1000 premiers jours : quelles sont les propositions de Boris Cyrulnik ?

Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik a remis ce mardi le rapport de la commission d'experts pour les "1000 premiers jours" à Adrien Taquet. Accompagnement dès le 4e mois de grossesse, entretien prénatal précoce, allongement du congé paternité... Ce qui va changer.

1000 premiers jours : quelles sont les propositions de Boris Cyrulnik ?
© Cathy Yeulet - 123rf

[Mis à jour le 9 septembre à 15h39] Les 1000 premiers jours de l'enfant (du 4e mois de la grossesse jusqu'aux deux ans de l'enfant) représentent un moment fondateur et une période essentielle pour son développement et sa construction. Cette période est tout aussi déterminante pour ses parents, soucieux de lui apporter toutes les attentions nécessaires tout en maintenant un équilibre dans leur vie personnelle, familiale et professionnelle. Pour répondre au mieux à ces enjeux, Emmanuel Macron a lancé, en septembre 2019, une commission d'experts présidée par le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, composée de neuropsychiatres, gynécologues-obstétriciens, pédopsychiatres, psychologues,
sages-femmes, et professeurs des universités. En parallèle, Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la Protection de l'enfance, a proposé un "parcours des 1000 premiers jours" à tous les parents pour les accompagner sur les questions de santé et sur les aspects éducatifs. Ce mardi 8 septembre, Boris Cyrulnik lui a remis le rapport de la commission d'experts pour les "1000 premiers jours". Accompagnement personnalisé des futurs parents, généralisation de l'entretien prénatal précoce, allongement du congé paternité, amélioration des modes de garde... Voici les recommandations ambitieuses qui répondent aux attentes des futurs et jeunes parents et qui seront examinées dans les prochaines semaines.

Qu'est-ce que le parcours des 1000 premiers jours de l'enfant ?

En quoi consiste le "parcours des 1000 jours" ? Ce parcours d'accompagnement est compris entre le 4e mois de grossesse jusqu'au 2e anniversaire de l'enfant. Entre le début de la grossesse où le fœtus commence à interagir avec son environnement et celui où l'enfant prononce ses premières phrases, une partie considérable de son développement est en jeu, estime le gouvernement. En effet, c'est durant cette période que l'être humain se développe plus rapidement que dans toute autre période de sa vie : "le bébé grandit de deux centimètres par mois, la taille de son cerveau est multipliée par cinq et les connexions neuronales s'y établissent à la fréquence de deux cent mille par minute", précise le ministère de la santé.

Quelles sont les recommandations ?

Boris Cyrulnik et la commission d'experts ont émis de nombreuses recommandations qui vont être examinées dans les prochaines semaines afin d'être mises en oeuvre par le gouvernement. Parmi les propositions émises par les spécialistes, voici celles qui ont retenu l'attention du Secrétaire d'Etat :

  • La création d'un parcours des 1000 jours, avec un accompagnement personnalisé dès l'entretien du 4ème mois, se poursuivant en maternité et jusqu'au domicile, et qui se renforcerait en cas de fragilités (handicaps, troubles psychiques ou fragilités sociales), 
  • La généralisation de l'entretien prénatal précoce, qui ne concerne aujourd'hui que 28% des grossesses,
  • L'augmentation des moyens des maternités et des PMI, afin que les 500 maternités puissent mieux accompagner les parents, 
  • L'allongement du congé paternité, une première étape de la réforme du congé parental, dans l'intérêt du développement de l'enfant, mais également pour lutter contre la solitude et l'isolement des mamans. Les experts proposent notamment un congé paternité de 9 semaines, pouvant être pris après la naissance et une autre partie à la fin du congé maternel. 
  • Modes de garde. La généralisation et l'harmonisation du projet éducatif de l'accueil des enfants avant 3 ans.

Réduire les inégalités dès le plus jeune âge

Selon Emmanuel Macron, qui s'est inspiré de la Finlande, (pays bien connu pour être celui dans lequel les parents sont les plus heureux), c'est avant l'âge de deux ans qu'il est possible de réduire les inégalités et notamment le déficit de vocabulaire qui se manifeste dès le plus jeune âge. "Les progrès scientifiques, issus de plusieurs champs de recherche, légitiment en effet un investissement le plus précoce possible dans cette période importante de la vie de tout être humain et il est indispensable d'accompagner au mieux les parents pour répondre de manière adaptée aux besoins de leurs enfants", précise le gouvernement.

Les futures et jeunes mamans mieux accompagnées

En France, les dépressions périnatales sont des troubles répandus et souvent mal connus, d'autant que la dépression peut aussi survenir pendant la grossesse. Certaines futures mamans ne sont par ailleurs pas ou peu informées du déroulement de leur grossesse et peu (ou pas suffisamment) accompagnées après la naissance de leur bébé. Adrien Taquet souhaite donc "que toutes les mamans passent la visite médicale du quatrième mois et que toutes reçoivent également une visite à domicile après l'accouchement", avait-il déclaré lors de son déplacement en Finlande en juin 2020. Pour mettre en place ces nouvelles mesures, les centres de Protection maternelle et infantile pourraient, au cas par cas, bénéficier d'une aide de l'Etat. Les jeunes parents, notamment les parents isolés, seront sensibilisés à ce parcours, et la présence des pères pendant la grossesse est encouragée.

Conseils, modes de garde... Quels services pour les jeunes parents ?

Pendant la grossesse et après l'accouchement, les parents pourraient recevoir des conseils sur la nutrition, les risques des expositions aux écrans chez les jeunes enfants, la place du père, les accouchements prématurés, les naissances multiples, l'accueil d'un enfant handicapé, ou encore l'impact d'une naissance sur le couple.... En outre, des services pourraient être proposés aux futurs et jeunes parents, via une application, avec des initiatives éducatives dans le domaine de la santé. Quant aux modes de garde, le secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé s'était dit favorable aux crèches ouvertes 24h sur 24 comme c'est le cas en Finlande. Un modèle qui pourrait selon lui correspondre davantage aux besoins des parents, et notamment des mères célibataires ou de ceux qui sont employés dans les secteurs de l'hôtellerie, de la restauration ou de la santé. Rappelons qu'en Finlande, à la naissance d'un bébé, les parents reçoivent une "baby box" contenant des jouets, des vêtements, des couches ainsi qu'un matelas. Si cette boîte n'est pas retenue pour la France, le gouvernement se penche sur la possibilité d'offrir certains services aux parents qui participent à ce parcours des 1000 jours."Ils pourraient par exemple recevoir un chéquier, avec des bons pour des jours de baby-sitting ou pour des cours de bébé-nageurs", précisait Europe 1 en juin dernier.