Maigreur chez l'ado ou l'enfant : quels conseils pour les parents ?

On parle souvent de l'obésité des enfants, moins des problèmes de maigreur. Pourtant, de plus en plus de fillettes et adolescentes, obsédées par leur corps, présentent un poids anormal. Comment détecter une maigreur et comment en parler à son enfant ?

Maigreur chez l'ado ou l'enfant : quels conseils pour les parents ?
© Katarzyna Białasiewicz - 123RF

Entre 11 et 14 ans, une jeune fille sur cinq est considérée comme "maigre". Un constat alarmant révélé dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH) (juin 2017.) Ce chiffre, qui a quintuplé en France entre 2006 et 2015, inquiète les parents et surtout, le corps médical. Alors, comment expliquer cette évolution ? Quels conseils donner aux parents concernés ? Doivent-ils envisager une prise en charge médicale et/ou psychologique ? Comment en parler avec son enfant ? On fait le point avec Sylvie Hubinois, pédiatre et présidente de l'AFPA (Association Française de Pédiatrie Ambulatoire).

Un culte de la maigreur ?

"Même si à ma petite échelle, je ne remarque pas cette augmentation de manière très significative, il est vrai que l'on constate une préoccupation du poids chez de plus en plus d'enfants ou d'ados", commente Sylvie Hubinois. La pédiatre ajoute que depuis quelques années, on lutte surtout contre l'obésité. "On est inondé de messages de santé publique qui nous préconisent de "manger moins gras, moins salé, moins sucré", pour éviter les déviances et le grignotage encore bien trop fréquents dans certaines familles, pointe-t-elle. Ces messages sont très utiles en particulier pour les enfants qui ont tendance à abuser des écrans et qui pendant ce temps-là grignotent et ne bougent pas assez. Mais en voyant cela, beaucoup de parents appliquent, dès le plus jeune âge de l'enfant, ces principes à la lettre. De leur côté, lorsqu'ils grandissent, les enfants sont toujours martelés de publicités lorsqu'ils regardent la télé. Ils sont interpellés par ces messages et deviennent véritablement formatés". Or, pour grandir et fabriquer des cellules, les enfants, en pleine croissance ont besoin d'une alimentation équilibrée avec un apport en graisses proportionnellement supérieur à celui des adultes.

"Les aliments gras sont nécessaires à la croissance des enfants"

La pression sociale en faveur d'un culte de la maigreur à la télé, dans les magazines ou les réseaux sociaux, l'impact de certains défis sur Internet et des blogs qui font la promotion de l'anorexie peuvent expliquer cette tendance. En effet, "la tranche des jeunes filles concernées (11-14 ans) se trouve en plein dans la période pré-pubertaire, elles se sentent trop grosses car elles voient leur corps se transformer et prendre des formes. Ainsi, un certain nombre de filles se restreignent, à cause de la pression de leur environnement, elles suivent l'influence des magazines ou des sites qui doivent jouer sur leur perception d'elles-mêmes", précise l'experte.

Comment repérer un cas de maigreur chez un ado ou un enfant ?

Attention, toute maigreur ne sous-entend pas une anorexie mentale. Il faut bien faire la différence entre des enfants qui n'ont pas un grand appétit et ceux qui sont obsédés par leur poids. "En tant que professionnel, on repère facilement un enfant/ado maigre, dès l'interrogatoire sur ses comportements alimentaires, mais également à travers son aspect physique et surtout, objectivement, avec son IMC (indice de masse corporelle)", explique la spécialiste. Aussi, dans les cours de récré, les enfants ont tendance à comparer leurs poids sans prendre en compte leur taille et à s'alarmer s'ils sont plus lourds que leurs copains. "Le plus important, c'est surtout l'évolution de la courbe de croissance, il faut qu'elle soit régulière et harmonieuse. Mais attention, il y a des enfants qui, de par leur génétique ou parce qu'ils sont de petits mangeurs, sont en bas de la courbe, et ce n'est pas pour autant qu'ils ne sont pas dans la norme", ajoute le Dr Hubinois. En effet, on doit plutôt s'inquiéter lorsque l'enfant "casse" sa courbe de poids ou de taille, ce qui peut cacher une maladie chronique, une anorexie ou une maladie somatique nécessitant un traitement.

Quels risques sur la santé ?

Si heureusement, cette obsession de la maigreur est souvent passagère, les parents doivent se montrer vigilants car si elle survient avant ou pendant la puberté, elle peut impacter la croissance de l'enfant. "En plus du danger psychologique, qui induit des troubles du comportement alimentaire, une maigreur peut entraîner des déséquilibres dans l'alimentation, des carences en nutriments, par exemple la fabrication d'os de moins bonne qualité et donc parfois d'une ostéoporose précoce. Tant qu'il n'a pas fini sa croissance, un enfant dénutri ou malnutri n'atteindra pas sa taille normale", précise la pédiatre. D'où l'importance de faire surveiller régulièrement la courbe de croissance de tous les enfants par un médecin habitué à la pédiatrie.

Parents : comment en parler avec son enfant ou son ado ?

"Lors des repas, regardez ce que votre enfant mange"

En plus de l'impact sociétal, la famille peut également influencer le regard de l'enfant sur son poids. Trop soucieux d'un éventuel surpoids, certains parents appliquent parfois des restrictions dans l'alimentation de leurs enfants. En effet, "ils sont parfois obsédés par le poids de leurs enfants alors qu'ils présentent un IMC tout à fait normal. Ils suppriment, comme pour eux et le plus possible, le sel et surtout les graisses des repas de leurs jeunes enfants alors qu'à cet âge, ils en ont particulièrement besoin", ajoute-elle. Pour les enfants qui se mettent volontairement en restriction alimentaire, il est important pour eux de ne pas se sentir jugé et d'avoir confiance en ses parents. Le parent, lui, doit se montrer le plus neutre possible et à l'affût des éventuels changements dans le comportement alimentaire de son enfant. "Il faut savoir observer ses enfants, dialoguer et passer du temps avec eux. Lors des repas, ils doivent s'assurer de ce qu'ils mangent. Si les parents ont un doute, ils ne doivent pas hésiter à en parler à leur enfant, surtout, sans les braquer ou les sanctionner". Par ailleurs, Internet, les réseaux sociaux ou certains blogs qui font la promotion de la maigreur sont aussi très néfastes pour les jeunes. Les parents doivent avoir un contrôle le plus optimal possible sur ce qu'ils regardent (dans la mesure du possible pas d'ordinateur dans la chambre, mais plutôt dans une pièce commune).

Un prise en charge adaptée

Les soutiens psychologique et/ou médical sont à envisager lorsqu'on a décelé un trouble psychologique ou somatique, mais également, pour certains cas de maigreur de grade 1 ou en cas de cassure de la courbe d'IMC. Ainsi, les médecins peuvent être les catalyseurs du dialogue parents/enfants par les mesures poids-taille. En effet, "si les parents ont un doute sur les comportements de leurs enfants, ils peuvent tout à fait faire appel à un médecin qui sera là pour discuter avec l'ado, avec un regard extérieur et objectif", affirme le Dr Hubinois. "Si le trouble perdure ou qu'il se transforme en anorexie mentale avérée, le médecin va alors s'entourer d'une équipe pour le suivi, composée d'un psychologue, d'un psychiatre ou d'un pédo-psychiatre et éventuellement de diététiciens", conclut-elle.

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