harcèlement n'osera pas ou difficilement en parler de lui-même à ses parents. Et même si ce n'est pas lui qui aborde le sujet, il ne répondra pas la vérité de peur de décevoir. A la question (un peu trop directe) "es-tu harcelé à l'école ?", l'enfant répondra "Non", ou confirmera que tout se passe bien à l'école... Une manière de rassurer son entourage qui s'inquiète à son sujet. Donc plutôt que d'en parler trop directement avec lui, Hélène Romano conseille de parler de ce que l'on ressent en tant que parent et  d'aborder le sujet de manière à ne pas impliquer son enfant directement : "Je sais que dans certaines écoles, il y a des cas de harcèlement... Je me demandais si dans ton école, c'était la même chose et s'il y avait des enfants qui t'embêtaient parfois ?". Il faut également que le dialogue soit constructif, conseille la psychologue. L'enfant doit comprendre qu'il peut compter sur ses parents et que dans un tel cas, ils seraient présents pour l'aider, le soutenir, et faire les démarches nécessaires pour que ce harcèlement s'arrête. 

Que faire si mon enfant est harcelé à l'école ?

En cas de harcèlement sur un enfant à l'école, les parents doivent savoir qu'ils ne sont pas seuls dans leurs démarches. "Si votre enfant est victime de harcèlement scolaire, il est préférable d'inscrire ces démarches dans un cadre médical en consultant un professionnel de santé qui, en relation avec le médecin scolaire, examinera l'enfant et déterminera son état physique et psychologique", recommande Hélène Romano, psychologue. L'enfant pourra alors bénéficier de soins et surtout d'une aide médico-scolaire qui l'autorisera à ne plus fréquenter l'école pendant une période, tout comme un adulte malade qui ferait un arrêt de travail. En effet, si l'enfant souffre trop physiquement ou psychologiquement, le médecin pourra alors établir un constat qui lui permettra de bénéficier d'un Projet d'Accueil Individualisé (PAI). C'est pourquoi il est important de passer par un professionnel de santé. A la suite de ce constat, médecins et parents font le point ensemble avec la direction de l'établissement. Si les parents souhaitent aller plus loin, en fonction de la situation, ils peuvent saisir des conseillers au niveau académique ou des médiateurs au niveau régional qui pourront alors intervenir dans l'établissement scolaire de l'enfant. Ce relais est donc important, d'autant que certaines écoles peuvent parfois réagir avec déni face à des cas de harcèlements, qui représentent un échec pour leur établissement. 

Harcèlement scolaire et numéro vert : qui contacter ?

Harcèlement scolaire : faut-il ou non le changer d'école ?

Si l'enfant demande à changer de classe ou d'école, oui. Il peut parfois s'agir du bien de l'enfant, d'une manière de le protéger (dans certains cas). En revanche, s'il fait cette demande et qu'on le lui refuse en l'obligeant à retourner à l'école, ce sera pour lui d'autant plus difficile. Selon les démarches effectuées, les parents peuvent aussi être aidés pour le changement d'établissement. L'enfant peut alors être prioritaire pour être affecté où il le souhaite. Les parents doivent alors saisir la direction académique des services de l'éducation nationale (Dasen) afin de demander un changement d'établissement.

Comment sensibiliser les autres enfants, ceux qui harcèlent ?

Des actions de sensibilisation ont été mises en place en milieux scolaires par le ministère de l'Education, qui souhaite notamment améliorer la formation des enseignants et la prise en charge des familles. De plus, lorsque les établissements sont partants, des ateliers permettent d'aborder le sujet avec des dispositifs individualisés. Par ailleurs, on distingue plusieurs profils de "harceleurs" :

  • ceux qui ont été eux-mêmes harcelés ou qui sont victimes de violences à la maison ;
  • ceux qui suivent le mouvement, mais qui sont tout de même désolés des conséquences ;
  • et enfin, les harceleurs qui n'éprouvent aucune empathie.

Ces derniers n'ont pas intégré les interdits sociaux ou les valeurs de respect et n'ont aucune sensibilité. Ainsi, "les meneurs sont les plus difficiles à prendre en charge, mais il est important de pouvoir les repérer pour mieux les isoler", précise la psychologue. En effet, lorsqu'on travaille avec les autres enfants, le meneur se retrouve alors isolé et ne peux plus exercer autant de pouvoir sur sa victime.

Harcèlement scolaire : les témoignages de parents

Sur le Journal des Femmes, Sandrine*, maman de Jenifer*, confie ne jamais avoir suspecté sa fille d'être victime de harcèlement à l'école. C'est il y a 4 ans, en CE1, que tout a commencé. Jenifer avait été isolée pendant la récréation par des élèves de CE2. Trois l'avaient immobilisée tandis que trois autres avaient baissé son pantalon afin de voir la couleur de sa culotte. Deux ans plus tard, alors âgée de 9 ans, Jenifer est de nouveau victime de harcèlement moral : elle subit des moqueries répétées, des gestes et commentaires blessants et agressifs... "Même si les mots ne touchent pas de la même manière que les coups, il font aussi mal", souligne la maman. Un jour, alors qu'elle est poussée à bout, la petite fille s'isole dans les toilettes de l'école. Elle desserre alors sa ceinture pour se pendre au porte-manteau. Heureusement, deux de ses camarades de classe qui l'ont surprise en train de pleurer préviennent les surveillants. "Jamais, je n’aurai pu imaginer que ma fillette de 9 ans puisse arriver à un tel geste, ni même qu’elle subisse un harcèlement moral ! Je n’ai rien vu !", confie la maman. Tout comme mes propres parents qui gardent ma fille chaque mercredi. Ni même sa sœur cadette qui n'a que 14 mois d’écart. Je me souviens aussi que le matin même de cet événement, j’ai demandé à ma fille si tout allait bien, si l’école et sa nouvelle classe lui plaisaient… Elle m’a répondu "Oui très bien !" avec un grand sourire... Le pédopsychiatre qui a ensuite rencontré ma fille m’a clairement expliqué que certains enfants masquent leur souffrance pour ne pas blesser leurs proches", explique-t-elle.* Propos recueillis en 2015. ** Les prénoms ont été modifiés.

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