Je ne suis pas une mère parfaite, et alors ?

Grand bien nous fasse. La mère parfaite est un mythe, mais à force de s'évertuer à tenter de le devenir, on fonce droit dans le mur (et notre enfant presque parfait avec). Explications d'Etty Buzyn, psychologue et psychanalyste spécialiste de la parentalité.

Je ne suis pas une mère parfaite, et alors ?
© Katarzyna Białasiewicz-123rf

Les langues commencent à se délier concernant la maternité. L'objectif : que cesse (enfin) l'injonction à la maternité parfaite, qui ne cesse de culpabiliser les mères, qui se remettent en question sur l'éducation de leurs enfants. Dans son livre "La mère parfaite a pris cher" (Editions de L'Opportun), publié en mai 2019,l'auteure dépeint avec humour cette mère parfaite qui mange bio, a un mari beau et intelligent, des enfants très doués… Bref, une wonder-mum qui finalement "n'existe que dans les têtes des mères normales !". Car "cette image de mère parfaite est un mythe", rappelle Etty Buzyn, psychologue clinicienne et psychanalyste spécialiste de la parentalité, également auteure de l'ouvrage "Quand les mères craquent, osez dire que vous n'en pouvez plus" (Editions de L'Opportun). Fiona Schmidt, journaliste, a quant à elle ouvert la voie de la déculpabilisation sur les réseaux sociaux en lançant le compte Instagram Bordel de mères (et sa base-line "Lâchez-nous l'utérus" qui en dit long). Elle y dénonce la charge mentale maternelle pesant sur les mères, celles qui ne le sont pas encore et les femmes ne souhaitant pas le devenir, à travers des témoignages anonymes. Preuve que cette pression maternelle parle à beaucoup, son compte, lancé début avril, recense déjà près de 25 000 Abonnés.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Quand on pense "mère parfaite", on l'imagine comment ?

Cette volonté de perfection débute dès la grossesse et se calque sur les célébrités à l'instar de Kate Middellton qui s'affiche toute pimpante et le ventre ultra-plat juste après son accouchement. "Une image de la maternité extrêmement culpabilisante pour les mères qui ont l'impression de devoir être dans une maîtrise absolue, y compris de leur corps" argue le Dr. Buzyn. Et si la grossesse n'est pas toujours aussi merveilleuse qu'on nous l'a vendue, beaucoup croient devoir passer leur souffrance sous silence pour ne pas briser le mythe. On attend bien évidemment ensuite d'une bonne mère qu'elle ait des enfants sages et intelligents. Un rôle de perfection qui s'étend au-delà de la maternité puisque cette super maman doit aussi s'accomplir dans sa vie professionnelle et former un couple plus uni que jamais, malgré les nuits blanches et toute la charge nouvelle qui pèse sur le quotidien.

D'où vient cette injonction ?

Nous nageons dans l'ère de l'enfant-roi, tout tourne autour de lui. Et la mère doit s'efforcer de privilégier à tout prix son bien-être. Sa réussite, aussi, dès ses premiers mois de vie. Il existe, en effet, une sorte de compétition parentale officieuse : quel bambin marchera, parlera (distinctement) et tombera la couche le premier ? "Chacune joue son rôle de réussite se gardant bien de montrer sa fragilité aux autres mères, persuadées qu'elles font tout mieux" constate la psychologue, qui reçoit régulièrement dans son cabinet des mamans inquiètes que leur progéniture ne marche ou ne parle pas encore parfaitement alors qu'elle se situe parfaitement dans la norme. Heureusement, quand les mères sont proches, elles tombent le masque et parviennent à se confier entre-elles sur les difficultés quotidiennes. "Une attitude beaucoup plus saine" selon Etty Buzyn et une sororité qui aurait grand avantage à s'étendre à toutes les femmes.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Pourquoi faut-il en faire le deuil ?

"Viser la perfection est une sorte de camisole de force que la mère s'impose, qui la force à tout gérer, baliser, prévoir", décrypte la spécialiste de la parentalité. Or, ce comportement est harassant pour elle-même et tout sauf spontané. "Agir toujours de manière adéquate en maîtrisant ses émotions pour ne jamais élever la voix, ce n'est pas naturel. Nous faisons face ici au revers de l'éducation positive" remarque-t-elle. En effet, un enfant qui fait une grosse crise et auquel on répond le plus calmement du monde peut avoir le don de l'énerver davantage car lui n'est pas encore apte à maîtriser ses émotions. Résultat, il se retrouve seul avec sa souffrance. "Son vrai besoin est d'être rassuré, pas que sa maman n'élève jamais le ton" rappelle Etty Buzyn. Il s'est mis en danger en voulant traverser la rue ? On a le droit de s'énerver, lui montrer qu'on a eu peur. Nous voir traverser par différentes émotions, y compris négatives, est nécessaire à sa bonne construction émotionnelle. Enfin, pour parvenir à être une mère parfaite, encore faudrait-il avoir un enfant parfait. Or, il n'existe pas non plus. Il s'agit donc d'en faire le deuil également en acceptant l'idée que notre chérubin ne sera jamais exactement comme on l'imaginait, qu'il lui arrivera de faire des caprices, d'opposer des désaccords et que cela fait parti de son développement.

Est-ce important de crier haut et fort que la mère parfaite n'existe pas ?

La femme a plusieurs fonctions, elle ne se limite pas à la maternité. A trop vouloir bien faire en permanence, on se fiche une pression telle que peu à peu on se délite, flirtant dangereusement avec le burnt-out familial. "Tout réussir bien tout le temps est mission impossible" avertit la psychanalyste, estimant que pour s'en sortir, il y a des choix à faire. Bien sûr, l'enfant reste notre priorité, mais pas nécessairement le centre de tout. Sa recommandation : replacer sur le même plan, couple, vie pro et familiale et tâcher aussi de ne pas s'oublier soi. Par ailleurs, le fait que l'on commence à dénoncer cette croyance jusqu'alors savamment entretenue de la maternité parfaite est rassurant. Nous réalisons que nous sommes toutes logées à la même enseigne. En outre, comme le rappelle le Dr. Buzyn "devenir parent s'apprend, on évolue dans notre parentalité à mesure que l'enfant grandit".

Inclure davantage le papa

Pour sortir de ce schéma, "il est notamment essentiel de laisser davantage de place aux pères"  note la psychanalyste. Une organisation à mettre en place très tôt pour instaurer une plus juste répartition de la parentalité. Déléguer va leur permettre d'endosser leur part de charge paternelle. Evidemment, cela incombe d'accepter qu'ils ne fassent pas tout comme on le voudrait, car le père parfait non plus n'existe pas.

Mère imparfaite, maman parfaite !

In fine, plutôt que de tendre vers ce graal inatteignable, apprenons plutôt à lâcher prise, à ne pas trop nous mettre la pression. Effets bénéfiques garantis pour nous comme pour notre progéniture. "Les mères doivent accepter d'être ce qu'elles sont avec leurs qualités et leurs défauts. Crier par moment, ce n'est pas si grave, il suffit de s'excuser en expliquant ce qui nous a mis dans un tel état" rassure la psychologue. Et de préciser que les trois véritables besoins de l'enfant sont l'amour, la sécurité et les limites. Si l'on parvient à y répondre, nos petites imperfections parentales n'impacteront pas sur son bonheur et sa bonne construction. Il s'en remettra très bien.

Se faire confiance, faire au mieux, ne pas culpabiliser, dialoguer, s'adapter… voilà des objectifs de maternité bien plus réalistes et décomplexants. Et la meilleure preuve que l'on a tout de même pas trop mal fait le job, ce sont nos enfants eux-mêmes qui vont nous l'apporter, car comme le théorisait Donald W. Winnicott, pédiatre et psychanalyste anglais : "ne vous attendez pas à de la gratitude, par contre, vous vous apercevrez que vous avez été une mère suffisamment bonne le jour où vos enfants vous confieront les leurs".

Je ne suis pas une mère parfaite, et alors ?
Je ne suis pas une mère parfaite, et alors ?

Les langues commencent à se délier concernant la maternité. L'objectif : que cesse (enfin) l'injonction à la maternité parfaite, qui ne cesse de culpabiliser les mères, qui se remettent en question sur l'éducation de leurs enfants. Dans...