Comment se développe la mémoire du bébé ?

La mémoire du nourrisson se construit dès les premières semaines de la vie fœtale, en même temps que les premières connexions synaptiques. À la naissance, ses capacités mnésiques sont réduites, mais l'enfant progresse à un rythme soutenu. Explications du Dr Thomas Cascales, psychologue clinicien spécialisé en périnatalité.

Comment se développe la mémoire du bébé ?
© 123RF / Voroncova Alena

La mémoire de bébé est innée

Si les bébés ne sont pas immédiatement matures en terme de motricité, "la mémorisation, elle, est innée. Nous sommes neurobiologiquement programmés pour nous souvenir" explique le Dr. Thomas Cascales, psychologue clinicien spécialisé en périnatalité et auteur de l'article "La mémoire du nourrisson : évolution du concept", L'appareil neurologique est donc mature dès la naissance. Néanmoins, "bien que pré-câblés, les nourrissons manquent d'expérience. Ils n'ont pas suffisamment accumulé de représentations pour mettre en pratique leur mémoire", précise-t-il. D'ailleurs, on l'entraîne tout au long de la vie au fil de nos expérimentations.  

Répétition, émotions et intensité

Pour acquérir de nouveaux mots et créer de nouvelles représentations - une image associée à un son - le bébé a besoin de quantitatif, c'est-à-dire que l'on répète le mot tout en le pointant du doigt. Les images s'accumulent ainsi dès la naissance, voire in utero dans le cas de la mémorisation des sons, comme le prouvent de nombreuses études. Ensuite, lorsqu'il apprend à parler, le tout-petit adore répéter les mots qu'il entend. D'abord, parce que cette verbalisation répétitive l'aide à les mémoriser, mais aussi parce qu'il prend plaisir à voir l'effet produit sur ses parents : "il ne les répéterait pas s'il n'y avait pas d'attente et d'exaltation parentale, et c'est cette interaction qui prend du sens pour l'enfant et facilite sa mémorisation" décrypte Thomas Cascales. Autre facteur essentiel : l'intensité. Ainsi, un bébé de 6 mois qui n'a pas vu sa grand-mère depuis plusieurs semaines peut tout à fait s'en rappeler si leur dernière rencontre était intense, chargée en émotions. Et son souvenir perdurera d'autant plus si ses parents lui en reparlent régulièrement. Au fond, tous comme les adultes, les enfants se rappellent davantage des moments forts. Un nourrisson se souvient donc de plein de choses si tant est qu'elles aient été vécues de manière suffisamment intenses. Le seul bémol étant qu'il ne dispose pas encore de la parole pour nous les restituer. A nous donc d'attendre son feed back quand il sera en mesure de nous le retranscrire. 

Peut-on entraîner la mémoire de bébé ? 

Plus ses expériences sont vécues de manière authentiques et liées à un moment de plaisir partagé, plus ce sera intense et congruent pour lui, ce qui favorisera sa mémorisation. D'ailleurs, on conseille aux parents de surjouer leur façon de parler pour appuyer la satisfaction et faire monter l'intensité émotionnelle chez l'enfant. La preuve qu'il y prend du plaisir ? Même avant de savoir parler, l'enfant réclame les objets en les pointant du doigt pour que papa ou maman les nomment. Or, comme le précise le psychologue, "les expériences satisfaisantes sont souvent intenses et donc plus mémorables". Pour autant, "certaines sont déplaisantes, mais marquantes, et peuvent être vite intégrées par l'enfant", pondère-t-il. Par exemple, si l'on propose un aliment à notre bébé et qu'il ne l'apprécie pas, il s'en souviendra en le voyant le lendemain et le boudera instantanément.

Comment éveiller la mémoire de bébé ?

En commençant par lui accorder un temps de qualité, c'est-à-dire sans télé en fond, ni téléphone, on est pleinement avec lui. On s'assure aussi qu'il soit dans une posture confortable. Puis on se lance dans une activité agréable : musique, lecture, coucou-caché, comptines, des marionnettes en agitant les mains, empilage de cubes, manipulation de jouets en bois, jeu de formes à faire entrer dans la boite, objets sonores... il existe une multitude d'activités répétitives pour l'aider à développer sa motricité fine et de fait sa mémoire. Au passage, on profite d'un bon moment ensemble et on tisse le lien parent-enfant.

Pourquoi il ne faut pas tomber dans la sur-stimulation ?

Même si ses capacités physiques et intellectuelles croissent de manière exponentielle, attention à ne pas confondre le nourrisson avec un athlète de la performance cérébrale ! Aussi, si l'on monte l'intensité trop haut (on parle trop fort, on se place trop proche de lui, le jeu dure trop longtemps ou est trop bruyant), l'enfant se trouve alors dans une posture inconfortable et son seuil d'attention risque de s'épuiser. Résultat ? L'enfant est confus, plus du tout en capacité de mémoriser quoi que ce soit et se referme. Les signes qui doivent alerter : il pleure, a le regard dans le vague, n'est plus attentif, s'énerve et jette les objets. L'autre risque est de vouloir en faire un singe savant. Pris dans notre désir de le voir grandir vite et nous émerveiller de ses talents, on l'abreuve de connaissances sans forcément passer par le jeu. Or, c'est ce moment de plaisir commun, d'interaction et de convergence qui facilite son apprentissage. On apprend donc à décoder les signes et on s'adapte à notre progéniture pour trouver la bonne intensité, la bonne quantité. Bébé est concentré et souriant, tout va bien. Si il s'en va, regarde ailleurs ou se bouche les oreilles en plein milieu d'une histoire, d'un jeu ou d'une musique, cela signifie sans doute que le seuil est dépassé. 

L'enfant est donc neurologiquement programmé pour mémoriser dès la naissance, mais c'est l'expérience, acquise au fil des semaines, et des mois, qui va lui permettre de la mettre en pratique. A nous ensuite de l'aider à enrichir sa mémoire par le jeu, sans trop insister pour ne pas le perdre... et de patienter jusqu'à ce qu'il soit en âge de parler et puisse nous restituer tout ce qu'il aura mémorisé !

Comment se développe la mémoire du bébé ?
Comment se développe la mémoire du bébé ?

La mémoire de bébé est innée Si les bébés ne sont pas immédiatement matures en terme de motricité, "la mémorisation, elle, est innée. Nous sommes neurobiologiquement programmés pour nous souvenir" explique le Dr. Thomas Cascales, psychologue...