Pornographie en ligne : dangereuse pour la santé des ados

Fake news, cyber-harcèlement, réseaux sociaux, rencontres en ligne mais aussi doomscrolling... autant de sujets dont il faut préserver les adolescents, ou du moins les y sensibiliser. Comment mieux accompagner son enfant dans son utilisation numérique ? Nos conseils pour lui permettre de surfer en toute sécurité.

Pornographie en ligne : dangereuse pour la santé des ados
© junpinzon

[Mise à jour le 4 octobre à 15h23] Enfants et adolescents sont de plus en plus connectés. En moyenne, c'est à 14 ans que les jeunes sont considérés comme autonomes sur le net. Une libre circulation qui peut les confronter à de nombreux dangers, tels que cyberharcèlement, mauvaises rencontres, doomscrolling, ou confrontations à des contenus inappropriés. En l'occurrence, à la pornographie qui pullule en ligne (plus de 4 millions de sites répertoriés), et bien souvent très -trop- facilement accessible. Cette exposition à un âge sensible n'est pas sans conséquence sur la santé mentale des adolescents, créant même des comportements déviants et traumatiques. Lesquels ? Comment aborder ce sujet sensible avec son ado ? Réponses.

La pornographie à portée de clic des adolescents

Le rapport d'information au Sénat présenté le 28 septembre dernier a montré à quel point la pornographie en ligne était accessible pour les jeunes adolescents. Il suffit de garantir sa majorité ou d'avoir plus de 18 ans, sans autre forme de vérification que ce soit. De fait, un ado sur cinq y est confronté, et 58% des garçons et 45% des filles ont vu sur le net leur première image phonographique avant 13 ans. De quoi inquiéter, au regard des troubles encourus par les jeunes esprits, confrontés à des images qu'ils ne savent ni interpréter, ni questionner. Leur comportement peut ainsi en être complètement affecté, avec l'usage de la violence dans leurs (futures) relations amoureuses, normalisée par les stéréotypes de genre promus dans le monde de la pornographie : la femme soumise et l'homme dominateur. Evidemment, le plan psychologique n'est pas sans traumatismes non plus avec des comorbidités psychiatriques, des symptômes dépressifs et une faible estime de soi quasiment inévitables pour les jeunes utilisateurs. Et cela, sans compter les dangers physiques suscités par une exposition régulière, et finalement volontaire à ces contenus. En effet, de spectateur à acteur, via le sexting, il n'y a souvent que très peu de barrières, principalement mentales. Pour s'aider à franchir ce cap, les ados ont alors recours à des "substances psychoactives" ou à l'alcool, rapporte le JDD.

Si le sujet peut être sensible à aborder, un dialogue ouvert et sans tabou avec son enfant est un moyen sûr de lui donner une structure, et de le protéger. En effet, selon une étude, une discussion franche aurait un impact davantage préventif qu'incitatif, et permet aux adolescents d'identifier certaines limites et de se sentir considéré comme quelqu'un de responsable.

Les ados adeptes des rencontres en ligne

Méconnus de la plupart des parents, certains sites  de rencontres comme rencontres-ados.net, skuat.com ou sortirensemble.com séduisent de plus en plus d'adolescents qui peuvent s'y inscrire  gratuitement, sans accord parental préalable, afin d'être mis en relation avec d'autres jeunes. Les adolescents s'inscrivent aussi de plus en plus, en mentant sur leur âge, sur des sites pour adultes mais aussi sur des sites de jeux en ligne ou des messageries instantanées comme Discord. "Les jeunes cherchent à tester leurs capacités de séduction sans forcément s'exposer à la confrontation physique, qui leur fait souvent peur ", explique à La Croix Justine Atlan, directrice générale d'e-Enfance. Aussi, le fait d'être caché derrière un écran, tranquillement dans leur chambre, leur laisse le champ libre pour s'inventer une sorte d'avatar, et se présenter tels qu'ils rêveraient d'être. Une tendance à la mythomanie qui est généralement anodine, mais qui peut pour certains créer des troubles de la personnalité. La frontière entre qui ils sont et le fantasme de celui ou celle qu'ils rêveraient d'être n'est plus aussi claire, et certains ados en viennent à ne plus vivre qu'à travers leur écran, dans la peau du personnage qu'ils se sont construits. Sans compter qu'ils peuvent être confortés dans cette spirale autosatisfaisante par des pédocriminels, pour lesquels ces sites sont des terrains de chasse de choix, et qui savent comment flatter les jeunes pour leur inspirer confiance.

Qu'est ce que le doomscrolling ?

Le terme doomscrolling en anglais vient de la contraction des mots "doom", signifiant la chute, ou l'effondrement, et de "scrolling" qui est l'art de naviguer sur le web en faisant défiler son écran numérique de haut en bas. De fait, il désigne la tendance à ne rechercher que des sujets tristes, anxiogènes, voire eschatologiques sur internet. Et par la magie des algorithmes et des intelligences artificielles, d'y être ensuite "spontanément" exposés. Guerre en Ukraine, Covid, catastrophes écologiques, crises diverses et variées sont d'autant plus accessibles que la pagination n'est maintenant plus requise pour continuer à suivre ce genre d'actu et/ou de requêtes. Plus on fait défiler l'écran -plus on scroll- plus Google nous en propose. Plus besoin d'appuyer sur "page suivante", donc. A terme, cette orientation informative n'est pas anodine sur la santé mentale, particulièrement celle des adolescents. Maîtres en matière de scrolling à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit  sur une multitude d'appli auxquelles ils sont parfaitement rodés (snapchat, TikTok, Instagram...), cette culture de l'angoisse amène le corps à produire les hormones du stress comme le cortisol ou l'adrénaline. Ils souffrent ainsi d'un état de stress accru, sont confrontés à des troubles du sommeil, et peuvent même développer une tendance à la paranoïa en ayant peur de manquer une info en ligne. 

Faut-il priver les enfants et les adolescents de téléphone ?

Outil d'intégration et de socialisation par excellence chez les jeunes, la privation de téléphone ne s'avère pas être la bonne solution pour préserver les enfants/ados des dangers d'une mauvaise utilisation d'internet. En matière de doomscrolling comme pour le reste, il est d'abord primordial de surveiller les humeurs de son enfant/adolescent, en s'attardant sur le moindre changement d'attitude qui s'inscrit dans la durée. Il convient également d'être ferme sur les temps d'écran accordés, récupérer les écrans la nuit (moment propice au doomscrolling), et de ne pas les laisser seuls dans leur chambre trop longtemps avec leur smartphone. 

Comment apprendre à son enfant à mieux gérer son temps ?

Les parents doivent avant tout se fier à leur ressenti et mesurer si le temps passé semble convenable. Comment l'enfant parle-t-il de cette expérience ? Dort-il suffisamment ? Ses résultats scolaires sont-ils toujours bons ? "Il faut avant tout dialoguer avec son enfant avant d'instaurer des sanctions et confisquer tout appareil mobile ou mettre en place un contrôle parental proche du "flicage". Ce manque de confiance génère à la fois du stress et un sentiment de suspicion pour l'enfant, et une perte de confiance en soi du côté du parent", précise Anne-Catherine Baseilhac, experte en parenting. Selon elle, prendre conscience des pratiques de cette nouvelle génération et du temps dont il a besoin permet de mieux accompagner son adolescent face à ces nouveaux modes de communication. "Qu'est-ce qu'il va chercher ? Qu'est-ce que cela lui apporte au niveau de son développement personnel, de sa sociabilité ?... Il faut ensuite poser un cadre, des limites qui doivent être claires et évolutives, mais surtout communiquer ensemble, de manière bienveillante", conseille la spécialiste. 

Comment sensibiliser son enfant aux risques d'Internet ?

1 - Établir des règles à la maison

Vous pouvez autoriser l'accès à Internet en fixant des règles simples, ensemble, en accord avec vos enfants. Il peut s'agir de définir le temps passé sur les écrans, le type de contenu sur lesquels ils peuvent naviguer en toute autonomie. Ces règles doivent être adaptées en fonction de leur âge, de leur maturité et de leur compréhension des risques auxquels ils peuvent être exposés.

2 - L'accès à internet, dans les pièces de vie commune.

Il est conseillé d'encourager les enfants à surfer sur le web dans le salon par exemple. Cela permet de limiter plus facilement le temps passé devant les écrans et d'éviter que les jeunes se "cachent" pour se connecter en ligne. En outre, si les parents se trouvent aux alentours, l'enfant aura plus de facilité à se confier s'il se sent perturbé ou effrayé par des contenus inappropriés.

3 - Ouvrir le dialogue sur l'utilisation d'Internet

Il est essentiel de sensibiliser les jeunes aux différents contenus en ligne. Parler avec eux des dangers auxquels ils pourraient être exposés, comme les fake-news ou encore les contenus payants et arnaques en ligne. Pour cela, apprenez-leur à réfléchir avant de cliquer sur des liens lorsqu'ils consultent des vidéos ou des sites, ou qu'il reçoivent un mail inconnu. En effet, ils risqueraient ainsi de récupérer des virus ou de divulguer des informations personnelles sensibles les concernant.

4 - Sensibiliser au cyberharcèlement

Les réseaux sociaux sont axés sur le partage et l'interaction entre les jeunes. Mais en quelques clics, ils peuvent facilement devenir acteurs, témoins ou victimes de cyberharcèlement. Pour prévenir les risques, discutez avec votre enfant du comportement à adopter quant à la diffusion, au partage d'informations, de vidéos et de photos personnelles sur les réseaux sociaux.

5 - Contrôle parental et paramètres de sécurité

Appli, jeux vidéos, communautés en ligne et site web représentent une risque d'exposition à des contenus inadaptés aux plus jeunes. Pensez donc à bien paramétrer les informations sur votre ordinateur ou à installer des outils de contrôle parental.

6 - Montrer le bon exemple 

Les enfants ont tendance à imiter le comportement de leurs parents. Eviter donc de passer votre temps scotché à votre téléphone portable ou votre tablette.

7 - Enseignez-leur l'esprit critique

Aidez votre adolescent à comprendre ce qu'il voit en ligne, à évaluer les informations sans croire à tout ce qu'ils voient sur le web et à parler à un adulte en cas de doute. "Donnez-lui également le réflexe de vérifier les sources d'une information en le dirigeant vers les sites dont vous avez-vous-même vérifié la pertinence", conseille Michelle Gilbert, directrice de la communication de Facebook en France et en Europe. 

8 - Les règles sont les mêmes en ligne qu'au quotidien

"Il faut garder les mêmes codes de bonnes conduites. Ne pas faire aux autres ce que l'on n'aimerait pas qu'ils nous fassent. Etre prudent réfléchir avant de partager du contenu en ligne - Tout comme vous diriez à votre enfant de regarder des deux côtés de la rue avant de traverser ou de porter un casque pour faire du vélo", ajoute-t-elle.

9 - Identifiez et saisissez l'occasion idéale

Lorsque votre enfant reçoit son premier téléphone mobile, saisissez cette occasion pour fixer les règles de base. Lorsqu'il est suffisamment grand pour s'inscrire sur les réseaux sociaux, "profitez-en pour lui parler du partage de contenu en toute sécurité. Lorsqu'il obtient son permis de conduire, profitez de cette occasion pour lui rappeler qu'il est essentiel de ne pas envoyer des textos en conduisant".

10 - Demandez à votre enfant de vous expliquer

Vous n'êtes pas sur Facebook ? Ou peut-être avez-vous envie d'essayer un service de musique en streaming ? Si votre enfant connaît déjà ces types d'applications et de sites, il pourra vous apporter une aide précieuse. Abordez alors ensemble la sécurité et la confidentialité en ligne. "Vous pouvez par exemple lui poser des questions concernant les paramètres de confidentialité lors de la configuration de votre propre compte Facebook. Par ailleurs, et en tant que parent, vous ne le savez que trop bien, votre enfant se fera un plaisir de vous apprendre de nouvelles choses", conseille aux parents Michelle Gilbert.

Relation parents-ados et prévention