Parent hélicoptère : qu'est-ce que c'est, quelles conséquences pour l'enfant ?

Surimpliqués dans l'éducation de leur enfant, les parents "hélicoptère" veulent bien faire... mais finissent par devenir nuisibles à leurs enfants. Explication de cette dérive éducative et solutions pour en sortir avec la psychologue Julie Scouppe.

Parent hélicoptère : qu'est-ce que c'est, quelles conséquences pour l'enfant ?
© 123RF / choreograph

Parent hélicoptère : qu'est-ce que c'est ? 

Les parents hélicoptères sont des parents surprotecteurs. Ce terme a été employé pour la première fois par Haim Ginott, psychologue Israélien, dans son ouvrage "Entre parents et adolescents" après qu'un de ses patients adolescent, lui ai expliqué que sa mère planait en permanence au-dessus de lui comme un hélicoptère. Le mot 'hélicoptère' fait donc référence aux parents étant constamment au-dessus de leur enfant, planant au-dessus d'eux pour s'assurer que tout aille toujours bien. "Il sont prêts à voler à leur secours au moindre problème et font tout à leur place, devançant leurs besoins au point de les empêcher de s'autonomiser", analyse la psychologue Julie Scouppe. Le parent hélicoptère va, par exemple, empêcher son enfant de faire du toboggan pour éviter qu'il ne tombe et se blesse, lui éviter au maximum les frustrations pour qu'il ne soit pas déçu, se mêler de disputes avec ses camarades pour régler lui-même la situation au lieu de se contenter de le soutenir, le guider, l'encourager. "Un comportement éducatif néfaste qui part pourtant d'une bonne intention", précise la psychologue. Le parent nuit donc à sa progéniture malgré lui. Et pour cause, un enfant a besoin de se construire en partie par lui-même, de commettre des erreurs, de développer ses ressources, ses compétences, sa socialisation, d'apprendre à gérer lui-même ses conflits, etc. 

Parent hélicoptère, quelles conséquences pour l'enfant ?

L'enfant risque de manquer d'estime de lui en grandissant. Persuadé aussi qu'il n'est pas prêt à affronter le monde tout seul, ce qui peut entraîner une immaturité, une grande difficulté à faire les choses par lui-même. Cette surprotection devient néfaste car elle l'empêche de vivre ses expériences, d'affronter les échecs, les déceptions qui font pourtant partie de la vie et c'est aussi par ce biais que l'on se construit. Ne pas avoir appris à gérer les conflits peut aussi engendrer des difficultés relationnelles plus tard, il pourrait avoir du mal à se positionner vis-à-vis de l'autre. Et puis cette immaturité peut favoriser un état dépressif et des troubles anxieux. Une dépendance affective également à l'égard de ses parents mais aussi, potentiellement de son conjoint à l'âge adulte. 

Parent hélicoptère : et quand l'enfant devient adolescent ?

Les premières années, l'enfant ne connaît que ce schéma éducatif, il ne se pose donc pas spécialement de questions. "En arrivant à l'adolescence, en revanche, les relations peuvent s'envenimer", alerte la psychologue Julie Scouppe. Et pour cause, l'adolescent a besoin de construire sa propre identité. Cela signifie qu'il risque de chercher à se différencier de ses parents, du modèle familial qu'on lui a donné... alors forcément, cela risque d'être très compliqué à vivre avec des parents hélicoptères.

Pourquoi devient-on un parent "hélicoptère" ?

Plusieurs facteurs peuvent conduire un parent à tomber dans la surprotection, constate la psychologue. Il y a d'abord la reproduction de son propre schéma familial, on reproduit ce que l'on connaît. Par ailleurs, si l'on a eu des parents absents ou maltraitants, on peut aussi vouloir combler, surprotéger sa progéniture et tomber dans l'extrême inverse. Certains parents, très angoissés, cherchent également à tout prix à éviter des souffrances à leur enfant. D'autres, soucieux de l'image qu'ils vont renvoyer aux autres, s'efforcent d'être les meilleurs parents possibles. Enfin, quand on a vécu une grossesse à risque ou que l'enfant a été gravement malade durant sa petite enfance, notre peur de le perdre peut aussi nous faire tomber dans cet état de surprotection

Parent hélicoptère : comment s'en sortir ?

Pour savoir si l'on est potentiellement ou non un parent hélicoptère, Julie Scouppe conseille de commencer par s'interroger : a-t-on l'habitude de faire les choses à sa place plutôt que de le guider ? Si notre enfant ou/et les membres de notre entourage nous disent souvent qu'on est trop sur son dos, de lui laisser un peu d'espace, cela doit aussi nous faire réagir. Or, "en prendre conscience c'est déjà un grand pas de franchi", assure la psy. 

Deuxième étape, on essaie de comprendre pourquoi on est devenu un parent hélicoptère. Si c'est parce qu'on est angoissé.e, on s'efforce de travailler dessus, de voir si on est capable de lâcher un peu de lest, de lui faire davantage confiance. On doit être là en soutien et non dans l'anticipation permanente de ses besoins et actions. Il est important également d'intégrer que les échecs et les déceptions sont inévitables et vont l'aider à se construire, inutile donc de vouloir les lui éviter à tout prix.

Enfin, si l'on sent que l'on ne parvient pas à prendre suffisamment de recul, de laisser un peu d'espace à son enfant, que nos angoisses sont trop massives, on n'hésite pas à se faire aider par un psychologue. Et la psychologue de conclure, rassurante : "être un parent hélicoptère n'est pas irréversible, rien n'est figé !"

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