Décalotter bébé : pour ou contre, à quel âge, dans le bain ?

Le décallotage consiste à décoller le prépuce du gland du pénis. Certains experts y voient une manière d'éviter des adhérences, tandis que d'autres se montrent plus prudents, notamment en ce qui concerne l'âge de l'enfant. Les avis des Dr Anne Boutemy et Eric Saban, pédiatres.

Décalotter bébé : pour ou contre, à quel âge, dans le bain ?
© Alexsandr Buts-123rf

Qu'est-ce que le décalottage ?

[Mis à jour le 20 novembre]. Le décalottage consiste à faire coulisser le prépuce sur le gland du pénis. Lorsque l'enfant n'est pas circoncis, le prépuce a tendance à recouvrir le gland, ce qui peut provoquer de petites sécrétions blanches et pâteuses qui coagulent. C'est ce que l'on appelle le smegma. Cette substance agit comme une sorte de colle, qui maintient le prépuce collé au gland. "Ces petites adhérences ne sont pas graves, on tire un petit peu dessus tous les jours dans le bain et cette colle finira par partir", rassure le Dr Anne Boutemy.

Pour ou contre le décalottage ? 

Pourquoi certains experts s'y opposent ?

Certains pédiatres sont contre le décalottage, un geste qu'ils considèrent souvent comme étant traumatisant pour l'enfant. Ils estiment par ailleurs que les adhérences préputiales vont peu à peu se libérer, de manière naturelle, par le biais de petites érections. Le Dr Anne Boutemy par exemple, est complètement opposée à l'idée de décalotter les petits garçons de manière forcée. "Au-delà du fait que cela puisse être traumatisant, cela crée une fibrose au niveau de la peau qui va alors se resserrer de manière plus forte, nécessitant une intervention chirurgicale", note-t-elle. 

Pour l'Observatoire de la santé du pénis, décalotter l'enfant est même "inutile, dangereux, et jamais nécessaire médicalement". Il pointe également du doigt un risque infectieux : "le prépuce jouant un rôle protecteur en empêchant l'entrée d'agents pathogènes, le rétracter risque de provoquer une infection", mais aussi la douleur et le risque de blessures, avec des "micro-déchirures de l'anneau préputial avec des saignements". L'observatoire dénonce également le traumatisme psychologique qui résulte d'un décalottage pour l'enfant. 

D'autres y sont favorables :

Le Dr Eric Saban fait quant à lui partie de "l'ancienne école", qui préfère continuer à décalotter les petits garçons. "Petit à petit, ces adhérences risquent de progresser vers le bout du zizi", estime le pédiatre. "Parfois, le prépuce est complètement refermé et les enfants ne peuvent plus uriner", ajoute-t-il. Dans ce cas très rare, une intervention chirurgicale est nécessaire. Par ailleurs, "l'expérience montre que lorsqu'on ne les décalotte pas, des adhérences se forment et cela empêche les érections à un moment donné", ajoute-t-il. Au moment de l'adolescence par exemple, "les jeunes peuvent avoir des érections douloureuses en raison de ces adhérences préputiales qui n'ont jamais été libérées", précise le spécialiste. Et cela peut avoir des conséquences psychologiques. Il propose même aux parents de décalotter les enfants lors de la visite du 9e mois. "Je demande aux parents d'appliquer la crème anesthésiante EMLA, une heure avant la consultation, entre le gland et le prépuce (tout autour)". Le professionnel de santé tire alors délicatement sur le prépuce pour le décoller. "Il faut savoir que les garçons ont légèrement mal lorsqu'ils font pipi, pendant les deux jours qui suivent environ", avertit le pédiatre. C'est pourquoi il recommande d'appliquer de nouveau de la crème à chaque change, sur le bout du zizi. A noter que l'âge auquel certains pédiatres acceptent de décalotter un enfant n'est là encore, pas clair et les avis divergent.

A quel âge décalotter bébé ?

"Pendant les premiers mois, les bébés sont encore trop petits. Ils peuvent avoir de petites érections, mais celles-ci ne sont pas suffisantes pour décoller le prépuce du gland", précise le Dr Eric Saban. En effet, il faut savoir qu'il n'existe pas de consensus médical au sujet du décalottage, les recommandations varient d'un pédiatre à l'autre en fonction de l'expérience de chacun", explique le Dr Anne Boutemy. Pour sa part, elle demande aux parents de ne pas toucher au prépuce avant l'âge de 24 mois parce que la verge est trop petite. "À la visite des 24 mois, je regarde l'état du prépuce : soit il coulisse normalement sur le gland et ne présente pas de rétrécissement, auquel cas c'est normal, soit il y a des adhérences, c'est-à-dire que le prépuce est collé par endroits. Je conseille alors aux parents de commencer à tirer tout doucement sur la peau du prépuce sans forcer pour faire l'hygiène du gland, les adhérences vont se lever progressivement jusqu'à la puberté", ajoute-t-elle. Par ailleurs, "ce geste d'hygiène se fait naturellement dans le bain vers l'âge de 3/4 ans, lorsque les petits garçons jouent avec leur zizi" rappelle le Dr Eric Saban. 

Comment décalotter son enfant ? 

Il ne faut surtout pas être "traumatisant", et faire un décalottage en douceur. L'idéal est de décalotter l'enfant après le bain, car la peau est assouplie. Il est conseillé de procéder petit à petit, pour gagner 1 mm au fur et à mesure des bains (en moyenne une à deux fois par semaine), de façon à ce que l'enfant puisse être complètement décalotté. Si le décalottage n'est pas complet, il est possible que les adhérences perdurent durant l'enfance. "Mon fils de 4 ans a été décalotté lorsqu'il avait 3 ans. Tout se passait bien, mais depuis quelques jours, il n'arrive plus à se décalotter tout seul, et je n'y arrive pas non plus", témoigne Lea sur le forum.

"Dès l'âge de 24 mois, je conseille aux parents de serrer le prépuce de manière ferme et délicate à la fois, après le bain, une fois que la peau est mouillée. Le but ? Assouplir la peau du gland. En faisant cela tous les jours pendant 2/3 ans, on finit par obtenir un bon résultat", précise la spécialiste. Si le résultat n'est toujours pas concluant au bout d'un certain temps, le Dr Anne Boutemy prescrit une crème à base de cortisone à appliquer entre le gland et le prépuce une fois par jour pendant un mois, tout en décalottant bien son enfant au moment du bain. "Généralement, le traitement se révèle satisfaisant au bout d'un mois. Si malgré ça, on n'arrive toujours pas à décalotter, j'adresse mes patients à l'urologue qui va regarder le zizi et opérer si besoin pour enlever les adhérences", poursuit-elle. 

Décalottage et circoncision

Il arrive parfois que le prépuce soit trop étroit et impossible à décalotter, même lorsqu'on force un peu. On parle alors de phimosis et il s'agit de la seule indication médicale pour pratiquer une circoncision. "On arrive à des situations où les parents ont laissé s'installer des adhérences durant des mois, voire des années. Résultat : le prépuce est devenu tellement étroit que la seule alternative devient la circoncision", explique le Dr Eric Saban. Mais ce cas est encore une fois assez rare. "Et c'est justement pour éviter d'en arriver à cela, qu'il faut les décalotter", précise-t-il. Rappelons que la question du décalottage ne se pose pas pour les enfants circoncis, dans le cadre de leur religion, puisque une partie du prépuce a déjà été retirée. Pour autant, il déconseille vivement aux parents d'y avoir recours en dehors du cadre rituel ou médical, et uniquement pour des raisons d'hygiène. "Un zizi bien décalotté est aussi propre qu'un enfant circoncis. Néanmoins, s'il n'y a pas de raison religieuse, l'enfant pourra reprocher cet acte à ses parents en grandissant, et cela peut donner lieu à des soucis psychologiques"

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