Les pluies jaunes et les carrosseries recouvertes de sable sont des phénomènes météo désormais bien connus du grand public. Pourtant, une étude scientifique publiée en février dans la revue Environmental Microbiology par les chercheurs du CEAB-CSIC et du CREAF révèle une réalité bien plus fascinante. Pendant trente ans, de 1987 à 2014, ces écologues ont minutieusement scruté les gouttes de pluie tombées au cœur des forêts du massif du Montseny, en Catalogne, pour comprendre ce que le ciel nous apporte.
Pour s'assurer de ne pas fausser les résultats avec la pollution de nos villes, les scientifiques ont récolté cette eau en altitude, là où les nuages ne brassent que l'air venu de très loin. Dans leurs laboratoires, ils ont décrypté l'ADN caché dans ces précipitations pour le comparer aux sables d'Afrique du Nord. En croisant ces données avec la science de la météo, de puissants ordinateurs ont ensuite retracé le voyage impressionnant de ces masses d'air sur des milliers de kilomètres. Le résultat est sans appel : les vents du sud amènent en Europe des millions de bactéries et de champignons venus directement des déserts africains. Ce petit monde flotte en permanence dans notre atmosphère, formant un nuage vivant qui transporte parfois des maladies pour les plantes et des résistances aux antibiotiques.
Joan Cáliz, chercheur au CEAB-CSIC, explique : "Ce phénomène s'explique par la capacité de ces particules, soulevées dans le Sahara près de la zone de basse pression du front intertropical, à monter très haut dans l'atmosphère et à y rester en suspension, tel du plancton, en ne retombant que très lentement." Une découverte exceptionnelle rendue possible par la persévérance de l'équipe, comme le rappelle sa collègue Anna Àvila : "Ces connaissances n'auraient jamais pu être acquises plus tôt en raison de la difficulté à financer des programmes de recherche sur le temps long."
Emili Casamayor, directeur de l'étude, rappelle que cette vie tombée du ciel a un double visage : elle aide la nature en fertilisant les sols les plus pauvres, mais elle peut aussi déclencher des allergies chez l'humain. Avec le réchauffement climatique et la multiplication des épisodes de sécheresse, cette circulation atmosphérique va forcément s'intensifier. Ainsi, quand le ciel prendra de nouveau cette couleur moutarde au-dessus de nos toits, vous saurez qu'il vaut mieux mettre votre voiture à l'abri... et peut-être aussi fermer vos fenêtres face à cet invisible trafic.