Cette habitude de parents peut transformer un enfant en harceleur, selon les thérapeutes
Derrière les enfants qui humilient, se moquent ou cherchent à dominer les autres, les thérapeutes observent les mêmes mécanismes familiaux. Une habitude répandue à la maison pourrait bien favoriser ce type de comportement.
Le printemps est là, les groupes WhatsApp des parents chauffent déjà pour les kermesses et les inscriptions au centre aéré, mais dans les cours d'école, certaines tensions ne prennent jamais de vacances. En effet, à chaque affaire de harcèlement scolaire, c'est le même vertige pour les parents. Tout le monde cherche à élever un enfant gentil et respectueux, alors, quand l'un d'eux s'en prend à un camarade, beaucoup tombent de haut. Pourtant, les spécialistes rappellent qu'un enfant harceleur n'est pas forcément "violent" au départ. D'ailleurs, selon plusieurs études, près d'un enfant sur cinq adoptera un comportement de harcèlement pendant sa scolarité. Et cela commence parfois dès le primaire, entre deux cartes Pokémon et un tournoi de foot.
Les victimes développent plus souvent de l'anxiété, des difficultés sociales ou une perte de confiance durable, mais les enfants qui harcèlent ne s'en sortent pas indemnes non plus. Ils sont davantage exposés à des problèmes scolaires, des conduites agressives ou des difficultés relationnelles plus tard. Autrement dit, laisser traîner ce genre de comportement en espérant que "ça leur passera" n'est pas franchement une stratégie en or. Pour Amber Thornton, psychologue clinicienne, le harcèlement vient très souvent d'un sentiment d'insécurité. Certains enfants cherchent à prendre le pouvoir sur les autres parce qu'ils ont eux-mêmes l'impression de ne jamais vraiment compter. Elle explique que les enfants peuvent harceler "pour se sentir plus forts ou avoir plus de contrôle".

Dans ce contexte, l'habitude que les thérapeutes considèrent comme particulièrement problématique est justement celle-ci : empêcher les enfants d'exprimer leurs émotions. Leur dire d'arrêter de pleurer, minimiser leur colère, tourner leur tristesse en ridicule ou répondre "c'est pas grave" avant même d'avoir écouté ce qu'ils racontent. À force, certains enfants apprennent surtout à tout garder pour eux. Et quand ils n'arrivent plus à mettre des mots sur leur frustration, leur honte ou leur anxiété, ça ressort autrement. Par les moqueries, les humiliations ou les rapports de force.
Ainsi, le fameux "mais roooh, on rigole" balancé après avoir affiché son enfant devant toute la famille pendant le déjeuner du dimanche est à bannir. Les critiques permanentes aussi. Ou encore les parents qui explosent au moindre conflit et transforment chaque désaccord en concours de décibels. Les spécialistes expliquent que les enfants absorbent tout comme des éponges. Si, à la maison, les rapports passent par le mépris, les cris ou les petites humiliations, certains finissent par croire que c'est simplement de cette façon qu'on parle aux autres. Anita Powell, conseillère en santé mentale, rappelle d'ailleurs que les enfants reproduisent souvent les dynamiques qu'ils voient chez les adultes censés leur servir de modèles. Et là, forcément, le "fais ce que je dis, pas ce que je fais" atteint vite ses limites.
Toutefois, les spécialistes rappellent qu'un enfant n'est pas condamné parce qu'il a eu un comportement de harcèlement. Ce qui compte, c'est la manière dont les adultes réagissent après coup. Les excuses sont importantes, les sanctions aussi, mais comprendre ce qui se passe chez l'enfant reste essentiel. Certains ont besoin d'aide pour gérer leur colère, d'autres ont simplement besoin d'apprendre à parler de ce qu'ils ressentent sans avoir l'impression qu'on va lever les yeux au ciel avant même qu'ils aient fini leur phrase.