Fermeture des écoles, confinement : quelles conséquences sur les enfants ?

Stress, prise de poids, augmentation des inégalités et de violences intrafamiliales, la fermeture des écoles imposée par le confinement est susceptible d'avoir plusieurs effets néfastes sur le quotidien des enfants. Et des conséquences à long-terme.

Fermeture des écoles, confinement : quelles conséquences sur les enfants ?
© 123RF / Wavebreak Media Ltd

Depuis la fermeture des écoles et l'instauration du confinement, le quotidien des enfants a bien changé : plus de copains, ni de sorties au parc et l'école se fait à la maison ou/et via l'enseignement à distance. Quant aux parents, s'ils sont présents à leurs côtés en permanence, ils sont parfois stressés non seulement par le coronavirus, mais aussi par le télétravail, la peur du chômage qui guette ou encore la baisse des revenus. Or, cette modification radicale de leur mode de vie "peut avoir des effets néfastes à court et à long termes, tant sur la santé mentale que physique" souligne Santé publique France dans un document publié ce 4 mai 2020. Des effets d'autant plus conséquents lorsque l'enfant vit dans une plus grande précarité.

Un risque de stress accru

Durée prolongée de confinement, craintes d'infection, ennui, manque de contact physique avec les camarades de classe, amis et enseignants, manque d'espace personnel à la maison, pertes financières au sein du foyer... Les causes de stress engendrées par le confinement sont multiples pour les enfants. Or, plusieurs études montrent que ce stress peut avoir des conséquences durables chez les enfants et les adolescents, comme l'alerte Santé publique France.

Augmentation du surpoids

Lorsque l'école est interrompue, en particulier pendant les vacances d'été, Santé publique France souligne que les enfants sont moins actifs physiquement, consomment davantage d'écrans, ont un sommeil moins régulier et grignotent davantage. Ceux issus de milieux moins favorisés sont également sujets à une augmentation de l'insécurité alimentaire. Résultat, ils prennent du poids. Ce confinement prolongé a les mêmes répercussions. Voire pire pour les familles ne disposant pas de jardin avec la fermeture des parcs privant les jeunes d'espaces où se dépenser.

Multiplication des risques d'accidents domestiques

L'autre risque dénoncé par l'Académie de médecine : le confinement accroît les risques d'accidents domestiques. En atteste l'augmentation des signalements aux services d'urgences. Et pour cause, il faut être en mesure de surveiller son enfant en continu ce qui est d'autant moins aisé lorsque l'on est un parent solo ou en télétravail. Et à la moindre baisse de vigilance, le danger n'est jamais loin. Brûlures, noyades, électrocutions, ingestions de produits toxiques (et notamment les solutions hydro-alcooliques que l'on a tendance à garder à portée de main), médicaments, "les centres antipoison signalent de nombreux accidents domestiques et d'intoxications en lien avec le COVID-19"

Violences intrafamiliales en forte hausse

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la maison n'est pas toujours le lieu le plus sécurisant pour les enfants. Pour certains, elle donne lieu à des violences intrafamiliales. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, a d'ailleurs rapporté une forte augmentation des appels au 119 depuis le début du confinement. Ainsi, le nombre d'appels au cours de la semaine du 13 au 19 avril a augmenté de 89 % entre 2019 et 2020 et ceux transmis aux services de police et de gendarmerie de 230 %. Ces coups de fil dénoncent d'une part les violences conjugales dont souffrent également les enfants, mais aussi les cas de maltraitance infantile.  

Creusement des inégalités sociales 

La fermeture des écoles due au confinement risque également d'accentuer les écarts sociaux. Et notamment en raison de l'insécurité alimentaire et des conditions de logement de certains foyers.

Insécurité alimentaire et conséquences sur les résultats scolaires

Les plus vulnérables sont les enfants issus des familles les plus précaires économiquement qui peuvent souffrir d'une plus grande insécurité alimentaire. Selon Eurostat, de nombreux enfants sont concernés puisque "6,6 % des ménages avec enfants dans l'Union européenne ne peuvent se permettre un repas avec de la viande, du poisson ou un équivalent végétarien tous les deux jours". De même, en France, 1 enfant sur 5 vit dans un foyer sous le seuil de pauvreté. Or, cela aurait un impact sur leurs capacités d'apprentissage et de concentration. En effet, le déjeuner habituellement pris à la cantine assure généralement à ces mêmes enfants une amélioration de leurs performances scolaires. A l'inverse, plusieurs études montrent que les enfants issus de milieux socio-économiques élevés continuent, eux, à progresser pendant les vacances d'été, contrairement à celles des enfants issus de familles défavorisées, ce qui creuse les inégalités.  

Conditions de logement et difficulté du suivi scolaire

Enfin, bien sûr, le confinement est plus compliqué au sein des foyers défavorisés. Or, selon une étude de l'Insee du 21 avril, 5 millions de personnes vivent dans un logement au nombre de pièces insuffisant. Cette étude rapporte également que 2 % des jeunes de moins de 17 ans n'ont pas accès à Internet chez eux. Deux facteurs rendant la continuité scolaire d'autant plus difficile. Lors de sa conférence de presse du 19 avril, le Premier ministre Édouard Philippe a d'ailleurs noté que depuis le début du confinement et de l'instauration de l'enseignement à distance, le lien a été perdu avec entre 5 et 10 % des élèves. Les inégalités se creusent donc encore davantage. 

Dépistage et prise en charge

Aussi, pour faire face à ces risques d'augmentation des troubles de la santé physique et mentale, l'Académie nationale de médecine recommande de mettre en place une offre de soin psychologique et pédopsychiatrique lors du déconfinement. le but ? Dépister et prendre en charge les enfants et adolescents qui en auront besoin.

Les bienfaits du confinement

Fort heureusement, ce confinement a aussi quelques bienfaits. Et notamment celui, pour les parents, de pouvoir se concentrer sur l'essentiel, à savoir leurs enfants. Ainsi, une majorité de parents (55 %) passe plus de temps que d'habitude à s'occuper de leurs enfants. Ces derniers en profitent d'ailleurs pour gagner en autonomie, avoir une meilleure qualité de vie, apprennent différemment et profitent de plus de temps en famille. Pour autant, la majorité des parents ne souhaite pas que l'école à la maison devienne la norme.