"Les enfants grandissent trop vite" : ce n'est pas qu'une impression, voilà comment la science l'explique

Pourquoi une année d'école semble durer une éternité pour votre enfant, mais passe comme un battement de cils pour vous ? Rassurez-vous, vous n'êtes pas fou : notre cerveau possède des mécanismes bien précis qui expliquent pourquoi les petits grandissent (vraiment) trop vite.

"Les enfants grandissent trop vite" : ce n'est pas qu'une impression, voilà comment la science l'explique
©  badnews

"Ils grandissent trop vite." Aucun parent sur Terre n'est passé à côté de ce sentiment universel, presque viscéral. Vous rangez ses vêtements en taille 3 ans alors que vous jureriez l'avoir ramené de la maternité hier, vous le regardez entrer au lycée alors que vous vous souvenez encore de sa première chute à vélo... Non, vous n'êtes pas fou : cette impression est scientifiquement prouvée. Mathématiciens, philosophes, physiciens, neuroscientifiques et psychologues du monde entier se sont penchés sur cette sensation commune à presque tous les parents. Les explications sont nombreuses, et se rejoignent toutes. 

D'abord, il y a la théorie de la proportionnalité. Les travaux du chercheur en biomathématique Christian Yates, qui s'appuient sur ceux du philosophe français Paul Janet, montrent que notre cerveau évalue le temps en le comparant inconsciemment à la durée de notre vie. Ainsi, pour un enfant de 5 ans, une année représente 20 % de son existence. Une part immense de tout ce qu'il connaît, et c'est pourquoi l'attente entre deux anniversaires lui semble interminable. Mais pour un parent de 40 ans, cette même année ne représente plus que 2,5 % de sa vie, une part bien plus insignifiante. Ce principe ne s'applique d'ailleurs pas qu'aux parents, d'où l'adage universel selon lequel "la vie est courte"

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Au-delà des chiffres, notre biologie est aussi responsable. Dans une étude baptisée Pourquoi les jours nous semblent plus courts à mesure que nous vieillissons, le physicien Adrian Bejan explique que notre esprit mesure le temps à travers une suite d'images mentales. Un cerveau jeune traite les informations beaucoup plus rapidement qu'un cerveau adulte. C'est comme si l'enfance était filmée en "slow motion" à 120 images par seconde : chaque journée regorge de détails, alors que l'adulte filme plutôt sa vie en 24 images par seconde. Comme nous enregistrons moins d'images inédites dans le même temps, nous avons l'impression que le film s'accélère.

Un concept que les neurosciences viennent également confirmer. Le chercheur David Eagleman a démontré que notre cerveau mesure le temps écoulé grâce au nombre de nouveaux souvenirs créés. Contrairement à l'enfance qui est une suite ininterrompue de "premières fois", la routine prend vite le dessus à l'âge adulte. Le cerveau automatise la majorité des tâches quotidiennes pour économiser de l'énergie. Lorsque l'adulte regarde en arrière, il trouve beaucoup moins de nouveaux souvenirs marquants et conclut donc que "le temps a filé en un clin d'œil".

Enfin, au-delà de notre perception interne, il existe un facteur sociétal bien réel. Dans son livre Vos enfants ne sont pas des grandes personnes, la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer alerte sur le raccourcissement du temps de l'enfance. L'accès précoce aux écrans, le flux d'informations continu et notre tendance moderne à traiter les enfants comme des adultes miniatures bousculent leur développement. Les petits adoptent les codes des adolescents de plus en plus tôt. En voyant un enfant de 8 ans mimer les attitudes d'un jeune de 14 ans, le sentiment du parent se confirme : le temps de l'insouciance est visiblement plus court. Finalement, si le temps file si vite à leurs côtés, c'est peut-être le plus beau signe qu'il est temps de ralentir le nôtre.