Ecrans et enfants : quels effets sur la santé et le développement ?

En quelques années, les écrans se sont démultipliés au sein des foyers. Leur usage chez les enfants a-t-il un impact sur leur santé et leur développement cognitif ? Que disent les études sur le sujet ? Réponses d'experts.

Ecrans et enfants : quels effets sur la santé et le développement ?
© Shao-Chun Wang - 123RF

En quelques décennies, nous sommes passés d'un seul poste de télévision posé dans le salon à 5 écrans par foyer en moyenne. Téléphones, ordinateurs, tablettes... Les écrans envahissent les maisons et de ce fait, l'environnement des enfants. Si limiter leur accès paraît être une nécessité, quels sont réellement les dangers d'une surexposition aux écrans ou à la télévision ? Eclairage du Dr Bruno Assouly, médecin et fondateur de la campagne d'information sur Le bon usage des écrans, et du Dr François-Marie Caron, pédiatre et membre de l'Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA). 

Quelles conséquences sur le développement cognitif et les apprentissages ?

"On manque cruellement de données scientifiques concernant les répercussions des écrans sur le cerveau et le développement de l'enfant. Toutefois, certaines études comme celles de Linda Pagani, professeure à l'Université de l'École de psychoéducation de Montréal (2010 et 2016), l'enquête réalisée par le Public Health England (ministère de la santé britannique, 2013) ou les études menées par l'AFPA ont pu d'ores et déjà mettre en évidence les effets néfastes d'une exposition importante aux écrans dans les premières années de vie", explique d'emblée le Dr Assouly. Concrètement, quels sont ces risques ?

  • La capacité de concentration. "Un enfant de moins de 6 ans ne devrait pas être tout seul, sans accompagnement, devant un écran interactif comme une tablette. Si un enfant utilise un écran tout seul, sans accompagnement, il va être facilement excité. Or, l'excitation devient vite compulsive et accapare toute l'attention, ce qui va altérer, sur le court et le long terme, sa capacité de concentration. De la même façon, un écran en toile de fond perturbe l'attention de l'enfant", explique le Dr Caron. Préférez donc les activités fédératrices en famille où l'écran est un support de jeu et d'échange. Concernant la télévision, là encore, il faut un accompagnement, pour choisir des programmes adaptés à l'âge de l'enfant et limiter le temps de visionnage (30 à 40 minutes par jour à partir de 3 ans suffisent selon l'expert) : "le fait de regarder trop longtemps la télévision peut favoriser une hyper-stimulation visuelle et auditive. C'est pourquoi il faut accompagner l'enfant dans la découverte des écrans", conseille le pédiatre. 
  • L'agilité et la motricité. Tout ce qu'il va faire avec une tablette, l'enfant ne le fera pas avec ses dix doigts et ses cinq sens. Or, "l'enfant a besoin d'apprendre en 3D et non en 2D pour acquérir des repères spatiaux-temporels. Il a également besoin de se servir de toutes ses facultés motrices, son odorat, son toucher, sa vue... Et doit manipuler des objets. Ce qui est complètement limité sur une tablette", regrette le Dr Caron. Les écrans peuvent donc empiéter sur les activités non-sédentaires (comme le sport, les jeux entre amis...) et les activités créatrices qui sont essentielles pour apprendre des valeurs comme le partage, le respect de l'autre, la création... "Un article du Guardian (2018) nous précisait également qu'un usage accru des écrans empêchait les muscles de la main et des doigts des enfants de se développer suffisamment et pouvait altérer le manque d'habileté, la dextérité et l'apprentissage de l'écriture", rappelle quant à lui le Dr Assouly. 
  • L'acquisition du langage. Une utilisation massive des écrans à un jeune âge (3-4 ans) peut avoir des répercussions sur l'apprentissage du langage. En effet, "l'acquisition du langage et son enrichissement ne peuvent se faire qu'en interagissant avec des personnes qui parlent, des échanges de regards, des émotions qui passent et avec de vrais enjeux de communication. Ecouter quelqu'un parler n'enrichit absolument pas le langage et ne permet pas de retenir les mots ou la syntaxe", précise le Dr Caron. Autrement dit, plus on reste devant la télévision, passif et enfermé dans un rôle de spectateur, moins on a de chance d'enrichir son langage. "Une exposition passive ne favorise pas certains types d'interaction", confirme le Dr Assouly. De la même façon, les écrans ne doivent pas être le seul moyen d'apprendre une langue étrangère. Pour faire des progrès et enrichir son vocabulaire, il faut pratiquer la langue et communiquer de vive voix. Attention, il ne faut pas non plus diaboliser les écrans : jouer à une application ou à un jeu pendant une dizaine de minutes reste une manière ludique de s'entraîner, mais cela ne doit pas se substituer à un vrai échange. 

Attention, il faut bien faire la distinction entre le fait d'être accaparé par un écran et le fait d'avoir une addiction aux écrans. Un enfant est naturellement attiré par l'écran, mais est rarement addict. "Ne diabolisons pas les écrans, ce sont des outils formidables de découverte, d'enrichissement et de divertissement lorsqu'ils sont utilisés à bon escient, c'est-à-dire avec un accompagnement et de façon limitée", rassure le Dr Caron. "Si leur usage est compensé par des sollicitations sociales et environnementales comme les temps d'échange en famille, le sport, et toutes les activités ancrées dans le réel... Les écrans sont une incroyable ouverture sur le monde, on ne peut pas le nier", ajoute le Dr Assouly. Surtout que tous les temps passés sur les écrans ne se valent pas : "jouer une heure à un jeu vidéo n'aura pas le même impact que discuter une heure avec son grand-père ou avec un copain d'enfance qui a déménagé à 3 000 km sur Skype", donne comme exemple le Dr Caron. Les temps d'écran peuvent ainsi donner des repères aux parents, mais ils doivent dépendre de la manière dont l'écran est utilisé.

Quels impacts sur la santé physique ?

Les écrans peuvent perturber le sommeil de l'enfant. Mais pourquoi ? "L'écran émet de la lumière bleue et cela peut inhiber la sécrétion de mélatonine, l'hormone qui régule les cycles veille/sommeil d'un individu", explique le Dr Caron. Autrement dit, la lumière bleue tient éveillé. Ainsi, en regardant un écran juste avant de dormir, l'œil absorbe la lumière bleue, donne une fausse information au cerveau qui pense alors qu'il est en "plein jour", et l'endormissement est retardé. "Il faut être attentif à la qualité du sommeil. Pour cela, bannissez les écrans dans les chambres et veillez à ce que vos enfants ne les utilisent pas le soir, après le dîner", conseille le Dr Assouly. 

"Souvent accusés à tort, les écrans ne favorisent pas les crises d'épilepsie, sauf chez les enfants qui ont une épilepsie photosensible, mais cela concerne seulement 1 enfant épileptique sur 100. Ils ne favorisent pas non plus l'autisme qui est un trouble d'ordre mental. Et les écrans, à proprement parler ne renforcent pas l'obésité". tient à préciser le pédiatre. Ce n'est donc pas l'écran en lui-même qui favorise le surpoids, mais c'est la sédentarité qu'il impose. "Car en effet, pendant que l'enfant regarde un écran, il est passif et peut même être tenté de grignoter, surtout s'il est assommé de publicités lorsqu'il regarde la télévision. Par ailleurs, le temps consacré aux activités physiques sont également réduits", dénonce le spécialiste. "Il est certain que les enfants obèses passent en moyenne plus de temps devant les écrans, mais c'est parce qu'ils trouvent des avantages qu'ils n'ont pas dans la vie courante", argumente le pédiatre (sur Fifa par exemple, ils sont aussi doués que leur copain alors que dans une vraie partie de football, ils peuvent avoir des freins physiques). 

De même, ce n'est pas l'écran qui favorise la myopie, mais le fait de ne pas être exposé à la lumière du jour pendant un certain temps. "L'écran fatigue les yeux, mais ne les abîme pas car l'enfant n'est pas en immersion complète comme il pourrait l'être avec des lunettes de réalité virtuelle par exemple. Lorsque l'enfant arrête de regarder l'écran, son œil récupère", explique le Dr Caron. En revanche, "lors des premiers mois de vie, le système visuel se met en place et a besoin d'un très large spectre de stimuli et d'une vision à grand angle. Or, regarder souvent des écrans restreint cet angle à quelques dizaines de degrés. D'où l'importance d'inviter les enfants à interrompre leur activité numérique le plus régulièrement possible et de lever les yeux au loin pendant quelques secondes afin d'élargir le champ visuel", conseille le Dr Assouly. Et de préconiser "d'éloigner ses écrans au maximum (50 cm pour une tablette ou un ordinateur et pour la télévision, au moins deux fois la distance de la diagonale) et d'inciter ses enfants à passer du temps à l'extérieur afin de profiter de la lumière naturelle, un stimulus indispensable au système visuel".

A chaque écran, son usage !

  • Les écrans tactiles (tablette, smartphone, certaines consoles...) peuvent de temps en temps être utilisés dans un cadre ludique, de façon limitée, et à un moment adapté de la journée (pas le matin, ni après le dîner), et toujours en compagnie d'un adulte avant 6 ans. Préférez les activités numériques qui fédèrent comme les jeux vidéo familiaux ou regarder un film en famille.
  • Les écrans passifs comme la télévision ou le replay sur ordinateur peuvent être utilisés de temps en temps, également dans un cadre ludique (regarder un dessin-animé ou un documentaire en famille...), dans un temps limité (30 à 40 minutes par jour de 3 à 8 ans, puis une heure par jour jusqu'à 12-13 ans), à un moment approprié (pas avant l'école, pendant les repas ou avant le coucher) et en étant le plus possible accompagné par un adulte. "Avant 7 ans, un enfant ne devrait jamais être en contact avec le Journal Télévisé. Un enfant n'a pas toujours du recul et n'interprète pas ce qu'il voit de la même façon qu'un adulte : il pourrait être choqué par des images inappropriées pour son âge", précise le pédiatre. 

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