Pourquoi le modèle des soldes est-il remis en cause ?

Ils reviennent deux fois par an, allègent les portemonnaies et remplissent les dressings. Ils divisent aussi, et de plus en plus. Qui a inventé les soldes ? Pourquoi la formule est-elle maintenant controversée ?

Pourquoi le modèle des soldes est-il remis en cause ?
© 123RF / seventyfour74

Les soldes, ça vient d'où ?

C'est à Paris, dans les années 1830, que les soldes voient le jour. A l'origine, Simon Mannoury, un Normand qui ouvre un magasin d'étoffes et de confection dans le VIIème arrondissement de la capitale. Nommée Au Petit Saint Thomas, cette boutique est un lieu d'expérimentation pour l'entrepreneur, qui affiche les prix de ses produits, invite les clients à déambuler entre les rayons et instaure la vente par correspondance, autant de pratiques peu répandues à cette époque. Comme il rencontre le succès, il agrandit son catalogue de vente pour proposer toujours plus de références aux consommateurs, mais finit par se retrouver à la fin de chaque saison avec un sacré lot d'invendus sur les bras. Ce qui n'arrange pas ses affaires, puisqu'il souhaite renouveler l'offre de son échoppe fréquemment.

La solution qu'il trouve pour faire place nette à chaque début de saison ? Brader les pièces de la précédente juste avant d'installer la nouvelle collection. Une véritable réussite pour Simon Mannoury, qui vient d'inventer les soldes. Rapidement imité par les concurrents du commerçant, le concept se popularise au cours du XXème siècle avec l'essor de la société de consommation, les grands magasins, les enseignes et désormais, Internet.

En France, les soldes sont encadrés par une législation stricte : leurs dates de début (le deuxième mercredi de janvier et le dernier mercredi de juin) et leur durée (quatre semaines) sont fixées par le gouvernement. Des circonstances exceptionnelles, comme l'épidémie de coronavirus peuvent cependant chambouler ce calendrier bien établi.

Les soldes, un modèle contesté

Depuis plusieurs années, le modèle des soldes est remis en cause. Et pour cause : si les soldes ne représentent en tout que huit semaines par an, les marques peuvent proposer leurs collections à prix réduits à différentes occasions tout au long de l'année. Le seul impératif : ne pas utiliser le mot "soldes" dans leur communication. Elles parlent alors de "Journées privilèges", "Offres exceptionnelles", "Ventes privées" ou bien de "Black Friday", de "Cyber Monday" et de "Boxing Day". De quoi encourager les consommateurs à attendre l'une de ces nombreuses périodes de promotions pour acheter les vêtements qui leur font de l'œil. D'ailleurs en France, selon Kantar Worldpanel, 47% des vêtements, chaussures, sacs et linges de maison est acheté pendant les périodes de prix cassés.

Ces différentes semaines de remises sont aussi un excellent moyen pour les enseignes de provoquer l'acte d'achat. C'est sûr qu'avec 50% de réduction, n'importe quelle jupe Zara devient 1 000 fois plus flatteuse ! Le seul hic, c'est que si les marques jouent avec ce système de remises pour favoriser la consommation, cela signifie qu'elles ont intégré ce modèle de vente à leur business plan. Et donc, que pendant les périodes sans réductions, elles vendent des produits à des prix bien plus élevés que ce qu'ils devraient être. Autre limite induite par ces remises en cascade : elles encouragent les marques à proposer de plus en plus de produits, de collections et donc à tendre vers une surproduction. Ce qui n'est évidemment pas bon pour la planète, dont les ressources sont utilisées de façon intensive par la mode, considérée comme l'une des industries les plus polluantes.

Une alternative aux soldes ?

Les détracteurs des soldes, remises et rabais offrent plusieurs alternatives à ce modèle aujourd'hui à bout de souffle. Parmi celles-ci, proposer un vestiaire restreint de basiques immuables accompagné d'une série de pièces qui répondent plus spécifiquement aux tendances de la saison, comme Maison Standards.

Autre possibilité : produire en petites quantités uniquement et renouveler le stock une fois qu'ils sont épuisés, comme le propose Les Récupérables. Balzac Paris applique un principe différent. En fin de saison, les invendus ne sont pas soldés. Ils seront proposés à prix réduit un an plus tard, en même temps que la collection de l'année en cours. 

Enfin, et cette technique fait de plus en plus d'adeptes, créer à la commande. C'est le parti pris de MaisonCléo ou encore Réuni, qui proposent régulièrement de nouveaux modèles dont la production ne démarre qu'une fois que des clients les ont achetés. Pour l'instant, cette façon de faire à la demande séduit surtout les marques digitales qui peuvent être agiles en termes de production, mais ce système pourrait bien faire des émules !