Que faire en cas de maltraitance infantile ?

Quels sont les signes qui doivent alerter et comment réagir face à un cas de maltraitance infantile ? Conseils et numéros d'urgence.

Que faire en cas de maltraitance infantile ?
© Tatyana Tomsickova-123rf

Enfance maltraitée : les chiffres

Entre 2012 et 2016, 363 sont décédés sous les coups de leurs parents, soit un enfant qui meurt tous les cinq jours, précise l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) dans un rapport remis au gouvernement le 25 avril 2019. Aussi, "c'est dans les premiers âges de la vie que les enfants sont le plus exposés aux violences intrafamiliales", déplorent les experts. En effet, plus de la moitié des victimes avaient moins d'un an et la majorité présentaient le syndrome du bébé secoué. Le rapport souligne que les pères sont principalement responsables de la mort des nourrissons (SBS) et qu'il existe "un lien très fort entre la violence conjugale et les violences commises sur les enfants". Par ailleurs, selon les chiffres d'associations spécialisées dans la protection de l'enfance, 44 % des enfants maltraités sont âgés de moins de 6 ans, et dans 60 % des cas de maltraitance sexuelle, l'agresseur fait partie de la famille des victimes. Quels sont les signes et les gestes à adopter pour venir en aide aux victimes de maltraitance infantile. Quelles sont les recommandations pour mieux prévenir les situations à risque ? On fait le point pour savoir réagir en cas de besoin.

Qu'est-ce que la maltraitance infantile ? 

Il existe plusieurs types de maltraitances chez un enfant. Selon l'Observatoire Décentralisé de l'Action Sociale, "l’enfant maltraité est celui qui est victime de violences physiques, de cruauté mentale, d'agressions sexuelles, de négligences lourdes ayant des conséquences graves sur son développement physique et psychologique".

Que faire en cas de maltraitance infantile ? 

Face à ces maltraitances, les Français ne savent pas comment réagir et n'en parlent pas à leur entourage. Une récente étude publiée par l'association l'Enfant Bleu montre que 14 % des Français déclarent avoir été victimes de maltraitances durant leur enfance et 60% d'entre eux ne se sont confiés à personne. Selon les chiffres, parmi les 45 % de Français qui soupçonnent un cas de maltraitance dans leur entourage, 39 % s'adresseraient directement aux parents de l'enfant, autrement dit à la personne susceptible d'être l'agresseur. Le bon réflexe à avoir en cas de soupçons est tout d'abord d'observer l'enfant et d'en parler à d'autres personnes pour comparer vos impressions. Ceci évitera de faire des suppositions et de dramatiser la situation. Si vous êtes proche de l'enfant, faites-lui comprendre qu'il peut se confier à vous s'il a envie ou besoin de parler et que vous pouvez l'aider. Enfin, composez le 119 Allô Enfance Maltraitée si vous souhaitez en discuter avec des personnes compétentes qui vous orienteront alors sur ce qu'il faut faire selon la situation.

Quels signes doivent alerter ? 

Il n'est pas évident de reconnaître un cas de maltraitance chez un enfant, celui-ci étant souvent traumatisé, il garde le secret de peur de représailles. Il peut également avoir honte et parfois même se sentir coupable parce qu'il peut penser qu'il est responsable de la violence subie. 

  • Pour bien repérer les signaux de maltraitances physiques, il est important de vérifier à la fois les signes perceptibles (bleus, coups, brûlures, blessures, lacérations, maigreur...) ainsi que les troubles du comportement (méfiance, passivité ou agressivité, angoisses, tristesse permanente...).
  • Idem en cas de violences sexuelles. Dans ses paroles ou à travers ses dessins, l'enfant peut dévoiler des comportements à caractère sexuel. Par ailleurs, d'autres symptômes doivent alerter tels que des douleurs ou des démangeaisons situées sur les parties génitales, des difficultés d'attention, de mauvaises relations avec ses camarades et des discours à connotation sexuelle.
  • Enfin, les absences de soins et négligences chez un enfant sont une autre forme de maltraitance. En cas de faim constante, d'hygiène défectueuse, de vêtements peu adaptés ou de manques de soins médicaux... l'enfant peut alors avoir un changement de comportement : fatigue et somnolence, difficultés à rester attentif, vol de nourriture, chute des résultats scolaires...
Qu'en est-il des professionnels ? Selon le rapport de l'IGAS, la protection de l'enfance présente des défaillances. "Plus de la moitié des enfants concernés par l'étude avaient subi avant leur mort des violences graves et répétées et, souvent, des signes de violences avaient été repérés par des professionnels", précise l'enquête. Ce qui signifie que de nombreux enfants auraient pu être sauvés si les signaux d'alerte visibles avaient fait l'objet d'une synthèse. L'Inspection générale des affaires sociales recommande par conséquent de mieux organiser l'échange des informations au sein de chaque service médico-social, de l'éducation nationale, de la police ou de la justice et entre ces services. 

Qui contacter en cas de maltraitance ? 

  • Le 119 est le Service National d'Accueil Téléphonique de l'Enfance en Danger (SNATED). Il s'agit d'un numéro gratuit qui permet de déclarer un cas de maltraitance et d'obtenir les réponses à vos questions en cas de suspicion, grâce à une cinquantaine de professionnels de l'enfance. Si ces derniers repèrent une situation de danger, un rapport est alors envoyé à la Cellule de Recueil des Informations préoccupantes du département qui suivra ensuite le dossier et pourra intervenir en cas de besoin.
  • Vous pouvez également contacter les services sociaux de votre ville afin de prévenir d'un cas de maltraitance sur un enfant, ou en cas de danger, contacter la police. Attention cependant à ne pas en discuter directement avec les parents : dans la majorité des cas, ce n'est pas le bon réflexe à avoir ! En effet, vous vous adressez à la personne que vous soupçonnez le plus. De manière logique, les parents n'admettrons jamais être responsable de ce que vous avancez alors mieux vaut contacter des professionnels de la petite enfance.
  • L'association Enfance et Partage propose également un numéro gratuit et anonyme, le 0800 05 1234. Cette ligne d'écoute, de soutien, de conseil et d'orientation est ouverte du du lundi au vendredi de 10h à 18h, pour les victimes mineures et les témoins de violences faites aux enfants.  

AlerterPourSauver : une appli contre la maltraitance infantile

Pour permettre aux victimes de sortir du silence et inciter les proches à leur venir en aide, l'Enfant Bleu lance l'appli AlerterPourSauver.org. L'objectif : permettre à tout enfant maltraité ou à un témoin - grâce à un système de géolocalisation - de trouver au plus proche de chez lui et le plus rapidement possible un interlocuteur ou une institution qui pourront l'aider. L'appli #AlerterPourSauver propose également un espace d'information sur la maltraitance et les moyens d'agir selon que l'on soit victime, témoin ou professionnel de santé.

"Ca va ?" La campagne de sensibilisation d'Enfance et Partage

Jeune garçon au doux yeux bleus, Paul répond toujours "ça va" quand on prend de ses nouvelles. Et pourtant, Paul est en souffrance : victime de violences de la part de son père, il cache un gros hématome sous son bonnet. A la maison, à la boulangerie ou à l'école, il répond toujours que tout va bien. Et pour cause, les victimes de violences cachent bien souvent la réalité. "Parce qu'un enfant ne parle pas des violences qu'il subit, c'est à nous de le faire" précise l'association Enfance et Partage dans son clip vidéo, qui vise à sensibiliser le grand public aux violences faites aux enfants. 

Quelles solutions pour prévenir les risques ? 

Dans son rapport, l'IGAS propose une série de recommandations visant à mieux repérer et prévenir les situations qui représentent un danger pour l'enfant. Afin de connaître les causes des décès, une autopsie médico-légale doit être réalisée sur tous les enfants de moins d'un an décédés de mort inexpliquée. Pour faciliter le repérage des enfants maltraités, le rapport recommande de mettre en place un carnet de santé numérique de l'enfant, ainsi qu'un examen médical en milieu scolaire (sans la présence des parents) et enfin, un suivi renforcé de l'absentéisme des élèves. Quant aux services sociaux, ils devront analyser plus en détail les situations familiales. "La violence conjugale, les addictions de toutes sortes et les troubles de la personnalité importants sont des données qui doivent susciter la plus grande vigilance chez tous les acteurs de la protection de l'enfance − services sociaux et médicaux, personnels de l'éducation nationale, enquêteurs et magistrats. La présence de ces facteurs chez un des parents de l'enfant nécessite des investigations et une évaluation pluridisciplinaire", précise le rapport. Enfin, La mission recommande un renforcement des actions de préparation à la parentalité, notamment pour les pères, ainsi qu'un accompagnement des femmes qui prennent une contraception afin de prévenir les grossesses non désirées et la maltraitance des enfants.

Que faire en cas de maltraitance infantile ?
Que faire en cas de maltraitance infantile ?

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