Les escrocs se partagent une "liste de pigeons" pour vous arnaquer encore plus : gare à ce piège redoutable
Victime d'escroquerie une première fois, vous êtes encore plus à risque de vous faire avoir à nouveau. La faute à un stratagème bien rodé, une sorte d'arnaque après l'arnaque.
Chaque année, le ministère de l'Intérieur recense près de 500 000 victimes d'escroqueries et de fraudes, un chiffre qui ne cesse d'augmenter. Il faut dire que les arnaqueurs redoublent d'ingéniosité pour nous piéger : faux sites plus vrais que nature, mails parfaitement calibrés, SMS avec photo personnalisée ou message vocal à l'appui, voix reproduite à l'identique par téléphone... L'intelligence artificielle a complètement redessiné la carte des arnaques.
Mais ce que peu de victimes savent, c'est que le fait d'avoir été dépouillé une première fois les place encore plus dans la ligne de mire des escrocs. Comme l'explique l'expert en cybersécurité Eset, les fraudeurs s'achètent ainsi des listes de victimes – appelées "sucker lists", littéralement "listes de pigeons" ou "d'imbéciles" – entre eux, ou réutilisent les coordonnées de personnes qu'ils ont eux-mêmes déjà piégées. "Certaines listes vont même jusqu'à indiquer le profil de la victime et le type d'arnaque auquel elle est la plus susceptible de céder." L'objectif étant donc de les arnaquer une seconde fois... en se faisant passer pour des "agences de recouvrement" qui les aideront à obtenir un remboursement.
Malheureusement, se faire dédommager après une arnaque est une mission quasi-impossible. Et ils jouent justement sur cette peur de ne jamais obtenir gain de cause : avocats, enquêteurs... Les escrocs se font passer pour des spécialistes capables de vous aider à récupérer partiellement, ou totalement, votre argent. Selon un sondage BVA réalisé pour l'Autorité des Marchés Financiers (AMF), sur 161 victimes d'escroquerie, pas moins de 66 % ont été contactées par des personnes leur promettant de remettre la main sur les sommes perdues, moyennant une compensation financière bien évidemment. Certains affirment même avoir déjà récupéré les fonds, mais prétendent avoir besoin d'une confirmation d'identité pour les restituer en toute sécurité.
Comme le rapporte Que Choisir Ensemble, ce double piège est souvent crédible car les criminels usurpent l'identité de vraies institutions, à l'instar d'ECC-Net (le Réseau des Centres Européens des Consommateurs), Interpol, la Banque Centrale Européenne (BCE) ou encore l'AMF elle-même. Certains appellent d'ailleurs avec le véritable numéro de téléphone de ces entités, rendant l'arnaque d'autant plus indétectable.
Concrètement, après avoir été victime d'une fraude, il ne faut surtout pas baisser sa garde et garder ces "arnaques à la récupération" à l'esprit. L'AMF rappelle ainsi que "seule la justice est habilitée à intervenir en cas d'arnaque" et que les organismes légitimes ne contactent jamais eux-mêmes les victimes. Bien sûr, il faut aussi se méfier des promesses irréalistes de ces soi-disant experts, et des frais de dossier, de traitement ou d'administration qu'ils demandent pour pouvoir récupérer l'argent perdu : ce n'est qu'une tactique pour vous voler une seconde fois.