Maman débordée : que faire quand on est à bout ?

Entre les devoirs à la maison, le télétravail, les repas et les disputes des enfants... De nombreux parents se sentent débordés, dépassés, parfois même en détresse, et culpabilisent souvent. Pour s'en sortir, Nathalie Lancelin-Huin, psychologue en périnatalité, nous donne ses conseils.

Maman débordée : que faire quand on est à bout ?
© 123RF / Elena Nichizhenova

[Mise à jour du 15 avril]. Gérer l'emploi du temps des enfants, l'école à la maison, les occuper et leur proposer des activités, télétravailler, faire les courses, le ménage, les lessives… Les parents, et surtout les mamans, sont nombreux à se sentir débordés. Et tout ça, tout en essayant de maintenir le cap, pour certaines, dans leur vie professionnelle et amoureuse. Avec autant de choses à penser, pas étonnant que certaines craquent et soient épuisées, et d'autant plus en cette période de confinement. Les mamans concernées peuvent alors se sentir dépassées par la situation, et ne pas savoir par où commencer pour s'en sortir, alors qu'il est important d'agir face à cette charge mentale qui les pèse. Nathalie Lancelin-Huin, psychologue en périnatalité et auteure de Enceinte, voyage au cœur des émotions (éditions Horay), décrypte ce phénomène, explique pourquoi il ne faut pas culpabiliser et, surtout, nous donne ses conseils pour aller mieux.

Pourquoi autant de mamans se sentent-elles débordées ?

Une maman qui est débordée face à son ou ses enfant(s) peut se sentir très seule. Paradoxalement, elle est loin d'être la seule à avoir ce ressenti. De plus en plus de mères affirment avoir l'impression d'être dépassées par la situation. Pour Nathalie Lancelin-Huin, il y a plusieurs facteurs qui peuvent l'expliquer. Tout d'abord, parce que, dès la grossesse, avoir un enfant est un bouleversement, "une vague d'émotions et de questions". Ensuite, parce que certaines étaient déjà fatiguées, socialement ou professionnellement, avant même d'accueillir leur bébé. S'occuper de leur enfant leur demande de l'énergie, et cette fatigue vient s'ajouter à celle qui existait déjà. "Elles ont beau avoir la capacité à mener plusieurs tâches psychiques et physiques à la fois, cela ne les en fatigue pas moins. Être auprès d'enfants engage une présence physique et une disponibilité, coûteuse en énergie", précise la psychologue. Ensuite, il y a toutes les formes de pressions qu'elles ressentent, et notamment celles que leur donne la société. "Devoir s'accomplir dans la vie professionnelle, être une bonne mère, et avoir une vie conjugale réussie. C'est une pression qui est énorme, dans une société qui va de plus en plus vite, et on vient en plus ajouter la pression des réseaux sociaux, qui permettent certes d'être mieux informée, mais aussi d'être presque trop informée. Il y a donc le stress de pouvoir tout faire, et bien, sauf que c'est difficile, voire impossible, d'être parfaite en tout point", explique Nathalie Lancelin-Huin.

Déprime, fatigue... Quels sont les signes ?

En tant que mère, on peut parfois avoir l'impression que quelque chose ne va pas, sans réussir à mettre les mots dessus, et donc sans savoir que ce que l'on ressent, c'est tout simplement un débordement. Pour les aider à identifier, l'experte décrit les signes à surveiller : "la fatigue physique (ralentissement, manque d'entrain, perte du goût même des choses agréables, sommeil difficile…), la fatigue émotionnelle (pleurs fréquents, énervement rapide, réactivité épidermique, etc), et les actes manqués (oublier des choses, perdre ses clés, faire tomber des objets, chuter soi-même ou manquer de chuter…)". Quand quelqu'un, qu'il soit parent ou non, se reconnaît dans ces signes, c'est que quelque chose ne va pas, et il faut savoir réagir.

Pourquoi culpabilise-t-on de se sentir débordée ?

Les mères qui sont débordées ont parfois du mal à reconnaître ce qu'elles ressentent, tout simplement parce que cela crée une forme de culpabilité. Celle-ci peut venir, encore une fois, des réseaux sociaux, qui donnent l'impression que tout le monde réussit mieux que soi, et qui entraînent l'impression que, si on n'y arrive pas, c'est parce qu'on est moins bien qu'eux. Il est possible aussi que l'histoire personnelle entre en jeu : quand on a eu une belle enfance, on veut réussir à élever ses enfants comme ses parents l'ont fait avant. A l'inverse, quand ce n'est pas le cas, on ne veut surtout pas reproduire le schéma. Et quand on se rend compte qu'on n'y arrive pas tout à fait, on peut culpabiliser, à cause "du pressentiment qu'on pourrait faire mieux, l'envie de mieux faire, l'image qu'on pense donner aux autres, et l'image qu'on se fait d'une bonne mère", explique Nathalie Lancelin-Huin. Pourtant, se sentir dépassée est un sentiment normal, et il ne faut pas culpabiliser ou hésiter à demander de l'aide par peur du jugement des autres.

Que faire quand on en a ras-le-bol ?

Relativiser

Avant toute chose, il faut relativiser, conseille Nathalie Lancelin-Huin et "réussir à se dire, plutôt que de mettre la barre trop haute, qu'on peut faire les choses suffisamment bien, même si elles ne sont pas parfaites".

Savoir s'arrêter

Il faut savoir lever le pied, faire une pause. En cas d'épuisement, il est possible d'être en arrêt maladie. Pour celles qui seraient inquiètes de la manière dont cela pourrait être perçu par leur employeur, la psychologue les rassure : "il n'est pas obligatoire d'écrire la raison sur l'arrêt maladie, ou alors on peut mettre autre chose". Pour les mamans qui ne peuvent ou ne veulent pas se mettre en arrêt maladie, il est essentiel de trouver un moyen de souffler. "Si ce n'est pas possible au niveau du travail, il faut en tout cas ralentir, prendre le temps, une fois par semaine, de parler à quelqu'un. Si on ne peut pas se rendre à des rendez-vous hebdomadaires, on prend du temps pour soi : aller marcher ou courir régulièrement, prendre une demi-heure deux fois par semaine pour s'asseoir sur un banc et réfléchir… En bref, il faut mettre quelque chose en place pour souffler et ne pas désespérer", conseille la spécialiste. Il peut être bon de savoir aussi, pour les femmes dont l'emploi du temps ne permet pas de se rendre chez un psychologue, que certains consultent via Internet, via un chat vidéo.

S'interroger

Posez-vous les bonnes questions : "est-ce que la situation me convient ? Comment je pourrais faire pour arriver à continuer ?"... Si la réponse est "non", "il faut se demander comment on peut s'organiser autrement", explique la psychologue. Par exemple, est-ce que travailler à mi-temps nous conviendrait, et si (en temps normal) on peut demander de l'aide aux grands-parents, à la famille, à des amis, de nous aider le mercredi après-midi quand les enfants ne sont pas à l'école… Si on ne veut pas ou qu'on ne peut pas changer ses horaires de travail, on peut envisager de tout couper le week-end pour se consacrer uniquement aux enfants, de prévoir un voyage en famille pour les prochaines vacances scolaires...

Communiquer dans le cercle familial

Ensuite, il faut communiquer. Avec le père, s'il est présent, mais aussi avec le reste de la famille. "Toutes les deux semaines, on peut organiser une sorte de conseil de famille. Chacun pourra s'exprimer librement, dire ce qui lui convient, ce qu'il voudrait qui change", explique la psychologue.

En parler à des spécialistes

Trouvez quelqu'un à qui parler. Un psychologue ou un psychiatre, une sage-femme, la PMI (protection maternelle et infantile). Peu importe la personne choisie pour se confier et être conseillé, le plus important est que l'oreille soit attentive et bienveillante. Enfin, si la maman sent qu'elle est sur le point de s'effondrer, "il ne faut pas hésiter à aller aux urgences psychiatriques". "Ce n'est pas que pour les problèmes psychiatriques, on peut y aller aussi parce qu'on s'écroule, rassure Nathalie Lancelin-Huin. Il y a des psychiatres pour accueillir ces personnes, et qui vont les écouter, que ce soit parce qu'elles font un burn-out ou "juste" un débordement". Car la situation n'est pas à banaliser. "La fatigue, ce n'est pas une petite chose. Si on est en train de perdre pied, il faut savoir s'arrêter, et il ne faut pas rester seule face à ce débordement, surtout s'il perdure".

Maman solo : comment s'en sortir ?

"Si, pour certaines, il est plus simple de ne compter que sur elles-mêmes, parce que devoir se coordonner avec quelqu'un d'autre peut créer des tensions, les mères célibataires sont logiquement plus souvent débordées ou saturées. L'organisation, la disponibilité et la qualité de présence leur revenant à elles seules. Elles doivent aussi être plus rodées dans le quotidien et la gestion de l'emploi du temps, davantage entourées", explique Nathalie Lancelin-Huin. Quand elles ont les bonnes personnes sur qui compter, les mamans solos peuvent très bien s'en sortir. Mais, pour celles qui sont isolées, qui n'ont pas d'entourage sur qui s'appuyer, il faut savoir qu'elles peuvent trouver du soutien ailleurs. "Il existe des centres de PMI, PMS (psycho-médico-social), et des associations qui peuvent les accompagner", indique la psychologue. Ces ressources locales peuvent apporter un renfort psychologique, mais aussi leur proposer des activités pour les enfants et les adultes, des modes de garde, le tout pour réussir à souffler.

Maman débordée : comment s'organiser ?

Quand on se sent dépassée, il faut arriver à revoir son organisation. "Ces mères doivent essayer de voir quels sont les besoins, les envies et parvenir à cerner les priorités", explique Nathalie Lancelin-Huin. Quitte à faire une liste avec deux colonnes séparées, pour mieux visualiser. De cette façon, elles pourront y voir plus clair, et faire ressortir ce qu'elles peuvent changer, annuler, reprogrammer, et ainsi de suite."Il faut aussi apprendre à s'organiser, avec un plan A et un plan B", recommande la psychologue. Par exemple, si on a prévu de préparer une soupe maison un soir, mais qu'on n'a pas le temps de cuisiner, sans quoi les enfants se coucheraient trop tard, on ne panique pas. On sort des légumes surgelés ou en conserve, bien plus rapides à réchauffer, et qui apporteront malgré tout les nutriments dont les petits ont besoin. Pour les familles qui ont du mal à y voir clair dans leur emploi du temps, il ne faut pas hésiter à en fabriquer un ou à en acheter un, sur lequel les activités de chacun seront inscrites. Apprenez également à trouver des solutions dans les prochains mois : votre enfant a son cours de sport en même temps que votre cours de yoga ? Demandez au papa, ou à un parent qui accompagne son petit au sport, s'il peut l'y emmener. Renseignez-vous également auprès d'autres associations pour savoir si des horaires différents sont possibles. Dernier conseil : "revoir à la baisse, et avec bienveillance, le niveau d'exigences. Il faut veiller à s'occuper d'un jour à la fois, et à prendre parfois du recul et un temps consacré à sa propre vie intérieure pour se poser les bonnes questions", conseille Nathalie Lancelin-Huin.

 

Parents épuisés, de Valérie Duband © Edition Eyrolles

Les parents se mettent parfois tellement de pression pour tout réussir, et en particulier avec leurs enfants, qu'un simple débordement se transforme en burn-out parental. Pour s'en sortir face à cet épuisement et ce stress, Valérie Duband, coach professionnelle spécialisée dans les troubles de l'apprentissage, leur donne ses conseils dans son dernier livre. Entre outils pratiques, exercices et pistes de réflexion, les mamans y trouveront une aide précieuse. Parents épuisés, stop à la surenchère émotionnelle et éducative pour éviter le burn-out parental, Valérie Duband. Editions Eyrolles, 18 euros. En vente sur Amazon.