Que signifie le fait de tomber amoureux rapidement selon la psychologie ?
Tomber amoureux en quelques jours ou quelques semaines, est-ce viable sur le long terme ou pas ? La psychologue et psychothérapeute Claire Petin nous explique ce qui se joue véritablement derrière ce sentiment express.
Il y a les histoires qui prennent leur temps et celles où tout va plus vite. Au bout de deux ou trois rendez-vous seulement, on ne peut s'empêcher d'envoyer de longs messages, de jour comme de nuit, pour parler de ce que l'on ressent, pour dire à l'autre qu'il compte de plus en plus... avec parfois même la sensation d'être déjà amoureux. Normal ou pas ? Gage de réussite pour un couple ou d'échec à venir ? Et si ces sentiments arrivés à vitesse grand V cachaient davantage un manque affectif, une peur de rester seul ou un besoin d'être rassuré ?
La psychologue clinicienne et psychothérapeute Claire Petin nous rappelle d'emblée qu'il n'existe pas de délai officiel pour tomber amoureux. "Il est difficile de donner un seuil précis car il n'existe pas de consensus scientifique". Et regarder uniquement le calendrier peut être trompeur. "Trois semaines peuvent représenter très peu de connaissance réelle dans une relation et beaucoup plus dans une autre", poursuit l'experte. Se voir quatre fois en un mois n'est pas comparable au fait de passer plusieurs jours ensemble, de s'appeler quotidiennement et de beaucoup se confier.
Cependant, Claire Petin estime qu'on peut parler de sentiments très rapides lorsqu'une personne se dit amoureuse "après quelques jours ou quelques semaines, alors qu'elle connaît encore relativement peu l'autre". Même avec des échanges très intenses, il faut du temps pour connaître quelqu'un sous toutes ses coutures. Il reste forcément des blancs et "nous avons tendance à les remplir avec nos attentes, nos désirs, nos expériences antérieures ou ce que nous espérons trouver chez un partenaire" rappelle-t-elle. Même si "l'émotion est réelle", une part d'idéalisation existe toujours. Prudence sur ce point.
De manière générale, "certaines personnes s'attachent et s'investissent émotionnellement plus rapidement que d'autres, sans que cela traduise nécessairement une difficulté psychologique" rassure la spécialiste. Dans certains cas, toutefois, une période de solitude, un manque affectif, une rupture récente ou un fort besoin de reconnaissance peuvent donner beaucoup d'importance à une nouvelle rencontre. Mais, pour autant, "tomber amoureux en quelques jours ne permet pas de conclure à un attachement anxieux, à une peur de l'abandon ou à une dépendance affective".
Vouloir faire avancer la relation très vite n'est pas une bonne idée
En revanche, ce qui doit attirer l'attention, c'est "lorsque cette intensité (amoureuse, NDLR) entraîne immédiatement une accélération de tout le reste dans la relation", prévient Claire Petin. Vouloir passer tout son temps avec l'autre, parler très vite d'emménagement, délaisser ses proches ou organiser sa vie autour de la relation sont plus révélateurs que la vitesse des sentiments elle-même. Là, il peut y avoir un problème.
Même chose lorsque l'autre commence à occuper toutes les pensées. "Il faut être prudent lorsque ce sentiment se transforme en fixation : pensées répétitives et difficilement contrôlables, besoin de vérifier constamment ses messages ou ses réseaux sociaux, interprétation permanente de ses paroles et de ses comportements", illustre l'experte. Cela peut aller jusqu'à la "limérence", une préoccupation amoureuse envahissante et obsessionnelle. Ce n'est pas un diagnostic psychiatrique mais elle devient problématique lorsqu'elle perturbe le sommeil, le travail, les relations sociales ou le respect des limites de l'autre.
Finalement, est-ce mauvais signe pour la suite de tomber rapidement amoureux ? Pas davantage que c'est un bon signe. "Il ne faut pas confondre l'intensité avec la compatibilité", rappelle Claire Petin. Une histoire peut commencer sur les chapeaux de roues et devenir parfaitement stable. Comme elle le rappelle, "le sentiment peut aller vite, tandis que la confiance, elle, a besoin de temps et d'expériences partagées pour se construire".
Merci à Claire Petin, autrice de La meilleure version de vous-même n'existe pas !, aux éditions Leduc.