Jhon Rachid : "les jeunes majeurs peuvent s'en sortir, ils ont des cartes à jouer"

Placé en foyer à l'âge de 7 ans, le Youtubeur, humoriste et comédien Jhon Rachid se confie sur son parcours d'enfant placé. Portrait.

Jhon Rachid : "les jeunes majeurs peuvent s'en sortir, ils ont des cartes à jouer"
© Jhon Rachid

A 37 ans, Jhon Rachid, pseudonyme de Mohamed Ketfi, est un youtubeur, comédien, humoriste et auteur de bande dessinée. Un succès qui n'était pas forcément gagné d'avance puisqu'il a été placé en foyer à l'âge de 7 ans jusqu'à l'aube de sa majorité. Aîné de sa fratrie, ses parents n'avaient pas les moyens financiers suffisants pour subvenir à ses besoins. Son frère et sa soeur seront d'ailleurs placés à leurs tours quelques années plus tard, alors que lui s'apprête à en partir. Ce qui lui a permis de sortir du lot ? "L'énergie du désespoir. C'est grâce à elle qu'on s'en sort. Quand je suis sorti de l'adolescence, je n'avais pas d'argent. Du coup, je ne pouvais rien faire avec mes potes, alors je me suis bougé et j'ai commencé à travailler. Je pense que certains ont besoin de toucher le fond pour pouvoir rebondir" confie Jhon Rachid.

"Si j'ai réussi à me cultiver et à faire tout ce que j'ai entrepris c'est grâce aux exemples que j'ai reçus"

"Les rencontres faites durant l'enfance aussi forgent et aident à viser plus haut", estime le comédien. En effet, si "on ne peut pas parler concrètement aux enfants car ils n'ont pas de recul. Ce qui fonctionne en revanche, c'est l'exemple à travers les rencontres. Si j'ai réussi à me cultiver et à faire tout ce que j'ai entrepris, c'est d'ailleurs grâce aux exemples que j'ai reçus. Et notamment, grâce à un éducateur algérien très cultivé qui nous apprenait à jouer aux échecs, nous racontait des histoires et auquel je me suis identifié". Ce qu'il aimerait que les jeunes intègrent : que si cela a marché pour d'autres, c'est possible. Ils peuvent s'en sortir, ils ont des cartes à jouer.

SOS Villages d'Enfants : "un partenariat du cœur"

Jhon Rachid soutient l'association SOS Villages d'Enfants. "j'ai moi-même grandi en foyer de mes 7 ans à mes 17 ans. Ce n'était pas comme SOS Villages d'Enfants, puisque j'étais dans un foyer classique avec éducateurs, etc.". Néanmoins, quand l'association l'a contacté, ça lui a parlé, "j'ai évidemment accepté tout de suite" se souvient-il. "Elle avait eu vent de mes vidéos et de ma bande dessinée et m'a demandé si ça m'intéressait d'aller discuter avec les enfants placés afin qu'ils aient un exemple de ce qu'on peut devenir." Et, de leur concéder que "oui, c'est dur, chiant, mais qu'on peut y arriver après". D'ailleurs, au fil du temps, entre Jhon Rachid et SOS Villages d'Enfants, c'est devenu "un partenariat du cœur", comme il le définit lui-même.

Jhon Rachid, de ses vidéos Youtube à la B.D

Professionnellement, c'est en écrivant que Jhon Rachid se réalise. "Tout ce que j'ai entrepris, c'est par le biais de l'écriture. Même sur Youtube, je n'ai jamais rien improvisé. Un jour, j'ai écrit et fait ma vidéo intitulée "J'ai grandi en foyer" dans laquelle je racontais mon enfance. Elle avait bien marché et un éditeur m'a proposé de faire une bande dessinée. J'adore les BD, j'y raconte d'ailleurs que petit, j'en lisais tout le temps. Intitulée "Comme on peut" (Ed. Michel Lafon) et illustrée par le dessinateur Leni malki, elle se décline en quatre tomes".

Les jeunes majeurs n'aspirent qu'à quitter le foyer, "y compris quand ils n'ont nulle part où aller"

Concernant les dernières mesures mises en place par le gouvernement au sujet des jeunes majeurs, le comédien et auteur estime qu'il est en effet "hyper important de mettre fin aux sorties sèches". "Moi, j'ai été lâché à 17 ans et demi. À cause de moi, de mes conneries, de mon ras-le-bol, mais quand je suis parti du foyer, je n'avais rien", relate-t-il. Et d'ajouter que, "ne pas lâcher les jeunes à peine majeurs dans la nature, éviterait beaucoup de drames. Un grand nombre finit notamment à la rue". Heureusement, il y en a pour qui ça fonctionne et l'insertion se fait parfaitement. Mais, pour beaucoup d'autres, comme ce fut le cas pour lui, "après avoir passé leur vie au foyer, dès qu'ils atteignent la majorité, ils n'aspirent qu'à une seule chose : en partir pour se sentir enfin libres. Y compris quand ils n'ont nulle part où aller ou que c'est la misère chez eux". Résultat, ils n'ont pas toujours envie de continuer à être accompagnés, même de loin. Pour autant, selon le comédien, "les écouter, les accompagner, leur proposer des solutions, est bien mieux que d'opter pour des sorties sèches". L'association Villages d'Enfants a établi un cadre plus familial, plus humain mais, qui ne s'applique qu'aux fratries placées. "Ce serait bien d'essayer de recréer cette ambiance au sein des autres foyers", suggère Jhon Rachid. Enfin, même si ce n'est pas évident, tous ont une histoire différente et compliquée, il appelle les politiques à "faire preuve de plus d'humanité et de moins de froideur administrative car ce sont des enfants et non de simples chiffres ou statistiques". Heureusement, pondère-t-il, "au sein des foyers et associations, il y a des humains qui essaient".