A quel âge bébé fait-il des cauchemars ?

Les nuits de bébé peuvent être perturbées par des cauchemars et, lorsqu'il grandit, par des terreurs nocturnes. A quel âge bébé commence-t-il à rêver ? Comme différencier cauchemar et terreur nocturne ? Comment le rassurer ? Les explications du Dr. Anaëlle Feblot, pédopsychiatre et psychothérapeute.

A quel âge bébé fait-il des cauchemars ?
© Anna Grigorjeva-123rf

Les rêves et les cauchemars sont essentiels au développement des enfants. Mais alors que nous, adultes, sommes généralement capable de gérer les émotions qu'ils provoquent, cela peut être plus difficile chez un tout petit enfant qui a alors besoin du réconfort de ses parents. 

A quel âge bébé rêve-t-il ?

"Les bébés ne font pas de rêves à proprement parler car leur développement cérébral ne le leur permet pas : ils ne peuvent pas encore construire un scénario avec une dimension langagière", énonce le Dr Feblot. Les rêves de bébé sont donc très différents de nos rêves d'adultes, parfois très construits, où l'on reconnaît à posteriori des personnages connus et des événements vécus. "Les manifestations oniriques du tout-petit tournent plutôt autour, pour ce qu'on en sait, de sensations physiques qu'ils expérimentent (sensation de faim, crampes abdominales…)", précise la pédopsychiatre.  

A quel âge apparaissent les cauchemars ?

"Les rêves anxieux arrivent avec les premières peurs de l'enfant (séparation, peur du noir…)  vers 2 ou 3 à 5 ans, alors que l'imaginaire et le langage se développent, et que l'enfant peine encore à différencier la réalité de l'imaginaire. Ils peuvent déjà s'apparenter à des cauchemars.", explique le Dr Feblot. Mais même à cet âge, les cauchemars de l'enfant diffèrent de nos cauchemars d'adulte.  "Les cauchemars au sens où nous l'entendons, aboutis, apparaissent après 6 ans, en même temps que deviennent plus matures les structures cérébrales de l'enfant lui permettant de construire un scénario, de se raconter, de raisonner, de s'organiser dans la réalisation de  tâches et d'anticiper.", détaille la spécialiste. Ce qui change alors est que ces mauvais rêves sont plus concrets, avec un scénario établi. L'enfant peut désormais les raconter.

Quelle différence entre cauchemars et terreurs nocturnes ?

II n'est pas toujours facile de différencier le cauchemar de la terreur nocturne qui peuvent l'un et l'autre cacher des angoisses ou le vécu de situations stressantes pour l'enfant au cours de sa journée. Il s'agit pourtant de deux phénomènes différents.

Le cauchemar chez l'enfant

"Le cauchemar est un rêve vrai, angoissant, effrayant, avec un scénario que l'enfant peut raconter, qui génère des émotions si fortes qu'elles peuvent aboutir au réveil de l'enfant, alors toujours envahi par les émotions perturbatrices juste vécues. Il peut avoir du mal à se rendormir ou craindre de s'abandonner au sommeil les jours suivants.", explique le Dr Feblot. Les cauchemars surviennent plutôt en fin de nuit lors d'une phase du sommeil appelée sommeil paradoxal. 

La terreur nocturne

La terreur nocturne se caractérise par des manifestations physiques très impressionnantes de peur intense chez l'enfant. Celui-ci est toujours endormi, même s'il a les yeux ouverts et le regard vide. "Il est donc inaccessible aux tentatives de réassurance du parent qu'il ne reconnaît parfois même pas et qui peuvent même aggraver les choses.", décrit la spécialiste. La terreur nocturne serait en lien avec une unique image effrayante se matérialisant et s'imposant dans l'esprit de l'enfant. "Contrairement aux cauchemars,  les enfants ne présentent pas de souvenir de la terreur nocturne le lendemain. Ils se rendorment sans difficulté ou restent endormis après l'épisode", ajoute-t-elle. Les terreurs nocturnes surviennent plutôt en début de nuit, une heure à deux heures après l'endormissement, dans une tranche de sommeil appelé lent profond. "Elles sont beaucoup plus rares que les cauchemars, selon les études entre 1 à 40 % des  enfants entre 18 mois et 4 ans versus 75 % des enfants entre 2 et 12 ans pour ces derniers.", explique le Dr Feblot. 

Les parents dont les enfants ont déjà fait des terreurs nocturnes décrivent bien souvent des scènes assez impressionnantes. Ils sont ensuite capables de distinguer sans difficulté le cauchemar de la véritable terreur nocturne.  "Tout à coup l'enfant hurle, crie, s'agite et peut proférer des propos incohérents. Il est désorienté, ne reconnaît pas ses parents et semble en proie à une grande terreur. Il peut se montrer agressif et ne pas supporter d'être touché." détaille la pédopsychiatre. L'enfant peut également être en sueur, avoir une respiration haletante, son rythme cardiaque peut augmenter, autant de manifestations physiques de la peur. La terreur nocturne peut durer de quelques secondes à vingt minutes, mais en général elle se déroule plutôt sur une à cinq minutes.  Malgré leur caractère impressionnant pour le parent témoin, les  terreurs nocturnes ne sont pas dangereuses pour les enfants et font partie du développement normal du petit entre 3 et 7 ans.

Comment rassurer son bébé quand il fait un cauchemar ?

Après un cauchemar, bébé a besoin d'être consolé. Une fois rassuré, il pourra se rendormir. Pour le rassurer, la pédopsychiatre insiste sur la nécessité d'accueillir et de valider les émotions de l'enfant, via un moment de câlin, en les nommant et en lui renvoyant que l'on comprend ce qu'il vit. "Il faut l'aider à se réancrer dans la réalité, le tout avec des mots adaptés à son âge", explique-t-elle. Pour se faire, le Dr Feblot propose plusieurs méthodes :

  • Expliquer à l'enfant que le cauchemar est un mini film qui passe dans la tête et qui est fini, que c'est pour de faux et que dans la réalité, ce qu'il a vécu n'existe pas, même si ça a fait très peur et que ça semblait très vrai.
  • On peut lui proposer de réinventer la fin du scénario du rêve
  • Lui proposer des exercices respiratoires ou de relaxation pour un retour au calme.
  • Pour le sécuriser encore, on lui rappelle aussi qu'on dort à côté et que l'on sera là de nouveau s'il rencontre une nouvelle difficulté
  • on peut lui donner un t-shirt qui porte l'odeur de son parent, mettre une petite veilleuse s'il le demande…  

"A l'avenir on pourra lui proposer des lectures qui concernent les cauchemars ou ce qu'il  vit de difficile dans sa vie, ses peurs, mais uniquement en journée. On prendra soin d'augmenter le temps de rituel du soir et de limiter l'accès aux sources d'histoires ou  d'informations anxiogènes (histoires effrayantes, jeux vidéo, vidéos en accès libre sur  le net, journal télévisé et autres médias… )", recommande la pédopsychiatre qui ajoute qu'échanger avec lui sur ce qu'il vit est bien sûr également très important. "Enfin, si le problème persiste et que vous percevez un mal-être chez votre petit bout, il est nécessaire d'avoir recours à un spécialiste du psychisme de  l'enfant. Le psychologue spécialisé ou le pédopsychiatre en évaluera les causes et  pourra proposer un soin adapté (thérapie classique, intégration du cycle de vie, EMDR…). Certains parents ont également repéré une amélioration chez leur enfant en ayant recours aux médecines alternatives comme la kinésiologie ou l'ostéopathie émotionnelle", conclut le Dr Feblot

Merci au. Dr. Anaëlle FEBLOT, pédopsychiatre et psychothérapeute sur Qare, spécialisée petite enfance