Syndrome du nid vide : c'est quoi, que faire ?

Lorsque les enfants quittent le domicile familial, certains parents souffrent de cette absence, au point parfois de basculer dans une forme de dépression. On appelle cela le syndrome du nid vide. La psychiatre et psychanalyste Sylvie Angel explique de quoi il s'agit.

Syndrome du nid vide : c'est quoi, que faire ?
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Syndrome du nid vide : qu'est-ce que c'est ?

"Aujourd'hui nous ne sommes plus dans un schéma de familles claniques" introduit Sylvie Angel, psychiatre et psychanalyste, fondatrice du centre de thérapie familiale Monceau à Paris, pour aborder la question du syndrome du nid vide. En deux mots, il s'agit d'un trouble vécu par les parents au départ des enfants, qui peut basculer dans la dépression. Ce dernier s'explique tout d'abord pour une évolution sociétale : "Auparavant, le métier des enfants suivait celui des parents. Le départ de l'enfant n'était donc pas vécu de la même façon." D'une certaine manière, les familles restaient soudées autour du métier, transmis de père en fils ou de mère en fille, ce phénomène du passage de flambeau professionnel n'est désormais plus la règle. D'autre part, la façon de considérer l'enfant au sein de la famille a aussi changé, selon la psychiatre : "avant, on avait beaucoup d'enfants, parfois jusqu'à 10 ou 12, beaucoup mouraient, la mortalité infantile était bien plus importante. Seule une petite partie survivait." En comparaison, on a tendance à avoir moins d'enfants de nos jours, les liens que l'on tisse avec eux sont plus intenses, plus personnels.

Syndrome du nid vide : est-ce différent selon les pays ?

L'effet produit par le départ des enfants varie complètement d'un pays à l'autre. Par exemple, aux Etats-Unis, de façon classique, après le bac, il y a ce rituel de passage qui veut que les enfants s'en vont pour faire leurs études. Ils sont tous à l'université en dehors du foyer dans lequel ils ont grandi, et tous les parents sont dans la même situation. De fait, c'est quelque chose auquel on s'attend, auquel on se prépare tout le temps où l'enfant grandit et surtout que l'on ne vit pas seul, c'est un "rituel collectif", résume-t-elle. En France, les enfants ne partent pas systématiquement à l'obtention du bac. Ils sont nombreux à faire leurs études à l'université du coin et continuer à vivre à la maison. Ils ont même tendance à partir plus tard (le Covid-19 ne venant rien arranger de ce côté-là). L'autonomie financière y est pour beaucoup. La société et les habitudes évoluent en conséquence. Par exemple ? "On accepte des choses que l'on pensait impensables auparavant, comme laisser sa fille venir dormir à la maison avec son petit copain", illustre la spécialiste.

Syndrome du nid vide : est-ce plus difficile pour les pères et mamans solos ?

Lorsque les enfants finissent par s'en aller, certains expérimentent ce fameux syndrome du nid vide. Concrètement, c'est "un remaniement familial avec des situations émotionnelles fortes" explique-t-elle. Le couple est lié par l'éducation des enfants, ces derniers prennent une place importante dans les habitudes et dans les projets de la famille et des parents. "Lorsqu'ils s'en vont, le couple se retrouve seul et doit tout réinventer de son quotidien". Cela correspond aussi à une crise "obligatoire" de vie : c'est une étape nouvelle pour le couple qui doit se repenser. Certaines fois, cela peut conduire à la rupture, il s'agit d'un "accélérateur de séparation" souligne la psychiatre qui reconnaît la difficulté de cette épreuve. "Symboliquement, voir ses enfants partir, c'est entrer dans une autre phase de vie, celle des grands parents. Cela met en avant une angoisse de mort, une impression de dernière étape de vie", illustre la psychanalyste. Ce phénomène "extrêmement compliqué" selon Sylvie Angel, l'est encore plus pour les familles monoparentales. Les pères comme les mères peuvent être touchés par ce syndrome, insiste-t-elle. Mais on constate une plus grande prévalence du côté des femmes qui expriment davantage leurs émotions, et qui sont parfois plus proches des enfants, elles les "maternent".

Un sentiment qui peut aller jusqu'à la dépression

Ce qui se joue dans le syndrome du nid vide, c'est un sentiment d'absence qui peut aller jusqu'à la dépression. Les parents vivent, parfois sans le comprendre, une forme de rupture voire d'abandon. Cela peut se déclarer au départ du dernier enfant, ce qui est plus fréquent, mais aussi parfois au moment du départ du premier de la fratrie. De là peuvent naître des conflits dans le couple : "il t'a appelé, moi il ne m'a pas appelé"... Ce qui finit par créer une anxiété familiale, de la tristesse. Certains essaient de "garder le contrôle" sur les enfants, en les forçant à rentrer laver leur linge à la maison, par exemple. Sylvie Angel explique voir de nombreuses stratégies inconscientes pour garder les enfants plus près de soi, "une mère se casse la jambe juste avant que son enfant reparte", cite-t-elle en exemple. Cela dit, Sylvie Angel avertit : très peu de gens en ont conscience, il n'arrive presque jamais que des parents viennent consulter en ayant conscience que leur mal-être vient du départ des enfants.

Syndrome du nid vide : que faire ?

Cette situation peut s'anticiper, en s'interrogeant concrètement à ce que l'on fera après le départ des enfants. Mais tous n'ont pas conscience qu'il est possible de traverser cela. Il arrive même que des parents attendent avec impatience le départ des enfants pour retrouver une forme de liberté, et se retrouvent pris dans la tristesse du nid vide. Le soucis, c'est que "les gens se sentent souvent illégitimes à ressentir ce vide" explique la psychiatre. Ils trouvent même cela "ridicule" insiste-t-elle. Il y a très peu de groupes d'auto support en France à ce sujet-là. Comme au départ, le syndrome est inconscient, il ne faut pas hésiter à consulter si la période post départ des enfants est compliquée, même si l'on n'a pas l'impression que cela est lié. La psychiatre explique que la consultation se chargera de creuser le pourquoi du comment de ce mal-être, et que de là, des choses peuvent se dénouer. "On commence par prendre une sorte de photo de famille avec différents éléments : vous vivez seuls ? Depuis quand ? Travaillez-vous ? etc". S'ensuit un travail sur l'absence et la construction de l'après.

Quels livres pour surmonter le syndrome du nid vide ?

Pour accompagner les parents qui souffrent du nid vide, la psychiatre conseille de s'orienter vers des lectures ou des témoignages, qu'ils soient fictifs ou réels. Sylvie Angel a écrit plusieurs livres sur la question, qu'elle conseille pour affronter cette épreuve : "Réfléchissez avant de divorcer" et "A quelle famille". Elle conseille aussi le livre de Béatrice Copper-Royer, "Le jour où les enfants s'en vont" et le film de Liza Azuelos, "Mon bébé".

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