"Avocat ou médecin ?" : une coach en orientation explique pourquoi il faut arrêter de pousser les enfants vers certains métiers

Entre prestige social et sécurité financière, certains métiers sont le Graal pour les parents qui veulent voir leurs enfants réussir dans la vie. Pourtant, ce ne sont pas forcément les meilleures voies d'avenir, comme nous l'explique Sylvie Bremond Mookherjee.

"Avocat ou médecin ?" : une coach en orientation explique pourquoi il faut arrêter de pousser les enfants vers certains métiers
© NanoBanana2

C'est un passage obligé pour tous les ados : l'éternelle angoisse de l'orientation. On demande de plus en plus tôt aux collégiens ou lycéens ce qu'ils souhaitent faire plus tard, et en toute logique, les parents sont leurs premiers guides vers ce monde du travail qu'ils ne connaissent pas. Bien que le marché de l'emploi évolue avec les générations, certaines croyances persistent avec le temps... Pour beaucoup, les métiers d'avocat ou de médecin, chirurgien ou dentiste restent les plus prestigieux de tous, des valeurs sûres tant pour le statut social que pour la sécurité financière future

"Le problème, c'est que les parents ont tendance à projeter leur propre expérience, leurs échecs ou leurs peurs", nous rappelle Sylvie Bremond Mookherjee, ancienne DRH devenue coach en orientation et professeure à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Mais dans un monde qui change à toute vitesse, ces filières "royales" ne sont plus le Saint-Graal qu'elles ont pu être. Selon l'experte, ce n'est pas forcément vers ces voies qu'il faut diriger les jeunes. D'après Sylvie Bremond Mookherjee, "ces métiers très structurés et très conformistes" sont justement "ceux qui vont être le plus remis en question, le plus bousculés par l'IA". Car oui, le coupable, c'est bien l'intelligence artificielle, mais pas seulement ! 

"Les métiers pour lesquels ça va être le plus difficile, ce sont les métiers qui sont définis avec un diplôme précis. Avocat ou médecin, c'est 7 années d'études minimum, mais qui vont être complètement concurrencées par la mémoire immédiate de l'IA", alerte la spécialiste de l'orientation. En effet, plus les études sont basées sur l'accumulation de savoir technique, plus le métier sera facile à court-circuiter pour une machine qui peut traiter ce travail de "par cœur" en quelques millisecondes. D'autant que dans les années à venir, l'IA ne va cesser de s'améliorer et de pallier à ses lacunes qu'on connaît aujourd'hui. Finalement, ce sont les filières les plus techniques qui s'avèrent les plus vulnérables face à ChatGPT. 

Évidemment, cela ne signifie pas qu'il ne faut plus faire d'études. Sylvie Bremond Mookherjee conseille : "Je rassurerais les parents en leur disant de pousser leurs enfants vers des domaines ou des types de métiers, mais pas vers des métiers fermés, qui étaient pourtant jusqu'à présent les plus prestigieux", préconise ainsi la coach, également autrice du livre Travail plaisir, c'est possible dans le monde qui change. D'ailleurs, l'IA n'est pas le seul obstacle à ces voies "fermées" qui reposent sur un unique diplôme. Selon l'Insee, on exerce aujourd'hui quatre à cinq métiers différents au cours de sa vie professionnelle : face à cette réalité, "mieux vaut choisir des formations qui ouvrent à plusieurs métiers, à un secteur plus large."

Bien sûr, Sylvie Bremond Mookherjee nous rassure : ces métiers ne vont pas disparaître, mais vont être totalement redéfinis pour s'articuler autour de cette révolution. "On peut imaginer qu'un médecin devienne finalement un coach en santé, qu'un avocat devienne plutôt un coach juridique. C'est-à-dire qu'il va aider les gens qui vont trouver des réponses d'eux-mêmes sur l'IA, mais qui auront besoin d'être orientés", explique la spécialiste de l'orientation. Le temps libéré par les robots qui posent les diagnostics ou rédigent les contrats devra alors être réinvesti dans ce que la machine n'a pas : l'intelligence émotionnelle, l'éthique, et l'écoute humaine. En clair, dans les métiers de demain, le "savoir-être" détrône le "savoir".