L'âge des "Pourquoi ?" Comment bien lui répondre ?

A partir de 3 ans, les enfants posent beaucoup de questions. L'importance de cette étape du développement est de savoir répondre à leurs interrogations. On fait le point avec Florence Millot, psychologue pour enfant.

L'âge des "Pourquoi ?" Comment bien lui répondre ?
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"Pourquoi le ciel est bleu ?", "Pourquoi je dois aller à la garderie ?", "Pourquoi tu vas avoir un bébé ?" A l'âge des "Pourquoi ?", les parents se sentent parfois démunis face aux questions fréquentes de leur enfant. Pour les aider à y répondre et en savoir plus sur cette étape du développement, Florence Millot, psychologue pour enfant, apporte son éclairage.

A quel âge commence l'âge des "pourquoi ?" ?

L'âge des "Pourquoi ?" commence en moyenne entre 3 ans et 3 ans et demi, explique Florence Millot. "Avant, il n'a pas beaucoup parlé, alors maintenant qu'il a accès au langage, il a envie de poser des questions en tout genre", décrypte la spécialiste. C'est aussi le moment où l'enfant commence à être curieux de ce qui l'entoure. "C'est la première pulsion du savoir, il a envie de comprendre le monde et son monde". Pour la psychologue, cette étape peut aussi être importante pour l'adulte. "C'est la période des questions existentielles, et parfois pour nous, parents, aussi, ça vaut le coup de se replonger dans des questionnements de vie, sur ce qui est essentiel pour retrouver notre âme d'enfant".

A quoi correspond ce moment du développement de l'enfant ?

"L'enfant, entre 3 et 6 ans, est naturellement dans une quête pour comprendre le monde. Il s'intéresse à tout, tout le motive. C'est vraiment le terreau pour l'apprentissage, pour comprendre le monde qui l'entoure, mais aussi se poser des questions plus existentielles, par exemple sur la mort, et comprendre quelle est sa place dans la famille", explique la psychologue. Pour l'adulte, cette phase est parfois difficile à gérer, par exemple quand l'enfant pose des questions sur la mort, car cela peut renvoyer à des angoisses chez sa mère ou son père, ou alors quand il ne connaît pas les réponses. "Mais quelque part, ce n'est pas très grave, parce qu'il faut juste respecter que, pendant cette période-là, l'enfant a envie de tout apprendre. Il n'a pas forcément besoin de réponses précises, mais il a besoin qu'on lui transmette cette espèce de motivation, de curiosité à essayer d'analyser les choses", affirme Florence Millot.

L'âge des "Pourquoi ?", une étape importante du développement de l'enfant

Cette étape du développement est très importante, puisque c'est cela qui va l'encourager à apprendre. Quand il pose des questions, il a envie d'écouter la réponse et d'aller plus loin. Selon Florence Millot, "c'est un peu le moteur de sa curiosité. On voit plus tard, quand il n'a pas de réponses à ses questions, de quoi développer sa curiosité, qu'à partir du CP-CP1, il ne veut pas apprendre, ou a peur d'apprendre, parce que la base de l'apprentissage a été un peu 'abîmée'". Lui apporter des réponses et le stimuler est donc important, pour qu'il soit motivé à continuer à apprendre de nouvelles choses en grandissant. L'âge des "Pourquoi ?" est aussi une façon de préparer l'école puisque, en voyant qu'on lui répond quand il pose des questions, il osera plus facilement intervenir en classe pour demander qu'on lui ré-explique quelque chose qu'il n'a pas compris.

L'âge des "pourquoi ?" aide l'enfant au niveau relationnel. Quand il pose une question, elle peut être adressée à ses parents, mais aussi à des personnes qu'il connaît moins, voire très peu. "C'est une façon pour lui d'entrer en relation avec les autres", explique Florence Millot. Il peut aussi y avoir un rapport affectif qui se développe. "Il y a un plaisir à chercher à parler avec l'enfant, un plaisir de partager des choses. Il y aussi une certaine fierté pour l'enfant quand on cherche une réponse ensemble. Il y a donc un bon moment de complicité dans ces échanges", ajoute-t-elle.

Comment répondre aux "pourquoi ?" de l'enfant ?

Quand l'enfant pose une question, il faut lui répondre avec des mots simples, des images, faire des petits dessins, ou essayer de faire un lien avec quelque chose qu'il connaît déjà. "A cet âge-là, l'enfant a besoin de beaucoup d'imaginaire. Si on reste dans quelque chose de trop plaqué au réel, trop explicatif, ça ne l'intéresse pas forcément", précise Florence Millot. Si le sujet est trop difficile à aborder, il faut lui expliquer ce qu'on ressent, pourquoi on ne veut pas le faire, ou lui proposer de l'aider à trouver une réponse.

Comment répondre aux questions qui nous mettent mal à l'aise ?

"Pourquoi le monsieur est gros ?", "Pourquoi la dame parle bizarrement ?" Des questions comme ça, posées en plein milieu d'un lieu public, tous les parents en ont déjà entendu, et elles mettent souvent très mal à l'aise ! La première chose à faire est de "lui expliquer qu'il faut éviter de dire ce genre de choses parce que ça peut vexer, et le dire devant la personne pour qu'elle comprenne que l'enfant n'a pas forcément fait exprès", dit la psychologue. Une fois qu'on s'est éloigné, on peut lui expliquer plus précisément pourquoi, en lui disant que certaines choses peuvent faire mal à entendre, et qu'il faut les dire seulement dans sa tête. "Heureusement, c'est en général une phase assez courte. L'enfant comprend rapidement, quand on lui explique et en voyant la réaction de ses parents, qu'il ne faut plus le dire"Dans ce cas de figure, une autre chose très importante est de lui expliquer que chacun à ses différences : "il faut lui dire que chaque personne est unique, qu'il y a plein de gens sur Terre qui ne se ressemblent pas, et que c'est ça qui est chouette !". Pour Florence Millot, il faut l'aider à comprendre que cette différence est une force, non seulement pour qu'il sache que toutes les personnes sont belles et qu'il ne soit pas méchant avec elles, mais aussi pour qu'il ne complexe pas en grandissant.

Comment répondre quand il remet en question une consigne ?

"Pourquoi je dois aller me laver les dents ?", "Pourquoi je dois me coucher maintenant ?" Pendant l'âge des "Pourquoi ?", votre enfant risque aussi de remettre en question vos consignes. Dans ce cas, Florence Millot explique qu'il faut lui dire pourquoi une fois, mais qu'il ne faut pas lui répondre à chaque fois. "Une fois que le parent a expliqué une fois de manière simple, il n'a pas à se justifier systématiquement, parce que l'enfant risque de rentrer en négociation permanente pour tout, et cela augmente la tension chez le parent. Parfois, lui dire "parce que c'est comme ça", ça suffit, et ça peut faire du bien de trancher, parce que l'enfant est totalement capable de l'entendre aussi", ajoute-t-elle. Quand il grandit, vers 5-6 ans il peut avoir un sentiment d'injustice. Alors, "une fois qu'on a posé l'interdit et qu'on s'y est tenu, on peut revenir dessus et expliquer". Mais il faut le faire "seulement s'il y a un besoin", et "demander à l'enfant s'il veut en reparler, car ce n'est pas toujours le cas", avertit la psychologue.

Il a posé plusieurs fois la même question ou il connaît déjà la réponse : comment réagir ?

Parfois, l'enfant va demander plusieurs fois la même chose, ou poser une question alors qu'il connaît la réponse. Si vous savez qu'il a compris les premières explications, Florence Millot recommande de lui retourner l'interrogation : "Il faut lui demander ce qu'il en pense, lui dire qu'on a oublié la réponse et lui demander s'il peut vous aider. Les enfants adorent quand ils peuvent aider !".

Comment réagir quand on n'a pas envie de répondre ?

Quand on est occupé ou fatigué, on peut ne peut avoir envie de répondre à ses multiples interrogations. Dans ce cas, il ne faut pas culpabiliser. La première chose à faire est de "toujours valoriser et lui dire que sa question est intéressante". On lui dit ensuite pourquoi on ne peut pas lui donner de réponse immédiatement, en lui proposant d'en reparler plus tard. Si l'enfant est assez grand, on peut lui proposer de trouver la réponse dans un livre. D'autres fois, on peut ne pas vouloir donner suite à sa question, car elle est douloureuse. Florence Millot recommande de lui dire ce qu'on ressent, car "l'enfant peut le comprendre facilement".

Les questions des petits sur les parents

Les questions des petits sur les parents © Bayard Jeunesse

Ce petit livre dès 3 ans, permet de répondre de manière ludique aux questions des tout-petits. "Pourquoi faut-il obéir aux parents ?", "Pourquoi les parents veulent-ils des bébés ?" "Pourquoi je ne peux pas me marier avec mon papa ?", "Pourquoi les parents se disputent-ils ?", "Est-ce que quand je serai grand, je pourrai habiter avec papa et maman ?"... A travers cinq contes traditionnels et des bandes dessinées, petits et grands sont amenés à réfléchir et à discuter des liens qui les unissent, mais aussi de l'éducation et de leur place au sein de la famille.

Prix : 14,90 euros. Dès 3 ans, éditions Bayard Jeunesse

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