Ecrans : des experts appellent à la vigilance

Les Académie des sciences, des technologies et de médecine appellent à un usage modéré des écrans chez les enfants et les adolescents. Comment limiter leur consommation virtuelle et quels sont les risques d'une surexposition ?

Ecrans : des experts appellent à la vigilance
© georgerudy - 123RF

A l'heure où les écrans et le virtuel régissent notre quotidien, les enfants ont du mal à décrocher du numérique, jusqu'à en être parfois complètement addict. Smartphones, tablettes, ordinateurs, consoles de jeux ainsi que les casques de réalité virtuelle font partie intégrante du quotidien des jeunes. Ces derniers accèdent alors aux réseaux sociaux, téléchargent de nouvelles applis et passent leur temps sur Internet. Depuis plusieurs années, les experts alertent les parents sur les risques d'une surexposition aux écrans. Dans un texte rendu public le 9 avril 2019, l'Académie des sciences, de médecine et des technologies appellent à leur tour à "une vigilance raisonnée sur les technologies numériques".

Quels sont les risques de surexposition aux écrans ?

"Le problème est différent selon la tranche d'âge et selon la vulnérabilité individuelle des enfants. Un problème particulier est celui des très jeunes enfants, âgés de moins de 3 ans, dont le développement cérébral pourrait être affecté en cas de surexposition majeure. En effet, les bruits et les lumières vives attirent leur attention jusqu'à les rendre passifs", précisent les experts. Par ailleurs, lorsque les parents éteignent la télévision ou récupèrent leur smartphone, la colère monte chez les tout-petits ! Quant aux adolescents qui utilisent de façon excessive les jeux vidéo et les réseaux sociaux, "ils peuvent présenter des problèmes de gravité variable incluant des anomalies du comportement, mais aussi des troubles du sommeil ou de l'attention", précise l'Académie des sciences.

Mon enfant est-il accro aux écrans ?

Qu'il vous réclame (souvent) votre téléphone ou qu'il allume sa tablette dès qu'il rentre à la maison ne signifie pas forcément qu'il est dépendant et qu'il ne pourra plus jamais se passer des écrans. Alors, comment savoir s'il est accro ? On commence par distinguer une consommation régulière, d'une consommation abusive ou d'une dépendance. Puis, on détermine le nombre d'heures total qu'il passe devant l'ordi, la tablette, le portable, la console ou la télé. Si cela représente plus de trois heures par jour, sa consommation est certainement excessive et potentiellement inquiétante, surtout s'il se renferme, néglige ses amis et échange de moins en moins avec sa famille. Une addiction est particulièrement préoccupante lorsque les écrans deviennent son principal, voire son seul, centre d'intérêt. Et ce, au détriment des autres (social, affectif, sportif,…) et surtout, de ses devoirs ! Autre repère : si votre enfant est incapable d'éteindre son appareil lorsque vous lui demandez de le faire ou de se déconnecter plusieurs jours d'affilée, il faut alors se poser des questions, en parler avec lui et surtout définir des limites. Tout est donc une question de temps passé devant les écrans et de la manière de consommer le virtuel !

Limiter le temps d'écran

Si aujourd'hui, surfer sur internet, chatter sur les réseaux sociaux et binge-watcher ses séries préférées est devenu une norme pour les enfants et les adolescents, quelques règles sont tout de même à suivre. Mais pas question de totalement bannir les écrans au risque de créer une trop grande frustration chez l'enfant qui, dès que vous aurez le dos tourné, se jettera sur le bouton "on" de sa tablette tactile. Aménagez plutôt des temps de connexion : des créneaux hebdomadaires pendant lesquels il pourra utiliser ses appareils. Mais ces temps vont dépendre de l'âge de l'enfant. A titre indicatif, l'Académie américaine de Pédiatrie a émis des recommandations à ce sujet : pas d'écran avant 3 ans, pas plus d'une heure par jour pour les 3-6 ans tout appareil confondu, 2 heures pour les 6-9 ans et 3 heures grand maximum, passé cet âge. En dehors de ces créneaux, débranchez les écrans ou rangez-les quand ils ne servent pas : les enfants sont bien moins tentés lorsqu'ils sont hors de la vue… Cadrer vos enfants et être strict, c'est bien, mais rien ne vous empêche, exceptionnellement, de faire preuve de souplesse.

Proposer d'autres activités

Pour que cette limitation de temps d'écran ne soit pas pris pour une punition, l'enfant doit pouvoir faire d'autres activités. Selon ses goûts, proposez-lui de faire des activités créatives ou manuelles, de jouer à des jeux de société, d'aller voir une exposition ou de sortir faire du vélo.

Montrer l'exemple

Comment voulez-vous que votre enfant ne soit pas tenté de jouer sur son smartphone si vous-même y êtes scotché pendant des heures ? Lorsque vous êtes à la maison, évitez d'allumer un écran quand vous avez un moment de libre et essayez vous aussi de vous limiter. De même, il est déconseillé de regarder la télévision pendant les repas. Profitez-en plutôt pour discuter en famille et pour raconter votre journée.

Partager et discuter

Même s'ils restent à consommer avec modération, "les écrans sont d'extraordinaires supports de divertissement et d'éducation, mais à condition de les découvrir au bon moment et dans de bonnes conditions", précise Serge Tisseron, psychiatre et docteur en psychologie, dans son livre "3-6-9-12 : apprivoiser les écrans et grandir". Alors, si au lieu de passer du temps seul sur les écrans, vous regardiez une vidéo ensemble et la commentiez tour à tour ? Une activité individuelle devient alors interactive et un bon moyen d'aiguiser son sens critique et sa capacité d'observation. Enfin, essayez de vous intéresser à ce qu'il regarde, posez-lui des questions sur sa chaîne YouTube préférée, son jeu en ligne… A considérer les écrans comme des ennemis nocifs pour nos enfants, ils en deviennent des objets de transgression : mieux vaut donc parfois les considérer comme des objets de partage encadré. 

Responsabiliser l'enfant

Afin de responsabiliser les enfants, Serge Tisseron leur propose d'inscrire sur un petit carnet le temps passé devant tel ou tel écran : "les écrans font perdre toute notion de durée, d'où l'importance de réintroduire des rituels qui leur permettent d'évaluer leur consommation", préconise-t-il. Ils ont le droit à une par jour ? A eux de gérer leur temps de connexion. Car entre la tablette, le portable et les consoles, difficile de maîtriser son temps passé devant l'écran !

La règle 3-6-9-12 de Serge Tisseron

Pour aider les parents à y voir plus clair, Serge Tisseron a proposé en 2008 la règle des "3-6-9-12", une règle relayée par l'Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa). Cette dernière est assez facile à retenir et nous donne des repères importants : 

  • Avant 3 ans : pas d'écran. L'enfant a d'abord besoin de mettre en place ses repères spatiaux et temporels à travers des histoires qu'on lui raconte et des jeux sans écran. D'ailleurs, aucun programme télévisé n'est réellement adapté à cet âge, selon l'Afpa, qui rappelle que plusieurs études montrent que "les ondes électromagnétiques altéreraient le développement de la mémoire, de l'attention et de la coordination des jeunes enfants". On évite donc au maximum la télévision et les DVD. Les tablettes tactiles peuvent être utilisées de façon exceptionnelle à partir de 2 ans et demi, mais en présence des parents et dans le but de jouer ensemble. 
  • Avant 6 ans : pas de console de jeu avant que l'enfant ne sache lire. A cet âge, l'enfant apprend à développer son imagination à travers des activités manuelles, créatives et des jeux sans écran. Évitez donc la télévision et l'ordinateur dans leur chambre, fixez-lui des temps d'écran (très limités) et veillez à ce qu'il respecte les âges indiqués sur les programmes. Occasionnellement, les ordinateurs et les consoles de salon peuvent être un support de jeu en famille, voire d'apprentissage accompagné. 
  • Avant 9 ans, pas d'Internet seul, puis accompagné jusqu'à l'entrée au collège : l'accompagnement des enfants sur Internet ne fait pas qu'éviter les dangers, il sert aussi à lui faire assimiler des règles essentielles (distinction entre espace intime et public, droit à l'image, e-réputation, fausses informations...) afin qu'il puisse déjouer les pièges du web. Fixez-lui des limites : installer les écrans dans le salon, établir des règles claires sur le temps d'écran, paramétrer la console du salon, définir un code parental... 
  • A partir de 12 ans, Internet seul, mais avec prudence : définissez des règles d'usage, des horaires de navigation, installez un contrôle parental et coupez le wifi la nuit. Discutez avec votre enfant du téléchargement, des plagiats, de la pornographie, du cyberharcèlement... Serge Tisseron rappelle aussi qu'avant 12 ans, l'enfant ne doit pas être inscrit sur un réseau social (Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat...). Enfin, à partir du collège, le désir de posséder un portable est fort, à vous de décider à partir de quel âge vous souhaitez lui offrir un téléphone. Toutefois, mieux vaut ne pas commencer avec un smartphone et préférer les forfaits bloqués pour le limiter. 
Un site d'informations sur le bon usage des écrans. Quel est l'impact des écrans sur le cerveau et la vue de nos enfants ? Et sur leur vie sociale et scolaire ? Favorisent-ils l'isolement, le stress ou l'agressivité ? Comment définir un usage excessif ? A l'occasion la première campagne nationale d'information sur le bon usage des écrans, l'Institut d'Education Médicale et de Prévention a lancé www.lebonusagedesecrans.fr : un site internet sur lequel des ophtalmologues, des psychiatres, des addictologues et des chercheurs en neurosciences apportent un éclairage spécifique sur la problématique de l'usage des écrans, sur leur utilisation abusive ou sur leurs éventuelles dérives et répondent aux questions des parents, qui se sentent parfois démunis face à la place des écrans dans la quotidien de leurs enfants.

Ecrans : des experts appellent à la vigilance
Ecrans : des experts appellent à la vigilance

Sommaire Écrans : quels risques ? Usage normal ou addiction ? Temps recommandé devant un écran Écran : la règle du 3-6-9-12 A l'heure où les écrans et le virtuel régissent notre quotidien, les enfants ont du mal à...