Congé paternité 28 jours : Gabriel Attal répond à nos questions

La durée du congé paternité est portée à 28 jours dès le 1er juillet 2021, dont 7 jours seront à prendre dès la naissance de l'enfant. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, répond à nos questions. Interview.

Congé paternité 28 jours : Gabriel Attal répond à nos questions
© Tristan Reynaud SIPA

[Mise à jour du 29 septembre à 12h06]. Depuis sa création en 2002, le congé paternité est pour la première fois allongé. Sa durée est même doublée dès le 1er juillet 2021, passant de 14 jours à 28 jours. Actuellement, les pères bénéficient de 11 jours de congé paternité et de 3 jours de congé de naissance. Cette nouvelle mesure permettra donc aux jeunes papas de prendre 7 jours de congé de naissance au moment de la naissance de l'enfant, et 21 jours de congé paternité. "Nous allons porter le congé paternité à un mois, un mois au sein duquel il y aura sept jours obligatoires pour chaque jeune papa" a confirmé Emmanuel Macron ce 23 septembre."Quatorze jours, tout le monde le disait, ce n'était pas suffisant. Cette décision est une avancée, c'est d'abord une mesure qui est favorable à l'égalité entre les femmes et les hommes. Lorsque l'enfant arrive au monde, il n'y a aucune raison pour que ce soit juste la maman qui s'en occupe. Il est important qu'il y ait, dans un couple, une plus grande égalité dans le partage des tâches dès les premiers jours" a déclaré le Président de la République sur les réseaux sociaux. Rappelons que cette mesure fait suite au rapport du neuropsychiatre Boris Cyrulnik sur les "1000 premiers jours de l'enfant" remis le 8 septembre dernier à Adrien Taquet, secrétaire d'Etat en charge de la protection de l'enfance et des familles. 

Gabriel Attal répond à nos questions sur le congé paternité

Concrètement, comment cette mesure sera-t-elle mise en place ? Les pères seront-ils (comme les mères) protégés du licenciement ? La durée du congé paternité sera-t-elle également allongée si la future maman attend des jumeaux ou des triplés ? Le Journal des Femmes a rencontré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, en visite ce jeudi 24 septembre à l'espace Andrée Chedid, à Issy-les-Moulineaux.

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Gabriel ATTAL, Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre et porte-parole du Gouvernement © Tristan Reynaud Sipa Press

Congé paternité de 28 jours : pourquoi ne pas avoir proposé 9 semaines ? 

Initialement, le rapport de Boris Cyrulnik, remis le 8 septembre à Adrien Taquet, secrétaire d'Etat en charge de la protection de l'enfance et des familles, préconisait un allongement du congé paternité à 9 semaines. Pour autant, rappelle Gabriel Attal, un précédent rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) datant de 2018 recommandait une durée du congé paternité de 4 semaines. "Notre décision a été prise en tenant compte des recommandations scientifiques, de la situation globale et des différents acteurs, notamment les syndicats et les patronats. On a trouvé ce chemin, sur lequel tout le monde s'accorde, ce qui est déjà une avancée", précise le porte-parole du gouvernement.

Allongement du congé paternité : quels sont les enjeux ?

C'est un sujet complexe : pour les finances publiques alors que la crise économique pèse déjà lourdement sur le budget de l'Etat, mais aussi pour les entreprises et leur capacité à accepter cette évolution, qui a nécessairement un impact sur leur activité en cette période de turbulences", ajoute-t-il. "Bien sûr, cela pose beaucoup de questions : est-ce que demain, cette avancée sociale et sociétale permettra de convaincre les entreprises que cela ne perturbe pas massivement leur activité ? Est-ce que l'on sera capable de démontrer que cela aura aussi un impact très fort sur l'égalité professionnelle, mais aussi sur l'épanouissement de leurs salariés et qu'il faut poursuivre dans cette voie ? C'est une avancée considérable, attendue de longue date, nous pouvons nous en réjouir ; et, je fais le pari que lorsque les familles s'en saisiront, les craintes seront bientôt levées".

Congé paternité de 28 jours : à partir de quand ?

L'allongement du congé paternité à 28 jours entrera en vigueur à partir du 1er juillet 2021. Cette mesure figurera dans le prochain projet de loi de financement de la Sécurité sociale qui sera présenté au début de l'année 2021.

Congé paternité : 7 jours obligatoires dès la naissance ?

Sur ces 28 jours de congé paternité, 7 jours seront obligatoires a annoncé Emmanuel Macron. Selon le cabinet du Secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, le congé obligatoire de 7 jours remplacera en fait les 3 jours de congé de naissance. La semaine obligatoire sera donc à prendre au moment de la naissance de l'enfant, nous précise le gouvernement. Le reste du congé paternité, soit 21 jours, pourra alors être pris de manière fractionnée. Une partie pourrait en effet être prise à la naissance, l'autre partie dans les 4 mois qui suivent l'accouchement, par exemple au moment où la maman reprendrait le travail. Rappelons qu'actuellement, le congé paternité débute dans un délai de 4 mois suivant la naissance de l'enfant (notamment pour avoir droit à une indemnisation de la CPAM), mais il peut prendre fin au-delà de ce délai. Enfin, dans le cas d'une hospitalisation, ce délai de quatre mois peut être reporté après la fin de l'hospitalisation du bébé.

Pourquoi le congé paternité devient-il obligatoire ? 

Jusqu'à présent, le congé paternité était encore considéré comme "optionnel". Même si une majorité de pères y a recourt (près de 70 %), chaque année, un peu plus de 30 % d'entre eux ne profitent pas de leur congé paternité. Une des raisons étant que même s'il est indemnisé par l'assurance maladie, certains travailleurs plus précaires, n'osent le prendre car ils craignent pour leur emploi. Cette mesure vise donc à favoriser l'égalité entre les femmes et les hommes, et éviter aux jeunes pères d'être pénalisés s'il s'arrêtent de travailler. "Pour nous, l'obligation, c'est à la fois un enjeu de protection, mais aussi de justice sociale pour que le congé paternité soit bien accessible à tous, indépendamment de la nature du contrat de travail du deuxième parent", précise l'Elysée.

Que risquent les entreprises qui ne respectent pas le droit des pères ?

Si un père souhaite prendre 28 jours de congé paternité, l'entreprise ne pourra s'y opposer, et une amende d'un montant de 7500 euros a été proposée. Néanmoins, "une concertation est en cours avec les partenaires sociaux, pour que l'application de cette nouvelle mesure soit la plus efficace. Le projet de loi présenté en début d'année 2021 prévoira les modalités d'application concrètes, notamment pour les 7 jours obligatoires, mais aussi sur la nature des sanctions pour les entreprises qui refuseraient d'appliquer cette mesure. C'est d'ailleurs pour ces raisons qu'elle n'entrera en vigueur qu'à partir du 1er juillet, car il faut ce temps des discussions, qui doivent ensuite être transcrites dans la loi", explique Gabriel Attal.

Les pères seront-ils donc (comme les mères) protégés contre le licenciement ?

"Dès lors qu'on annonce qu'il y aura une partie obligatoire et que l'on souhaite que le plus de pères puissent y avoir recours dans leur entièreté, évidemment qu'on apportera toutes les protections nécessaires pour les pères, comme elles existent aujourd'hui pour les mères", précise le porte-parole du gouvernement.

Le congé paternité sera-t-il plus long si on attend des jumeaux ?

En cas de grossesse gémellaire, le congé maternité est allongé en fonction du nombre d'enfants. Ce devrait donc être le cas également pour les pères. "Comme pour le congé maternité, le congé paternité sera dans ce cas élargi. C'est déjà le cas aujourd'hui tel qu'il existe". En effet, pour des jumeaux ou des triplés, la durée du congé paternité est alors portée à 18 jours

Augmentation salariale, grossesses pathologiques... D'autres questions en suspens

Par ailleurs, plusieurs questions se posent encore, notamment en ce qui concerne l'augmentation de la rémunération, précise Gabriel Attal. "Car les mères en congé maternité qui reviennent dans l'entreprise, ont le droit de demander une augmentation salariale égale à l'augmentation salariale moyenne qu'il y a eu dans l'entreprise pendant leur absence. Cela fait partie des dispositifs (encore peu connu par les mères) qui visent à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, et l'égalité salariale. Il y a actuellement des discussions qui pourraient s'appliquer aussi pour les hommes", ajoute-t-il. Car l'enjeu, "c'est de lever tous les freins qui empêcheraient les pères d'avoir recours au congé paternité".

Enfin, un père pourra-t-il prendre une partie de son congé paternité avant l'accouchement, notamment en cas de grossesse pathologique ? Combien de jours supplémentaires seront octroyés aux pères qui accueillent des jumeaux ou des triplés ? Les futurs papas auront-ils l'autorisation de s'absenter plus librement pour assister aux préparations à l'accouchement ou pour être présents aux rendez-vous médicaux ? Qu'en est-il de la rémunération, et des pères qui travaillent en tant que libéraux ou indépendants ? Pour l'heure, les travaux et les échanges se poursuivent pour répondre au mieux aux attentes des futurs parents.

Congé paternité en Europe : la Suisse vote 2 semaines de congé paternité

En comparaison à d'autres pays, 11 jours de congé paternité en France paraissait en effet bien court.

  • En Suisse, les pères n'avaient droit jusqu'alors qu'à un jour ou deux à la naissance d'un enfant (rien pour les indépendants). Ce dimanche, les électeurs ont voté à 60,3% pour un congé paternité d'une durée de deux semaines. "Le congé paternité dispose enfin de plus de temps qu'un déménagement", a déclaré Adrian Wüthrich, membre du comité.
  • Au Québec, il varie entre 3 à 5 semaines,
  • en Norvège, les jeunes parents bénéficient de 15 et 19 semaines à rétablir équitablement entre eux.
  • En Finlande, le congé paternité a été allongé à 7 mois, c'est-à-dire le même temps que le congé maternité. En outre, les femmes ont également droit à un mois de congé maternité avant l'accouchement. 
  • En Autriche, les hommes bénéficient d'un mois de congé paternité, rémunéré 700 euros,
  • L'Italie ne propose que 7 jours de congé paternité, la Hongrie, la République Tchèque et les Pays-Bas font également partie des mauvais élèves.

28 jours de congé paternité en France. "Avec cet allongement, on entre enfin dans la catégorie des pays qui ont un congé paternité parmi les plus longs en Europe, même si nous ne sommes pas encore au niveau de certains pays comme la Suède ou encore l'Espagne, qui devrait évoluer en 2021 (à 16 semaines, ndlr)", précise Gabriel Attal. Il s'agit donc d'une avancée majeure pour la France, qui peut rattraper son retard sur la question du congé paternité. 

Actuellement, quelle est la durée du congé paternité en France ?

La durée du congé de paternité est actuellement fixée à 11 jours calendaires consécutifs, c'est-à-dire que les week-ends et les jours fériés sont inclus. Le congé de paternité peut succéder au congé de naissance qui dure trois jours. Dans ce cas, le père peut rester auprès de la maman et du bébé pendant 14 jours.

Qu'est-ce que le congé de naissance ? 

Le congé de naissance est fixé à trois jours ouvrables lors de la naissance d'un enfant. Les pères peuvent profiter de ce droit à condition de travailler en France. Néanmoins aucune condition de nationalité ou de naissance en France n'entre en compte, tout comme l'ancienneté au sein de l'entreprise. Aussi, si le père en fait la demande, l'employeur ne peut le lui refuser. Néanmoins, pour justifier de votre droit à ce congé, l'acte de naissance devra lui être remis après l'accouchement .

Le congé de naissance peut être cumulé avec le congé de paternité, en étant pris au choix séparément ou juste avant, même si l'enfant n'est pas encore né. Le congé de naissance doit simplement être pris à une date proche de l'accouchement. Le futur papa peut donc poser ses jours durant la grossesse en cas de besoin, pour soutenir sa femme enceinte. A savoir : les trois jours de congés de naissance sont rémunérés normalement. 

Quelles conditions pour être indemnisé ?

La Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) indemnise les pères salariés sous certaines conditions. Tout d'abord, le congé de paternité doit être pris dans les 4 mois suivant la naissance de l'enfant (excepté en cas d'hospitalisation ou de décès de la mère). Il doit également posséder un numéro de sécurité sociale depuis au moins 10 mois à la date du début du congé de paternité, avoir travaillé au moins 150 heures au cours des trois mois précédant le début du congé (ou avoir cotisé sur un salaire au moins équivalent à 10 180,45 euros au cours des 6 derniers mois précédant le début du congé). Rappelons qu'il est essentiel que le père cesse toute activité professionnelle durant son congé de paternité, notamment s'il travaille pour plusieurs employeurs.

Congé paternité : quel montant en 2020 ?

Le montant des indemnités journalières est calculé en fonction du salaire journalier de base. Ce sont les trois derniers salaires bruts perçus avant la date d'interruption du travail qui sont pris en compte. Par ailleurs le salaire ne peut dépasser le plafond mensuel de la sécurité sociale. En 2020, il est fixé à 3 428 euros par mois (contre 3377 euros en 2019). Par conséquent, le montant des indemnités journalières s'élève à 9,63 euros par jour (au minimum), et au maximum à 89,03 euros par jour. Renseignez-vous auprès de votre convention collective, certaines permettent parfois de maintenir le salaire du père durant son congé paternité. Enfin, les indemnités journalières vous seront versées tous les 14 jours.

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