Couches pour bébés : quelles marques sont les moins toxiques ?

La composition des couches pour bébé s'est nettement améliorée, selon un nouveau rapport de la Répression des Fraudes (DGCCRF). Mais la marque Love & Green conteste les résultats des tests effectués sur d'anciens lots de couches bébé.

Couches pour bébés : quelles marques sont les moins toxiques ?
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[Mis à jour le jeudi 2 juillet 2020 à 12h06] La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a analysé la composition de 32 modèles de couches vendus en France. Les résultats, dévoilés par le Parisien le jeudi 2 juillet 2020, sont plutôt encourageants : la composition des couches est bien meilleure qu'avant depuis la mise en garde du gouvernement à destination des fabricants de couches en janvier 2019. Aucune couche ne présente de substances toxiques (pesticides, allergènes, phtalates, dioxines, hydrocarbures, furanes...) au-delà des seuils recommandés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses). Dans le détail :

  • Aucun allergène ou résidu de pesticides n'ont été retrouvés dans les 32 modèles de couches analysés
  • Les taux de dioxines, de furanes, de composés chlorés (PCB-DL) et d'hydrocarbures aromatiques polycycliques ont diminué et ne dépassent plus les seuils recommandés par l'Anses.
  • 5 références sont complètement dans le vert pour huit familles de substances chimiques : Pampers Harmonie, Joone, Eco by Naty, Bambo Nature et Huggies little swimmer (couches aquatiques).
  • "Il reste toutefois des efforts à faire", prévient la Répression des fraudes ce jeudi 2 juillet 2020, pour 3 références pour lesquelles la teneur mesurée en formaldéhyde dépasse 10% du seuil sanitaire : gamme Pampers Premium Protection et gamme Marmailles Plus (taux compris entre 10 et 25%), ainsi que la gamme Moina Zaza (taux compris entre 25 et 50%) vendue exclusivement à Mayotte et non en métropole. La situation ne justifie pas d'ordonner le rappel des produits mais il est demandé aux opérateurs concernés d'approfondir sous six mois leurs diagnostics. De son côté, l'Anses estime qu'il y a une marge d'erreur et qu'il faut "parfaire les analyses". A noter que seules 6 références sur 32 garantissent que ce taux de présence est inférieur à 10%.
  • La DGCCRF affirme aussi que "les tests réalisés sur les couches Love & Green ont détecté la présence de HAP (des substances toxiques à forte dose), entre 8 % et 27 % des seuils recommandés par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses)"

Love & Green conteste les résultats des tests

Le rapport de la DGCCRF a fait réagir la marque Love & Green qui conteste la méthodologie adoptée. Selon Love & Green, l'administration relevant du ministère de Bercy aurait réalisé des contrôles sur un lot de couches Love & Green ancien, datant de juin 2018 alors que ce n'est qu'en février 2019 que Bercy avait donné l'ordre aux industriels de revoir leur copie après le rapport accablant de l'ANSES. "A la suite du rapport de l'Anses, nous avons mis en place un monitoring de nos matières premières avec deux tests annuels. Et nous avons fait évoluer notre processus de fabrication. (...) La DGCCRF, qui avait demandé aux marques de faire des progrès, ne nous a pas laissé le temps d'en faire en testant des produits datant de juin 2018", s'insurge la présidente et cofondatrice de la marque dans Le Parisien. Céline Augusto conteste aussi les chiffres donnés par la DGCCRF concernant la présence "d"HAP en petite quantité" dans ses couches et envisage d'intenter une action en justice.

Le rapport accablant de l'ANSES

Pour rappel, en janvier 2020, soit un an après son rapport pointant des risques sanitaires liés à la présence de substances chimiques dans les couches pour bébés et pour mieux protéger la santé des nourrissons, l'Anses proposait une restriction des substances chimiques présentes dans les couches jetables. L'objectif : interdire ou limiter la présence d'hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), de dioxines, furanes, PCB et de formaldéhyde dans les couches. Aussi, pour parvenir à récolter des informations utiles sur les substances considérées "préoccupantes", l'Agence nationale de sécurité sanitaire a lancé une consultation des parties prenantes. "Dans le cadre de ce travail en cours, l'Anses lance un appel à soumettre commentaires et preuves. C'est une étape importante qui vise à recueillir un certain nombre d'informations notamment : sur l'utilisation de substances chimiques identifiées comme préoccupantes dans les couches pour bébé à usage unique, des données d'expositions, des informations sur les substituts possibles et des données socio-économiques", précise l'Anses dans un communiqué du 15 janvier 2020. Ce dossier de restriction sera alors soumis en octobre 2020. 

Couches toxiques : quels sont les risques pour le bébé ?

Au total, 23 références de couches pour bébé en vente sur le marché français ont été analysées entre 2016 et 2018. "Ces analyses ont mis en évidence la présence de différentes substances chimiques dangereuses dans les couches jetables qui peuvent notamment migrer dans l'urine et entrer en contact prolongé avec la peau des bébés. Certaines de ces substances sont ajoutées intentionnellement, telles que des substances parfumantes qui peuvent entraîner des allergies cutanées. D'autres substances identifiées peuvent provenir de matières premières contaminées ou de procédés de fabrication (PCB-DL, furanes et dioxines, HAP)", précise l'Agence.

Pour rappel, l'Agence nationale de la sécurité sanitaire avait noté des dépassements de seuils sanitaires pour plusieurs substances chimiques. "Il s'agit de substances parfumantes (butylphényl méthyle propional ou lilial®, hydroxyisohexyl 3-cyclohexène carboxaldéhyde ou lyral®), certains hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), le PCB-126, la somme des PCB-DL et la somme des dioxines, furanes et PCB-DL ", précisait le rapport. Près de cinq mois après cette polémique, des familles et une association ont saisi le Conseil d'Etat afin de connaître le nom de ces 23 marques en question. "Les ministères de l'Économie, de la Santé et de la Transition écologique n'ont pas répondu à notre lettre envoyée il y a deux mois, ce qui équivaut à un refus", explique au journal Le Parisien Quentin Guillemain, l'un des parents. "On porte donc l'affaire en justice pour demander la liste des marques mais également le retrait des couches dangereuses ainsi qu'une meilleure information auprès des parents. Il y a une urgence sanitaire", a-t-il déclaré. Rappelons que de précédentes enquêtes de 60 Millions de consommateurs et de l'UFC-Que Choisir avaient également mis en évidence la présence de substances chimiques dans certaines marques de couches pour bébé, en établissant un classement des produits. 

Couches toxiques : les recommandations de l'Anses

Pour éviter les risques d'expositions à ces substances chimiques, l'Agence recommande aux fabricants de "supprimer l'utilisation de toutes substances parfumantes, en priorité celles susceptibles de présenter des effets sensibilisants cutanés", de "mieux maîtriser l'origine des matières premières naturelles qui peuvent être contaminées avant même la fabrication, et enfin, d'améliorer les procédés de fabrication des couches. Un renforcement des contrôles est également préconisé ainsi que des mesures réglementaires restrictives au niveau national et européen.

Les fabricants de couches s'engagent

Deux semaines après la publication du rapport de l'Anses révélant la présence de substances toxiques dans les 23 marques de couches (testées de façons anonymes), les fabricants ont été reçus le 8 février 2019 par la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF). Les producteurs étaient invités à se prononcer sur les mesures à mettre en oeuvre pour assurer plus de sécurité aux nouveaux-nés. Ils doivent notamment s'engager sur :

L'élimination des substances allergisantes, notamment dans les parfums, dans un délai maximal de trois mois.

- Dans un délai de 5 mois, les fabricants devront analyser les circuits d'approvisionnement et de fabrication afin d'identifier et d'éliminer les sources de contamination

- l'éradication de la présence de chlore, de COV cancérigènes, de dioxines et de glyphosate. 

- Mieux informer les consommateurs. Les fabricants de couches doivent faire figurer la composition des produits sur les emballages dans un délai maximal de 6 mois, donner une date de mise en place d'informations pour les clients concernant les composants et les lieux de fabrication de leurs produits, ainsi qu'une date de fin d'utilisation des parfums et lotions.

La DGCCRF devrait prochainement mettre en place une nouvelle phase de contrôle pour évaluer le respect et l'efficacité des engagements par les professionnels du secteur.

Quelles couches jetables choisir ?

Rappelons que 60 Millions de consommateurs et l'UFC-Que Choisir se sont penchés l'an dernier sur la composition des couches pour bébé. Globalement, les résultats de ces deux enquêtes sont encourageants : "le nombre de couches ne contenant aucune trace est plus important qu'en 2017", précisait 60 Millions de consommateurs dans son numéro de septembre 2018. Et de souligner les efforts de certaines marques de couches : réduction de la pétrochimie, démarche de développement durable, plus de transparence sur les étiquettes... Dans son numéro d'octobre 2018, l'UFC-Que Choisir tient également à rassurer les parents : "dans toutes les analyses sur les couches ayant été publiées, les résidus ont été retrouvés à l'état de traces, donc sans risque toxique à court terme pour le bébé et avec des probabilités de risque, a priori assez faibles à plus long terme". A noter que les marques de couches pour bébé qui se disent pourtant "écologiques" ne sont pas forcément dépourvues de substances toxiques, s'accordent à dire les deux magazines. Alors, lesquelles privilégier ?

Les couches jetables les plus sûres selon 60 millions de consommateurs

Si les couches Pampers Baby Dry affichaient de mauvais résultats en 2017 en raison de  traces de pesticides, de dioxines et de furanes, suspectées de perturber le système hormonal, la marque semble avoir amélioré la qualité de ses produits, notamment avec les couches Pampers Premium protection. "Preuve que l'objectif zéro résidus toxiques dans les couches est atteignable, et cela dans des délais relativement courts", précise l'association de consommateurs. Par ailleurs, les couches Joone Protection premium font figure de bon élève et obtiennent la meilleure note du classement. En effet, elles ne contiennent aucune trace de résidus toxiques. En revanche, son prix est relativement élevé : 64,90 euros les 162 couches.

Classement Marque
1ère Joone Protection Premium
2e Pampers Premium Protection
3e Pampers Baby Dry
4e Carrefour Baby

Les couches jetables les plus sûres selon l'UFC-Que Choisir

L'UFC-Que Choisir a évalué la quantité de substances indésirables - parmi elles le glyphosate, les hydrocarbures HAP (dérivés du pétrôle) et 26 allergènes listés par l'Union européenne - dans une sélection de 12 couches pour bébé. Voici les modèles qui en contiennent le moins. Pour consulter le test dans son intégralité et avoir plus d'informations, cliquez ici.

Classement Marque
1ère Lotus Baby Touch
2e Pommette Agility Dry (Intermarché)
3e Lupilu Soft & Dry (Lidl)
4e Naty Eco by Naty
5e Pampers Baby Dry

Une réduction de la TVA sur les couches écolos ?

Trois fabricants de couches pour bébé, appartenant au groupe Naturopera, lancent une pétition pour demander au gouvernement une réduction de la TVA à 5,5% sur les couches écolos. En effet, les marques bio Tidoo, Libellys, et Carryboo, vendues dans les réseaux de distribution bio, en pharmacie ou en grande surface, rappellent qu'il s'agit d'un produit "de première nécessité", et souhaitent que ces couches soient accessibles au plus grand nombre de parents. Geoffroy Blondel de Joigny, l'un des deux fondateurs des marques de couches bio, rappelle au Parisien que la TVA des protection hygiéniques est bien passée à 5,5% en 2016. "En tant que parents, on peut difficilement faire l'impasse sur l'achat de couches, soit environ 4 200 jusqu'aux trois ans du bébé pour un budget d'environ 2 000 euros", précise-t-il. Alors que le gouvernement doit présenter les résultats de son enquête sur les potentiels risques liés aux substances toxiques présentes dans les couches pour bébé, cette pétition en faveur des couches bio pourrait réjouir de nombreux parents puisque cette diminution de la TVA serait répercutée sur le prix de vente des consommateurs.