Relation frère et sœur : comment savoir si tout va bien ?

Les relations fraternelles sont parfois difficiles à comprendre pour les parents. Pour mieux comprendre leur lien, une psychologue spécialisée répond à vos questions.

Relation frère et sœur : comment savoir si tout va bien ?
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Roseline Levy Basse est psychologue spécialisée dans les relations familiales. Co-auteure de La guerre des repas n'aura pas lieu, elle nous dévoile les dessous des relations entre sœurs, entre frères et sœurs, et de manière plus globale, s'exprime sur la façon dont interagissent la cellule familiale et la bulle de la fratrie.

Comment expliquer que les relations soient parfois difficiles entre frères et soeurs ?

Les enfants portent beaucoup de choses sur leurs épaules, voient et comprennent plus que ce que l'on imagine. Au point parfois d'essayer de "sauver" leurs parents, de les protéger de ce qu'ils ressentent. Et dans ces moments-là, les relations entre frères et sœurs peuvent se trouver compliquées. Il existe de nombreux mythes familiaux qui entourent les enfants et les relations qu'ils ont entre eux. L'un des plus courants est : "nos enfants s'entendent tous bien". On voit beaucoup de familles où les enfants ont l'air de très bien s'entendre en surface, mais qui finalement font face à des problèmes qu'ils ne révèlent pas par loyauté pour leurs parents. Mais souvent, ce mythe transmis au fil des générations se fragilise. A la manière d'une cocotte qui enfle et qui finit par voir son couvercle sauter. On s'en rend compte au décès des parents, tout à coup la fratrie se déchire sans que rien n'ait pu le prédire. On s'aperçoit alors que les enfants ont tout fait pour maintenir le mythe de la fratrie qui s'entend bien, mais qu'au départ des parents, tout s'effondre. 

La jalousie entre frères et sœurs est-elle fréquente ? 

Le terme jalousie est compliqué dans la famille. En théorie, la jalousie, c'est être envieux de ce que l'autre possède et que l'on n'a pas. Mais dans le cercle familial, c'est différent. La jalousie est plutôt placée du côté de la reconnaissance. Souvent l'enfant qui va bien en apparence peut souffrir de ce type d'envie. Parce qu'il fait de gros efforts, il donne beaucoup de lui-même pour épargner ses parents, faire en sorte que tout se passe bien pour ne pas les alourdir, et ne retire pas suffisamment de reconnaissance. Il est celui que l'on regarde le moins, qui a le moins d'attention, alors qu'il a l'impression d'être celui qui "donne" le plus. Cet enfant-là est d'ailleurs souvent vu par les parents sous un aspect critique : on le trouve égoïste, parce qu'il se met en retrait, pour se protéger. Mais les parents ne voient pas toujours ce qu'il fait pour la cellule. 

Comment savoir si la relation de mes enfants est équilibrée ou toxique ? 

Le terme toxique n'est pas très approprié. Mais il renvoie à quelque chose de dysfonctionnel, de souffrant. Les signes qui peuvent alerter sont des comportements indicibles, invisibles, peu officiels entre les enfants. Des coups bas, en quelque sorte, à répétition. Cela peut s'exprimer sous forme de rabaissement, de dévalorisation, de mauvaise foi aussi. Et c'est quand un enfant exprime un grand sentiment d'injustice que l'on s'aperçoit que quelque chose ne va pas. Il faut alors l'écouter. D'abord, une fratrie ne fonctionne pas de façon indépendante. Donc, pour comprendre si le rapport entre les enfants est équilibré, ou s'il ne l'est pas, il faut voir plus large et s'intéresser aux relations qu'entretiennent les parents avec les enfants. Dans tout système familial, il existe un équilibre, c'est un processus par lequel le "groupe" va maintenir sa cohérence. Autrement dit, si un enfant porte des problématiques particulières, tout l'équilibre s'y ajuste. Par exemple : un enfant de la fratrie va mal, naturellement les parents vont diriger l'essentiel de leur attention sur lui. Ce que l'on constate alors chez les autres enfants est intéressant : ces derniers ont tendance à s'effacer, donner l'impression que tout va bien, pour ne pas en rajouter aux parents. Ces enfants continuent d'avoir des problèmes eux aussi, mais ils mettent tout en sourdine. Et souvent, quand celui qui cristallisait les soucis va mieux, le système bascule, les autres se mettent soudainement à ne pas aller bien. Tout est lié au comportement des parents. 

Relation compliquée entre frères et sœurs : comment réagir ? 

Quand le sentiment d'injustice devient trop envahissant pour l'enfant et qu'il le formule à répétition, je conseille aux parents de recentrer leur attention sur l'enfant qui ne cristallise pas les problèmes, et de souligner tout ce qu'il fait de bien, de le remercier. Parfois, un peu d'observation peut suffire à apaiser les choses. 

La rivalité est-elle problématique entre frères et sœurs ?

La rivalité est normale, voire essentielle. Elle permet la différenciation des enfants, elle permet de mettre des limites entre "ce qui est toi et ce qui est moi", elle est à l'origine de l'individuation. Ressentir une forme de rivalité permet d'apprendre à vivre avec la différence. Si on est tous sur le même pied d'égalité dans la fratrie, cela devient compliqué de se différencier de l'autre. Or, quand on se sent différent de l'autre, on s'affirme, on devient quelqu'un d'unique et on gagne confiance en soi. On se compare moins à son frère ou sa sœur aussi, puisqu'on se définit par sa différence. Bref, la rivalité est logique et constructive entre deux frères et sœurs, elle permet de poser ce qui appartient à chacun. 

Dans le cas de jumeaux, le rapport est-il différent ?

Les jumeaux ont tendance à évoluer dans une bulle. Ils constituent une entité à part, au point parfois d'avoir leur propre langage. Et chaque enfant prend un rôle dans leur cellule. L'enjeu pour eux, est aussi de parvenir à s'individualiser, à se différencier de l'autre. Cette tâche qu'ont tous les enfants est encore plus complexe et ardue pour des jumeaux. Ils doivent travailler à ne pas faire qu'un et à avoir des fonctions, des caractères, des perceptions distinctes. Les parents peuvent les aider dans ce processus. 

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