Harcèlement scolaire : comment réagir, qui contacter et quels sont les recours ?
Signaux d'alerte, numéro d'urgence, sanctions pénales et démarches : voici toutes les clés pour réagir face au harcèlement scolaire. Une psychologue donne ses conseils pour accompagner au mieux votre enfant.
Déceler le mal-être d'un enfant victime de harcèlement à l'école relève souvent du défi pour les parents. Et même lorsque la parole parvient à se libérer, les familles se sentent fréquemment démunies face à la situation, hésitant sur la marche à suivre ou le bon interlocuteur à joindre. Pour vous aider à briser l'isolement de votre enfant, faire valoir ses droits et agir efficacement, voici un décryptage complet des dispositifs actuels, accompagné des conseils avisés de la psychologue Hélène Romano.
Quels sont les chiffres du harcèlement scolaire ?
- Entre 700 000 et 1 million d'élèves sont victimes chaque année
- Plus de 3 enfants sur 10 ont déjà subi une forme de harcèlement ou cyberharcèlement
- 3 % des écoliers, 5 % des collégiens et 3 % des lycéens se déclarent victimes de harcèlement scolaire sévère
- Un quart des victimes ont déjà pensé à se faire du mal ou à se suicider (jusqu'à 39 % chez les filles)
- 22 % des situations durent plus d'un mois
- Près d'un auteur de harcèlement sur deux agit par effet de groupe
- 41 % des enfants cyberharcelés le sont sur WhatsApp
Dans quels cas parle-t-on de harcèlement scolaire ?
Il est important de distinguer le harcèlement de la violence. Parfois, il arrive en effet que des enfants se bagarrent ou montrent une attitude violente, mais sans volonté de harceler l'autre. "Dans le cas d'un harcèlement, il y a une notion de durée et d'intention de nuire", nous explique Hélène Romano. Il s'agit en effet d'un acte répété, qui s'inscrit dans le temps et qui est fait dans le but de blesser l'autre. Aussi, si une personne porte plainte pour harcèlement, il lui faudra prouver que ce n'est pas la première fois que cet acte se produit et qu'il est intentionnel.
Le harcèlement dont peut être victime un écolier peut prendre différentes formes : il peut s'agir de violences physiques (coups, blessures), psychologiques (moqueries, menaces, gestes et mots blessants, etc.), ou encore sexuelles. Généralement, un ou plusieurs élèves, parfois même des adultes ou professeurs, exercent ces violences sur un autre élève qui ne peut se défendre. Mais "dans tous ces cas de harcèlement, la violence psychologique reste omniprésente", précise la psychologue.
Quels sont les signes du harcèlement scolaire chez un enfant ?
Les enfants taisent souvent leur détresse par honte, par sentiment de culpabilité ou par peur de représailles. Plusieurs changements de comportement doivent éveiller la vigilance des parents :
Que faire si mon enfant est harcelé à l'école ?
Pour aider un enfant victime de harcèlement scolaire, "il est préférable d'inscrire ces démarches dans un cadre médical en consultant un professionnel de santé qui, en relation avec le médecin scolaire, examinera l'enfant et déterminera son état physique et psychologique", recommande Hélène Romano, psychologue.
Le jeune pourra alors bénéficier de soins et surtout d'une aide médico-scolaire qui l'autorisera à ne plus fréquenter l'école pendant une période, tout comme un adulte malade qui ferait un arrêt de travail. En effet, si l'enfant souffre trop physiquement ou psychologiquement, le médecin pourra alors établir un constat qui lui permettra de bénéficier d'un Projet d'Accueil Individualisé (PAI). À la suite de ce constat, médecins et parents font le point ensemble avec la direction de l'établissement.
Si les parents souhaitent aller plus loin, ils peuvent saisir des conseillers au niveau académique ou des médiateurs au niveau régional qui pourront alors intervenir dans l'établissement scolaire de l'enfant.
Par ailleurs, au cours des dernières années, l'Éducation nationale a renforcé ses efforts contre le harcèlement scolaire en instaurant notamment des cours d'empathie en maternelle et en primaire. Avec la généralisation du programme pHARe, les élèves disposent également de dix heures annuelles dédiées à la prévention, et d'une équipe formée au sein de chaque établissement.
Comment parler du harcèlement à l'école avec son enfant ?
Il faut savoir qu'un enfant victime de harcèlement n'osera pas ou difficilement en parler de lui-même à ses parents. Et même si ce n'est pas lui qui aborde le sujet, il ne répondra peut-être pas la vérité de peur de décevoir. À la question "es-tu harcelé à l'école ?", l'enfant répondra sûrement "non", ou confirmera que tout se passe bien dans son établissement. Donc plutôt que d'en parler trop directement avec lui, Hélène Romano conseille de parler de ce que l'on ressent en tant que parent et d'aborder le sujet de manière implicite : "Je sais que dans certaines écoles, il y a des cas de harcèlement... Je me demandais si dans ton école, c'était la même chose et s'il y avait des enfants qui t'embêtaient parfois ?"
Il faut que le dialogue soit constructif. L'enfant doit comprendre qu'il peut compter sur ses parents. Dans ce cas de figure, l'outil officiel du "Harcèlomètre" peut aussi être utile pour aborder ce sujet avec son enfant et évaluer précisément sa situation.
En cas de harcèlement scolaire, faut-il ou non le changer d'école ?
Si l'enfant demande à changer de classe ou d'école, oui. En revanche, s'il fait cette demande et qu'on le lui refuse en l'obligeant à retourner à l'école, ce sera pour lui d'autant plus difficile. Selon les démarches effectuées, les parents peuvent aussi être aidés pour le changement d'établissement. L'enfant peut alors être prioritaire pour être affecté où il le souhaite. Les parents doivent alors saisir la direction académique des services de l'éducation nationale (Dasen) afin de demander un changement d'établissement.
À noter aussi que, si l'enfant ne souhaite pas changer d'école de lui-même, la loi prévoit que c'est à l'élève harceleur de changer d'établissement. En primaire, le directeur est autorisé à radier l'élève harceleur pour l'affecter dans une autre école. Au collège ou au lycée, la procédure disciplinaire d'exclusion de l'auteur est systématiquement engagée en cas de harcèlement avéré.
Harcèlement scolaire et numéro vert : qui contacter ?
- Le 3018 : numéro dédié au harcèlement scolaire, au cyberharcèlement et aux violences numériques. Les appels sont gratuits, anonymes et confidentiels. Disponible 7 jours sur 7, de 9h à 23h.
- Le 119 : numéro national d'accueil téléphonique de l'enfance en danger, gratuit et confidentiel. Ouvert 24h/24 et 7j/7.
Quelles sont les sanctions en cas de délit de harcèlement scolaire ?
"La loi punit le harcèlement scolaire, mais aussi les violences scolaires et la provocation au suicide. Les victimes peuvent alerter la direction de l'établissement scolaire et les associations. Elles peuvent aussi demander à la justice de condamner pénalement l'auteur du harcèlement et de réparer leur préjudice", précise le gouvernement. Le délit de harcèlement scolaire est passible de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'il provoque une incapacité totale de travail (ITT) inférieure ou égale à huit jours, voire s'il n'a pas entraîné d'ITT.
La peine passe à cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende si l'ITT dépasse huit jours, et peut grimper jusqu'à dix ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende si la victime s'est suicidée ou a tenté de le faire. Les coupables de faits de harcèlement scolaire âgés de plus de 13 ans verront leur peine indexée sur le nombre de circonstances aggravantes, notamment si la victime est âgée de moins de 15 ans, et si l'auteur des faits connaissait sa vulnérabilité (handicap physique ou mental, maladie).
