Education sexuelle à l'école, où en est-on ?

A partir de l'école primaire, les élèves sont censés assister à trois séances d'éducation sexuelle chaque année. Sont-elles vraiment dispensées ? Qu'apprennent-ils réellement ? La France est-elle en retard par rapport aux autres pays ? On fait le point.

Education sexuelle à l'école, où en est-on ?
© Joana Lopes - 123RF

Trois séances par an. Voici ce que prévoit une loi de 2001 (puis confirmée par la circulaire du 17 février 2003) à propos de l'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées. Cela fait peu d'heures pour informer les enfants et les ados sur les rapports amoureux, la "première fois", la masturbation, les différentes méthodes contraceptives, la mise en place d'un préservatif, les risques de contracter une IST ou encore les problématiques du sexisme. D'autant plus, "qu'aujourd'hui, cette loi n'est pas appliquée partout alors que l'information à la sexualité semble indispensable", s'étonne Israël Nisand, le président du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF). lors d'une conférence sur La protection des enfants et adolescents contre la pornographie (15 juin 2018). Preuve encore que l'éducation sexuelle n'est pas la priorité des programmes scolaires : dans une étude réalisée par le Haut conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes (2004-2015), un quart des établissements avouent ne pas mettre en oeuvre des séances ou des ateliers d'éducation à la sexualité.

Que prévoit le gouvernement ?

Afin de durcir cette loi, nouvelle circulaire a été publiée par le gouvernement ce jeudi 13 septembre 2018. Adressée aux recteurs d'académie, elle a pour but de rappeler le caractère obligatoire de ces séances et reprécise les thématiques qui doivent y être abordées. Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer, respectivement secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et ministre de l'Education nationale souhaitent simplement faire appliquer la loi de 2001, celle qui rend obligatoire trois séances "d'éducation à la vie sexuelle et affective" par an et ce, à partir de la primaire. Il ne s'agira pas d'inscrire de nouvelle matière dans les programmes scolaires français, mais de préciser les nouveaux enjeux de ces séances d'éducation à la vie sexuelle et affective - comme les a nommées Jean-Michel Blanquer - à commencer par l'exposition des enfants à la pornographie sur Internet. Ces séances seront également l'occasion de parler "du consentement, du respect d'autrui, des rapports entre les femmes et les hommes, et de la manière dont ce n'est pas faire la fête que d'aller mettre une main aux fesses à une femme", rappelle Marlène Schiappa.

Qu'apprend-t-on vraiment ?

Les cours d'éducation sexuelle sont prévus dès la primaire. Mais on y apprend quoi ? A savoir qu'il n'existe pas de programme à proprement parler. "les temps consacrés à l'éducation à la sexualité incombent au professeur des écoles. Ces temps sont adaptés aux opportunités fournies par la vie de la classe ou de l'école", nous précise le site de l'Education nationale. Ces cours, distillés dans l'année scolaire, se déroulent sous la forme de débat et sont orchestrés par les questions des élèves auxquelles les enseignants doivent répondre de manière adaptée au niveau de leur maturité. En effet, "les jeunes enfants se posent énormément de questions, même si le concept de la sexualité reste flou", assure le psychologue Samuel Comblez dans son livre "La sexualité de vos ados : en parler, ce n'est pas si compliqué" (Editions Solar). Les questions du respect de l'autre, de la perception de son corps, du lien à l'autre, de la tendresse, du partage ou encore, des limites (savoir dire non...). sont abordées. Dans ces cours, on y parle des différences entre les filles et les garçons, du fonctionnement de son corps, de ce qu'on appelle l'amour ou de ce qui est permis ou pas...  Il ne s'agit donc pas vraiment d'éducation à la sexualité, mais des temps de parole qui invitent les écoliers à dialoguer, échanger et poser des questions sur leurs doutes. 

A partir du collège, il s'agit plutôt d'une mise en pratique des notions que l'ado a intégrées plus tôt. Les intervenants (à savoir que ces séances sont organisées par une équipe de personnes volontaires et formées comme les professeurs, les conseillers principaux d'éducation ou les infirmières...) doivent apporter aux élèves des informations objectives, des connaissances scientifiques, favoriser les comportements responsables (prévention, protection de soi et des autres...) et répondre aux questions de santé publique, notamment celles sur les IST, sur l'accès à la contraception ou sur les relations entre hommes et femmes, le désir, le sexisme, l'homophobie, les différentes orientations sexuelles, l'IVG, la pornographie ou encore les violences sexuelles (voir les différentes thématiques ci-dessous). C'est aussi l'occasion de développer l'esprit critique et de faire connaître les ressources d'informations, d'aide et de soutien dans l'établissement et à l'extérieur (planning familial, centre de dépistage...). La durée des séances et la taille des groupes sont adaptées à chaque niveau de scolarité.

© Education nationale

Pourquoi si peu d'heures consacrées à l'éducation sexuelle en France ?

Pourtant obligatoire, l'éducation à la sexualité est loin d'être une priorité dans les programmes scolaires.

L'éducation sexuelle se résume à quelques heures dispensées dans l'année, quand elle ne se cantonne pas au chapitre sur la reproduction du cours de sciences nat'. Cela reste trop peu. Pourquoi ? Les séances d'éducation sexuelle ne sont devenues obligatoires qu'après la réforme de 1998, mise en place Ségolène Royal, ministre de la famille de l'époque. Si certains enseignants ont été formés à cette occasion, tous n'ont pas été préparés à donner des cours d'éducation à la sexualité. Que ce soit par manque de temps ou par déficit de connaissances, ces cours sont, depuis, loin d'être une priorité dans l'enseignement. Et course aux programme oblige, les professeurs ne sont pas toujours prêts à "sacrifier" des heures de cours pour traiter les questions liées à la vie affective et sexuelle ! Par ailleurs, tant que l'éducation à la sexualité ne sera pas reconnue comme une matière à part entière, mais abordée la plupart du temps en surface à travers tous les enseignements (approche actuellement centrée sur la biologie et sur la reproduction notamment en SVT, ou dans l'apprentissage de la citoyenneté en enseignement moral et civique, voire en histoire-géo), elle restera négligée. Et beaucoup d'enfants et d'adolescents continueront de retenir de la sexualité que les aspects biologiques, sanitaires ou pathologiques (lutte contre les MST ou le VIH, la contraception...). 

Comment ça se passe dans les autres pays ?

La France est-elle en retard par rapport aux autres pays ? Comment l'enseigne-t-on chez nos voisins ?

  • La Belgique aborde la vie sentimentale et sexuelle dès la fin de la primaire lors des ateliers "d'Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle" (EVRAS). En effet, depuis la loi mise en place par le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2012, tous les établissements scolaires sont dans l'obligation d'intégrer dans leurs programmes plusieurs animations sur le thème des sentiments, des désirs, des changements physiques, de la virginité, de l'identité de genre ou encore de la pornographie. La contraception est quant à elle abordée à partir de 14 ans. 
  • Au Royaume-Uni, toutes les écoles dispensent des cours d'éducation sexuelle aux enfant à partir de 4 ans. Ces cours sont bien entendus adaptés à leur jeune âge. Jusqu'à la fin de l'école primaire, on y aborde la construction de relations sociales saines. Puis au collège, l'accent est davantage mis sur les relations amoureuses, les questions liées à la vie intime, l'utilisation de son image sur le web, le consentement sexuel...
  • En Suède, l'éducation sexuelle est obligatoire depuis 1955 ! Dès l'âge de 7 ans, les élèves peuvent poser des questions aussi bien sur la prévention, que sur la lutte contre les stéréotypes et les discriminations ou sur le plaisir sexuel. La méthode suédoise combine des cours magistraux, des débats, des visionnages de films, des exercices de discussion et des travaux en groupe. La Direction nationale de l'enseignement scolaire (Skolverket) a d'ailleurs mis à disposition des enseignants, du matériel de référence agrée par l'Etat pour l'éducation sexuelle : L'Atlas sexuel des écoles, le Lilla Snoppboken ("le livre du zizi") ou le dessin-animé éducatif intitulé "Sexe à la Carte". 
  • Dernier exemple : la Suisse a un programme d'éducation sexuelle très précis. Dès la 4e année de primaire (vers 7-8 ans), les écoliers assistent à plusieurs séances d'éducation à la sexualité (les parents sont d'ailleurs invités à la première pour qu'ils comprennent ce qui va être abordé). Et à partir de 14 ans, ils reçoivent systématiquement quatre heures d'éducation sexuelle chaque année, puis deux heures supplémentaires peuvent être dispensés pour approfondir telle ou telle thématique.