Phobie scolaire : comment aider mon enfant ?

Cris, pleurs, maux de tête, vomissements... Certains enfants se rendent littéralement malades à l'idée d'aller à l'école. Quelles sont les causes ? Comment aider les élèves ? Conseils de psychiatres pour mieux comprendre ce dégoût soudain de l'école.

Phobie scolaire : comment aider mon enfant ?
© Mikael Damkier-123rf

Maux de ventre, migraines, nausées et vomissements, cris et hurlements... Les enfants peuvent parfois se mettre dans des états extrêmes à la simple évocation de l'école. En cette période de rentrée des classes, ou soudainement en plein milieu de l'année, il peut arriver que des écoliers ressentent une véritable détresse émotionnelle. Comment identifier ce qu'on appelle "une phobie scolaire", et la différencier d'une simple crise passagère ? Comment aider l'enfant ou l'adolescent ? Quelle prise en charge ? Marie-France Leheuzey, psychiatre pour enfants et adolescents à l'hôpital Robert Debré à Paris, et auteure du livre "Phobie scolaire : comment aider les enfants et adolescents en mal d'école ?" nous livre ses conseils pour mieux réagir en cas de phobie scolaire. Le Journal des Femmes a également rencontré Marie Rose Moro, psychiatre, psychanalyste et chef de service à la Maison de Solenn, à l'occasion des Matinales de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, le 7 septembre 2017.

Comment expliquer la phobie scolaire ? Quelles en sont les causes ? 

"Il s'agit d'enfants, qui, pour des raisons irrationnelles, refusent d'aller à l'école et résistent avec des réactions d'anxiété très vives, ou d'angoisses si on les force à y aller", expliquait le Dr Ajuriaguerra en 1974. "En réalité, le terme "phobie scolaire" n'est pas adapté car l'enfant n'a pas "peur" de l'école : il n'arrive tout simplement plus à y aller", explique Marie-France Leheuzey. Il peut s'agir d'un enfant qui ne parvient pas à se séparer de ses parents. On parle alors de "l'anxiété de la séparation", notamment connue chez les plus petits. Chez les enfants plus âgés, ces angoisses peuvent être le résultat de menaces, de harcèlement ou d'humiliations en classe, ou tout simplement la crainte d'un professeur, la peur de ne pas s'intégrer, celle du jugement et du regard de l'autre, notamment à la puberté. Autre cause : l'échec scolaire, les mauvaises notes et "l'angoisse de la performance", cette pression que certains enfants peuvent avoir s'ils ne réussissent pas à obtenir de bons résultats à l'école. Les causes varient d'un enfant à un autre, mais parfois, certains d'entre eux peuvent cumuler plusieurs facteurs de stress à la fois. Marie Rose Moro parle quant à elle de "dégoût de l'école" qui leur donne une sorte de nausée. "Il peut parfois s'agir d'un élément déclenchant tel qu'une simple otite. L'enfant est contraint de rester à la maison plusieurs jours, mais il n'a ensuite aucune envie de retourner dans son établissement scolaire", ajoute la psychiatre. 

Comment différencier une "phobie scolaire" d'un caprice passager ?

Généralement, lorsque l'enfant ne souhaite plus aller à l'école, cela se traduit par des signes physiques : il peut vomir, avoir des nausées ou des vomissements, des maux de tête et de ventre, des diarrhées, des peurs et des angoisses... Mais tous ces symptômes ne surviennent que le matin avant de se rendre à l'école et disparaissent les week-ends ou pendant les vacances. Et s'il reste à la maison, il se sent beaucoup mieux, nuance Marie-France Leheuzey. On remarque également que les plus grands ont tendance à se réfugier davantage derrière leurs écrans, leurs jeux-vidéos et sur les réseaux sociaux. 

Quels sont les enfants concernés ?

Les grands sont davantage concernés que les enfants de maternelle. En CP et particulièrement lors  de la rentrée en 6eme, l'élève fait face à de nombreux changements : il doit prendre le bus seul, s'adapter à un nouvel environnement, à de nouveaux camarades et de nouveaux professeurs. De plus, les collégiens sont davantage soumis à la violence que les petits, notamment dans les cours de récréation. Mais "le pic de phobie scolaire intervient principalement au collège, entre les classes de sixième et de troisième", précise Marie Rose Moro, qui rappelle que 5 à 8% des consultations en pédopsychiatrie en France concernent des cas de phobie scolaire. 

Que faire en cas de phobie scolaire ?

Il faut déjà s'apercevoir qu'il se passe quelque chose d'anormal. Une fois le problème identifié, il est important d'établir un dialogue avec son enfant et lui demander ce qu'il ressent, conseille Marie-France Leheuzey. Ceci pour comprendre ce qu'il se passe et d'où vient le problème afin de pouvoir réagir en conséquence, selon la situation. Il faut aussi se poser la question des intentions de l'enfant, explique Marie Rose Moro. "Que cherche-t-il à faire en étant absent ?" En effet, il s'agit pour lui d'une manière de trouver une solution à son mal-être en alertant ses parents ou ses professeurs. En cas de phobie scolaire, un travail collectif est à mener, entre les parents, l'adolescent ou l'enfant et l'équipe pédagogique, insiste la pédopsychiatre. Et de souligner .l'importance d'une prise en charge précoce. "On doit chercher, dans chaque situation, ce sur quoi on peut agir", déclare Marie Rose Moro. 

Faut-il changer son enfant d'école ? Tout dépend de la situation, mais la spécialiste n'est pas favorable au changement d'établissement scolaire, excepté s'il s'agit d'un projet en accord avec l'élève et les professeurs. Certains parents par exemple ont changé trois fois d'école, sans pour autant régler le problème à sa source. Néanmoins, les parents peuvent rencontrer l'enseignant afin d'évaluer si des aménagements sont possibles pour résoudre le problème. 

Quelle prise en charge ? S'il s'agit de troubles anxieux, un rendez-vous chez un psychologue ou un psychiatre est nécessaire. Grâce à un suivi et un accompagnement, celui-ci aidera l'enfant à retourner progressivement à l'école : dans un premier temps, une rencontre avec l'enseignant peut être organisée, puis, petit à petit, le parent l'accompagne pour une heure de classe... jusqu'à ce que l'enfant aille mieux. Parfois, l'arrêt scolaire est nécessaire. A la Maison de Solenn, par exemple, les adolescents sont suivis psychologiquement et pris en charge par les équipes soignantes. 90% des jeunes qui souffrent de phobie scolaire y sont traités en ambulatoire (entre un à deux mois), et en seconde intention, une hospitalisation à temps plein peut même leur être proposée. Des ateliers de médiation et de rescolarisation permettent ainsi à l'élève de prendre de nouveau confiance en lui, à travers des activités créatives et artistiques. Pour les aider à mieux s'intégrer lors de leur retour à l'école, Marie Rose Moro préconise le choix d'une école proche du domicile, et un retour progressif, avec des cours de 6h pour reprendre le rythme en douceur. 

Quelles sont les erreurs à ne pas faire ? 

Il est indispensable de prendre le problème en charge le plus tôt possible et ne pas attendre, conseille Marie-France Leheuzey. Les parents doivent aussi faire attention à ne pas stresser l'enfant en lui disant que "la 6ème est beaucoup plus difficile que le primaire, qu'il va avoir pleins de nouveaux professeurs, qu'il va devoir se rendre seul à l'école, apprendre à se défendre, travailler pour obtenir de bonnes notes..." Si l'enfant est sensible et fragile, ces éléments risqueraient de renforcer son anxiété et de lui mettre la pression. Au contraire, rester positif permettra de le valoriser et de lui donner confiance en lui. "Dites-lui par exemple qu'il va se faire de nouveaux copains, qu'il va apprendre avec des professeurs spécialisés dans chaque matières, qu'il va aller dans l'école des grands...", explique Marie-France. Enfin, elle conseille aux parents d'être à l'écoute de leurs enfants, au quotidien et ne pas s'intéresser qu'aux notes, mais aussi à ses relations avec ses camarades, son ressenti et ce qu'il se passe au jour le jour. Car généralement, les enfants se renferment sur eux-mêmes et ne communiquent pas avec leurs parents pour ne pas les culpabiliser. Aux adultes donc d'identifier si son enfant est épanoui ou non.

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