Donneuse de lait pour grands prématurés, Eléa nous raconte ce geste "qui sauve des petites vies"
Eléa, 28 ans et maman pour la première fois, a décidé de faire don de son lait maternel pour venir en aide aux grands prématurés. Un parcours solidaire et profondément important à ses yeux, qu'elle a accepté de nous raconter.
"J'ai la chance d'avoir un bébé qui est né en bonne santé, mais ce n'est pas le cas de tous." À 28 ans, Eléa est devenue maman pour la première fois, d'un petit garçon qui fait son bonheur au quotidien. Elle a fait le choix de l'allaiter, et compte bien continuer "tant que c'est possible". Mais en parallèle, elle nourrit aussi d'autres nouveaux-nés... qu'elle ne connaît pourtant pas. Très vite, la jeune femme s'est rendue compte qu'elle produisait une quantité de lait maternel supérieure aux besoins journaliers de son fils. Elle a donc décidé d'en faire don.
Peu de personnes le savent, mais il est possible de donner son lait comme on donne son sang, dans le même objectif : sauver des vies. "Malheureusement le don de lait n'est pas médiatisé, mais les prématurés ont besoin de lait maternel et uniquement de lait maternel. Ils n'ont pas tous la force de téter et donc de mettre en place la lactation avec leur maman", explique Eléa. De son côté, elle a découvert cette possibilité après être "tombée sur une publication sur les réseaux d'une Américaine qui vendait son lait". Choquée, elle en parle à sa sage-femme, qui lui mentionne donc l'existence des lactariums.
"Ils me fournissent des contenants stériles dans une poche sous vide. Puis, j'ai des étiquettes à coller dessus avec la quantité, la date et l'heure du tirage. Et ensuite, je congèle et les collectrices me contactent", nous précise Eléa, qui fait le déplacement dans un hôpital proche de chez elle pour déposer ses biberons une fois par mois. "Cela peut paraître contraignant pour certaines, mais comme je tire quoi qu'il arrive mon lait depuis que j'ai repris le travail, ça ne change strictement rien dans ma routine. Dans tous les cas, je tirerais mon lait pour faire des stocks pour mon fils. Sachant que je produis plus que ce qu'il ne consomme, autant en faire profiter des petits bébés qui en ont besoin", confie la jeune coiffeuse.
Bien sûr, le processus n'est pas si simple : il faut s'assurer que la donneuse est en bonne santé. "C'est destiné à des bébés qui ne font même pas un kilo. On n'a pas le droit à l'erreur !", explique Eléa, qui a donc dû faire quelques démarches. D'abord, un questionnaire détaillé sur sa situation médicale et celle de son enfant, qu'il a ensuite fallu faire approuver et signer par un médecin. Puis, lors de son premier dépôt de lait, une prise de sang a été réalisée pour un test sérologique. Le reste, c'est le lactarium qui s'en occupe : un prélèvement est effectué dans chaque biberon donné, qui est ensuite pasteurisé et recongelé.
Pour Eléa, ces petits efforts valent bien le coup face à l'importance de son geste : "C'est un don qui sauve des petites vies qui ont à peine démarré. [...] Déjà avant, c'était le genre de situation qui pouvait me bouleverser, mais en tant que maman, quand on voit des bébés qui ne sont pas en forme, ça touche encore plus parce qu'on fait un transfert. Je me dis que mon bébé aurait pu naître comme ça. Et si un jour ça m'arrive, je serais bien contente qu'il y ait d'autres mamans pour aider. On n'en parle pas beaucoup, mais on manque vraiment de dons de lait pour les prématurés."
Bien sûr, toutes les femmes ne produisent pas suffisamment de lait pour nourrir à la fois leur enfant et ceux des autres, ou ne peuvent tout simplement pas gérer cette logistique, mais Eléa espère convaincre d'autres mamans de se lancer : "Certes, c'est une organisation. Je ne vous cache pas que c'est fatigant, mais j'arrive à le faire alors que je travaille parfois plus de 10 heures par jour. Après, si j'ai un deuxième, un troisième enfant, peut-être que je ne pourrais plus car c'est un autre rythme. Mais je suis convaincue des bienfaits de l'allaitement. Et le don, c'est pareil. Tant que je peux continuer, je le ferai."