Bébé ne veut pas dormir seul : que faire ?

Bébé s'endort dans vos bras, vous le posez dans son lit et il se met à hurler. Quels sont les facteurs qui peuvent impacter le sommeil du nourrisson ? Comment y remédier ? Réponses et conseils du Dr Arnault Pfersdorff, pédiatre réanimateur.

Bébé ne veut pas dormir seul : que faire ?
© Анна Сунгатулина-123rf

Pourquoi bébé ne veut pas dormir seul ?

De nombreux facteurs peuvent impacter le sommeil de bébé et expliquer pourquoi il a du mal à s'endormir seul, tout dépend de son histoire. Parmi les situations les plus fréquentes, citons :

  • Bébé a eu une naissance un peu complexe : un bébé né prématuré, grand prématuré, par césarienne, qui a été hospitalisé et donc séparé de sa mère, qui a suivi un traitement sous antibiotiques, qui est sorti avec l'aide de forceps, de ventouses, bref, qui a eu une période périnatale difficile et traumatisante. "C'est un enfant qui va être beaucoup plus couvé, avec lequel on va faire davantage de peau à peau pour compenser le stress engendré par cette séparation. Il faut savoir que le toucher est le sens le plus développé chez le nouveau-né, le peau à peau est donc le meilleur moyen de l'apaiser. Finalement, ce rituel de peau à peau va s'installer dans la durée et le bébé peut prendre l'habitude de ne s'endormir qu'en étant dans les bras de ses parents ", commente le Dr Arnault Pfersdorff, pédiatre et réanimateur, auteur de Votre enfant de 0 à 16 ans, aux éditions Hatier.
  • Le cododo : de nombreux parents sont adeptes de cette pratique, notamment parce qu'ils ont peur de la mort subite du nourrisson. "Or, certes, c'est bien les premières semaines, c'est plus pratique pour allaiter et garder un œil sur son bébé. Mais quand cela dure trop longtemps, le bébé va avoir du mal à rejoindre sa chambre et les parents vont être fatigués. Surtout si cela survient à l'âge de 7-8 mois, période de l'angoisse de la séparation. Ce sera d'autant plus difficile pour autonomiser l'enfant et le mettre dans sa chambre", explique le pédiatre-réanimateur. 
  • Bébé n'a pas sa chambre : quand un des deux parents travaille tôt et dort dans la chambre de bébé, quand bébé partage une chambre avec son aîné, cela peut perturber son sommeil et l'habituer à avoir une présence constante.
  • La démocratisation du télétravail avec le Covid. Les enfants se sont habitués à la présence permanente de leurs parents. "Un facteur qui peut avoir un impact sur la prolongation de l'accompagnement de son enfant alors qu'en réalité, il ne demande qu'à s'autonomiser", souligne le spécialiste. 
  • Une relation miroir : "notre rôle en tant que pédiatre, c'est d'observer comment les parents ressentent leur enfant et s'ils ne sont pas dans une relation miroir : mon bébé pleure, il a besoin de moi donc je lui donne ce qu'il réclame. Il ne pleure pas, tiens c'est bizarre, je voudrais qu'il ait besoin de moi donc je vais aller le prendre. Sans s'en rendre compte, on peut entretenir cette dépendance parce qu'on a envie que son bébé reste un bébé", observe le Dr Arnault Pfersdorff. 

Comment apprendre à bébé à dormir seul ?

Selon l'expert, l'idée, c'est de porter son bébé, de faire du peau à peau avec lui au début, tout en gardant à l'esprit qu'il est essentiel de lui apprendre à s'autonomiser. Autrement dit, cela signifie que quand un bébé pleure, il ne faut pas systématiquement le prendre dans ses bras tout de suite. Il existe tout un tas d'autres moyens pour aider bébé à s'endormir. On peut, par exemple : 

  • Rester à côté de lui : il va sentir la présence de la maman ou du papa avec son odorat, ce qui va s'apaiser.
  • Lui toucher le ventre, lui caresser les tempes, toucher ses cheveux, lui masser un peu les pieds, lui parler car il va reconnaître la voix. 
  • En discuter avec le pédiatre pour apprendre à reconnaître l'origine des pleurs et par la suite, apprendre à l'enfant à s'autonomiser. Souvent, on donne le sein ou on prend bébé dans les bras dès qu'il pleure. Résultat, ce sont des enfants qui sont constamment portés. "En fin de compte, on pourrait dire que c'est l'angoisse des parents qui rejaillit sur l'enfant, c'est un cercle vicieux qui s'installe. L'enfant attend le portage pour s'apaiser, parfois on lui donne à manger alors qu'il n'a pas faim. Il faut que les parents sachent comment rassurer leur bébé, ce qui implique de faire un travail sur soi. Or, cela peut se révéler compliqué et générer des angoisses puisque cela nous ramène à notre propre histoire, au lien qu'on avait avec ses propres parents", analyse le pédiatre-réanimateur. 
  • Trouver l'équilibre pour apprendre à bébé à s'autonomiser : cela est également vrai pour la motricité : on va laisser bébé se retourner tout seul, ne pas le tenir assis ni avec des coussins, il faut le laisser faire par lui-même, c'est ce que l'on appelle la motricité libre. "Grâce à cette autonomisation, il prend confiance en lui, cela favorise son autonomisation et va avoir un impact sur son endormissement. On ne va pas forcément lui raconter une histoire à chaque fois mais on montre qu'on est là, on l'accompagne et petit à petit, la mélatonine va augmenter et le cortisol va baisser. Il y a un environnement propice, des rituels du coucher sans trop le stimuler pour qu'il apprenne à rentrer dans le sommeil petit à petit", détaille le spécialiste. 

Merci au Dr Arnault Pfersdorff, auteur de Votre enfant de 0 à 16 ans, aux éditions Hatier.