Il m'a quittée pendant ma grossesse Gérer la rupture : les conseils d'une spécialiste

Est-il possible de surmonter un abandon pendant sa grossesse ? Quels sentiments éprouvent ces femmes ? Caroline Kruse conseille :

"Toute rupture est difficile et douloureuse. Mais elle l'est d'autant plus dans ce moment à la fois d'espoir et de fragilité qu'est une grossesse. Les vécus d'abandons sont démultipliés. Les vécus de honte : le regard des autres devient insupportable. Les vécus de culpabilité aussi. Comment a-t-il pu me faire ça ? Mais aussi comment se fait-il que ça m'arrive à moi ?
Donc, d'abord, ne pas s'en vouloir de ne pas réussir d'emblée à surmonter son chagrin. Se faire soutenir. Par la famille, les amis mais en faisant soigneusement le tri entre ceux qui vous font du bien et ceux qui, malgré leur bonne volonté, ne font qu'aviver la souffrance. Mais surtout se faire aider par un professionnel à qui on pourra tout confier sans crainte d'être jugée.
Il est très difficile aussi de mener à terme tranquillement cette grossesse et de porter de manière sereine un enfant dont le père vous a quittée. S'il s'agissait d'une relation vraiment investie jusque-là par les deux partenaires, et d'une grossesse apparemment désirée par les deux, la seule chose que la femme peut essayer de se dire c'est que, cette rupture, à ce moment précis, lui non plus ne la comprend certainement pas, qu'il a été emporté par quelque chose de très profond, de très archaïque qui l'a submergé et qu'il n'a pas su ni pu dépasser. 

des sentiments difficiles à gérer.
Des sentiments difficiles à gérer. © Tatyana Gladskih - Fotolia.com

Autre difficulté et non des moindres : la relation à l'enfant qui va naître et qui est aussi l'enfant de cet homme. Ce n'est pas ainsi qu'on voyait sa naissance. On peut lui en parler, même quand il n'est pas encore né. Quand il est encore dans le ventre, lui dire que c'est difficile mais qu'il n'y est pour rien. Qu'on est triste sans doute, mais que ce n'est pas à cause de lui. Qu'il n'est pour rien non plus dans le fait que celui qu'on avait choisi comme père pour lui soit parti.
Il faut essayer aussi d'éviter vis- à- vis de cet enfant plusieurs écueils :
 le ressentiment à l'égard de l'enfant (il est l'enfant de l'homme qu'on déteste parce qu'il vous a trahi, ou pire, il est celui "à cause de qui" l'homme qu'on aimait est parti),
  le ressentiment à l'égard de son "père", il n'est qu'un "géniteur", un monstre sans cœur. L'enfant même dans ces circonstances aura besoin de savoir qu'il est né d'un désir partagé, même si celui qui voulait être son père n'y a pas vraiment réussi,
 le repli (mettre cet enfant à la place de celui qui est partit, établir avec lui une relation fusionnelle).
Si on arrive à éviter ces écueils et surtout à se faire aider pour les éviter, cette rupture sera surmontable. Ce sera long et difficile mais on pourra y arriver. En essayant, si le père "biologique" le souhaite, de ne pas couper le lien père-enfant. Et en sachant que la paternité n'est pas que biologique. Un autre homme pourra aimer et élever aussi cet enfant même s'il n'est pas le sien biologiquement..."

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