À partir de combien d'années les hommes envisagent l'infidélité ?
Réponses et analyse par notre experte contributrice et thérapeute de couple, Virginie Clarenc.
L'infidélité ne surgit jamais par hasard. Elle s'inscrit souvent dans une histoire, un contexte, une dynamique relationnelle qui s'est transformée avec le temps. Une étude publiée dans le Journal of Sex Research s'est penchée sur la question du moment où le risque d'infidélité augmente dans les couples de longue durée.
La routine n'est pas la seule explication à l'infidélité
Sur le plan biologique, certaines recherches montrent que la nouveauté stimule les circuits dopaminergiques du désir. Avec les années, certaines personnes peuvent ressentir une forme de "platitude dopaminique". "Ce phénomène n'explique pas tout, mais il permet de comprendre pourquoi la répétition du quotidien peut devenir une zone de vulnérabilité", nuance Virginie Clarenc, thérapeute conjugale. Toutefois, réduire l'infidélité à l'ennui ou à la lassitude serait réducteur. Dans son travail, la sexologue observe surtout des enjeux d'estime de soi et de reconnaissance. "L'infidélité est souvent utilisée comme une tentative de restaurer une estime fragilisée. Beaucoup d'hommes expriment un besoin de se sentir vivants, désirables, reconnus, plus qu'un réel manque sexuel."
Les styles d'attachement jouent également un rôle clé. "Les hommes ayant un attachement évitant ou désorganisé sont plus à risque d'utiliser la sexualité comme une forme de régulation émotionnelle", commente la thérapeute. Dans ces cas-là, l'infidélité ne traduit pas nécessairement un manque d'amour pour la partenaire, mais une difficulté à tolérer la proximité émotionnelle, à exprimer ses besoins ou à traverser les périodes de vulnérabilité au sein du couple. "Le problème n'est pas toujours la relation en elle-même, mais l'absence d'outils psychiques pour créer un lien intime sécurisé et durable."
Après 10 ans de relation : une période de vie charnière
D'après l'étude du Journal of Sex Research, chez les hommes, le risque d'infidélité serait plus élevé après environ 11 ans de relation, tandis que chez les femmes, le pic surviendrait plus tôt, entre 6 et 10 ans. Pour la sexologue, ce chiffre ne doit pas être lu comme une fatalité. "Il est essentiel de rappeler qu'il s'agit d'une corrélation et non d'un lien de causalité. Ce n'est pas la durée en elle-même qui provoque l'infidélité, mais ce qui s'est joué – ou non – pendant ces années de vie commune", débute-t-elle. Dès lors, on ne trompe pas parce qu'un compteur d'années s'active, mais parce que certaines fragilités se sont installées, parfois silencieusement, au fil du temps.
Autour de 10 ou 11 ans de relation, beaucoup de couples traversent une étape de vie exigeante : parentalité installée, pression professionnelle, fatigue chronique, responsabilités multiples. "Chez certains hommes, cela réactive des questions identitaires profondes : Qui suis-je aujourd'hui, en dehors de mon rôle de conjoint, de père, de professionnel ?", observe Virginie Clarenc. L'infidélité peut alors apparaître comme une réponse illusoire à un malaise intérieur, moins comme une fuite du couple que comme une tentative de se retrouver soi-même, sans passer par la vulnérabilité d'un dialogue intime. Autre point essentiel, l'infidélité n'est plus un sujet exclusivement masculin. "Les différences entre hommes et femmes s'amenuisent. On observe aujourd'hui une convergence des motivations : quête de stimulation, lassitude conjugale, besoin de reconnaissance, surcharge mentale", souligne la sexologue. Certaines passent à l'acte, d'autres non.
Peut-on réellement prédire un moment où le risque d'infidélité augmente ? Pour Virginie, la réponse est claire : "L'infidélité est toujours multifactorielle. Elle est rarement le problème en soi, mais plutôt le symptôme d'un malaise, d'un effritement du dialogue ou d'une difficulté à affronter la vulnérabilité." Comprendre ces mécanismes ne revient pas à excuser l'infidélité, mais à mieux penser le couple comme un processus évolutif, qui nécessite des ajustements constants, du dialogue et une redéfinition régulière du désir.